Il m'est toujours difficile de laisser un commentaire sur ce que tu écris, au point, je crois, que je ne l'ai jamais fait. Mais là… Je vais m'y essayer.
Voici une nouvelle qui m'a fait vibrer, qui m'a ému. Ton écriture poétique, fines arabesques ciselées dans l'émotion m'a transporté dans l'histoire du personnage. Les descriptions sont belles et fluides. En la matière, le premier paragraphe est tout ce que j'aime, je le trouve magnifique. Celles de la demeure et des plantes posent autant le décor d'une façon qui permet bien de l'imaginer, qu'une ambiance qui correspond aux états d'âmes et aux réflexions de cet étrange personnage à la recherche de réponses, de son passé et de sa délivrance. J'ai apprécié aussi le souci que tu as eu du personnage du cocher qui, à mon sens, reflète bien cette réflexion sur les hommes qui ne se posent pas les bonnes questions et qui se cachent derrière des apparences. Ce personnage, tellement humain, ni bon, ni mauvais, ne voit que la surface des choses.
Je trouve également dans ta nouvelle une métaphore sur l'écriture avec cette clef, contenue dans la main de celle qui écrit, servant à ouvrir la porte de l'imaginaire. La main serait la clef, le medium, qui permet à l'esprit de s'échapper par l'écriture? Est-ce à dire que l'écriture est la quête de la délivrance, la recherche des remèdes à nos souffrances? Et qu'une fois-celle-ci achevée, si nous y parvenons, nous arrêterions d'écrire? Pour ma part, j'aurais tendance à souscrire à cette vision de l'écriture-clef. - Bon là, je dois sûrement m'égarer… ;)
En tout cas, j'espère que, au contraire de ton personnage, tu continueras, Thaïs, à nous écrire de tels récits.
Edité par Caranthir le 30/01/2007 à 22h20 : Ajouts sur le cocher et la métaphore. ;)
Je n'ai qu'un regret à la fin de la lecture de ce conte : ne pas avoir su ce que représentait cette femme qui déclenche la mort. Simplement un être humain mettant sa rage au service d'un pouvoir qui n'aurait pas du être en sa possession ? Une puissance bafouée qui retrouve sa véritable nature après avoir tenté de se mêler aux humains et vu ses illusions brisées ? Ou autre chose encore ?
A part cette interrogation, je ne sais que dire de véritablement nouveau. Il y a des éléments récurents par rapport à tes autres textes. Comme cette nature vivante, toujours décrite à merveille, inquiétante, troublante. Comme ces sacrifices sanglants souvent liés à un pouvoir dérangeant. Et bien sûr cette vision de l'être humain qui ne s'améliore pas, quoique...
Mes passages préférés restent celui concernant le cocher, et la fin. Le cocher car il représente un esprit simple, assez rare dans tes récits je crois (de mémoire en tout cas...), qui pourtant fait partie de ceux que la femme aurait voulu épargner. Cela tranche avec l'élitisme de plusieurs personnages que tu as déjà dépeins, qui n'est pas, je pense, la meilleure manière de voir les choses. Après tout, n'importe qui a quelque chose à apporter, ne serait-ce qu'un peu de joie de vivre.
Et bien sûr, la fin, pour la description de l'euphorie précédant la chute, très bien représentée. Ces enfants jouant dans la boue (ou équivalent), et qui ne se doutent pas qu'ils accélèrent leur fin de cette manière...
Merci de vos commentaires, je vais m'efforcer d'y répondre au mieux...
@ Caranthir: effectivement, il y a une certaine forme de métaphore dans cette Clé qui naît à partir de la main: elle se crée de chair, l'écriture devient le vecteur des émotions, la seule porte de sortie parfois de ce que mon personnage ressent, un sanctuaire éloigné de tout, des hommes et de leur monde. Elle se solidifie comme le sang coagule, car si l’écrit est vecteur il peut aussi se faire souffrance : elle n’est pas un remède contre la peine, puisque le personnage n’arrive pas à s’en défaire, mais elle demeure souveraine de la création. Le jardin qu’elle fait vivre, n’est finalement qu’une excroissance fantasmagorique d’elle-même, qu’il l’accueille et la caresse, qui la retrouve avec délices, l’embrasse avant de se déliter…
Est-ce à dire que, peut être, le pouvoir de vie de rêves est aussi attirant que fragile ?;)
@ Myrtion : ah, ce fameux cocher…Je suis contente qu’il vous ait plu, le texte se déroulant à la première personne, et tourné sous la forme d’un monologue et de digressions, il me semblait important de faire de cet homme, étranger à la jeune femme, de classe sociale différente, quelqu’un d’humain, de solidement ancré dans le sol, comme l’a si justement dit Caranthir, ne voyant que la surface des êtres, sentant confusément que quelque chose va se produire, quelque chose qui dépassera son entendement, mais qui n’est pas dénué de bonté (puisqu’il s’inquiète de son étrange passagère). Justement pour l’opposer avec force à l’héroïne, qui semble stagner hors de la vie réelle, dont les pensées l’obsèdent et qui n’attend qu’une seule chose, retrouver son « havre » et enfin pouvoir y rester, le temps de déposer le masque…
En fait, l’idée m’est venue de jouer sur deux tableaux, laissant planer ce doute qui t’a laissé un regret, Myrtion : la femme a-t-elle ce pouvoir de prime abord, ou l’acquière t’elle dans cet endroit hors du temps ?
Je suis plutôt partie sur la pensée que ce manoir, théâtre de son enfance, recèle de zones illicites, de portails vers un infini, qu’elle a jadis découvert et qu’elle entretient, tout en y déposant un peu d’elle-même, contribuant à faire éclore une végétation à la fois exubérante, et secrète, puisqu’elle seule peut vraiment suivre les chemins que les ronces s’empressent d’effacer derrière elle. Puis se passe l’élément déclencheur qui la blesse terriblement, alors, pour ne pas sombrer, parce qu’elle a du mal à laisser entrevoir ses émotions, qu’elle juge, à tort ou à raison, marques de faiblesses, elle rejoint l’univers qu’elle a bâti, pour respirer un peu mieux et, à l’abri des regards, pleurer…
Mon constat était de me poser la question suivante: que deviennent les larmes dans un endroit qui n’existe pas pour le commun des hommes ? Que se passe-t’il si brutalement ce havre se trouve en contact avec ce dont elle l’avait toujours préservé, une peine violente, où se noient des volutes de haine ?
L’univers fond, comme une bougie, il disparaît, et finalement, le personnage qui n’arrivait pas à pleurer, se mue en pluie…La pluie, l’eau, qui compose la majeure partie de notre corps terrestre, la pluie qui console dans les larmes ou glisse sur les cultures, la pluie apporte la mort, la mort d’un jardin, la mort d’une illusion, la mort de l’héroïne…
N’avez-vous jamais eu cette impression, alors que le monde continuait à rire, et à sourire, à jouer et à vivre, alors que vous aviez tellement de peine que même le simple fait de respirer vous semblait une souffrance, que c’était injuste, que l’univers avait perdu son équilibre ? En déclenchant une folie meurtrière, sans distinction, sans l’avoir vraiment voulu, auriez-vous pu, ou eu le courage, de l’arrêter ? On peut aussi noyer sa souffrance sous la haine et le mépris, lorsque les larmes ne suffisent plus.
En tant qu’êtres humains, mis en présence de la possibilité d’emmener avec nous d’autres êtres, dans un acte très égoïste certes (mais enfin nous le sommes tous un peu ^^), dans une spirale de mal, pourrions-nous nous arrêter ? Ou bien, les barrières morales repoussées, nous déchaînerions-nous, dans cet Enfer personnel dont je parlais dans le texte ?
Voilà j'espère vous avoir répondu :)
... dificile de suivre un tel commentaire... *sourit*
Je n'ai vraiment eu aucun mal à visionner les personnages, le fiacre, le jardin, le portail, le manoir en ruines... Cette couleur mauve, est toujours ancrée dans mon esprit. Alors oui, on pourrait dire que tes mots m'ont touchée une fois encore. Tes écrits ont toujours un effet sur moi et qui persiste longtemps après avoir lu les dernières lignes. Merci Thaïs.
Je crois pouvoir dire sans l'ombre d'un doute que ceci, est le meilleur texte que tu nous as jamais donné à lire.
J'ai du paraître stupide, derrière mon écran, a pleuré a chaudes larmes sous l'influence de cet lecture, pour de simples mots….de simples mots ? Non, je ne peux m'y résoudre, des mots, des mots et tellement plus…de l'eau qui s'écoule inexplicablement, un flot continu d'émotions qui m'assaillent, jusqu'à faire tomber toutes les barrières qui lui étaient opposées, et se laissée porter par ce flot de paroles, ce rythme berçant, ce rythme blessant, dans juste de l'eau ?
Une farandole d'émotions qui se mêlent et s'entremêlent en un noeud inextricable, dans une effusion de sentiments.
Un texte splendide quand à la nostalgie qu'il éprouve, aux sentiments toujours actuels, a l'évanescence des mots, qui s'envole vers le ciel pour retomber, dans juste de la pluie... ?
Merci de nous ouvrir les portes de ce jardin...
Après tous ces éloges que je partage, je ne peux te dire qu'une chose : j'ai toujours la bouche ouverte, comme si le souffle allait me manquer. La beauté rend toujours muet, surtout lorsqu'on la croise au détour d'un chemin, et qu'on ne s'y attendait pas. Merci.
Bon, je viens de lire ton texte... et je préciserais même que je viens de le lire en entier... (ce qui n'est pas loin d'être un exploit en soit...)
Et, un peu comme d'habitude, je suis sûr de ne pas avoir bien compris le texte dans le sens où tu voulais l'écrire mais bon... le poête à dit : "Mes textes sont écrit pour que chacun y trouve ses marques et ses interprétations."
Donc je me lance... personnelement je n'ai pas trop l'habitude de philosophiser les histoires quand je les lis... je ne réfléchis pas comme ça... je veux bien voir une ou deux couches mais pas plus... donc j'ai tout de même evidemment relevé le lien et l'attachement à l'écriture du personnage mais sinon j'ai plutôt compris que l'héroine recherchait et trouvait un lieu secret où elle pourrait se retirer et créer sereinement... et de là elle entrait dans un genre de monde parallèle (un peu à la Narnia) et à la fin elle finissait par disparaître en quelque sorte pour se fondre totalement dans ce monde...
Et au bout du compte, sa tristesse et son mal-être se disolvait par et dans les gouttes de pluie... du coup elle devenait tellement une partie intégrante et active de ce monde qu'elle le tuait... en fait sa tristesse tuait ce monde...
J'espère aussi que l'épisode du milieu du texte n'est pas "trop" personnel en tout cas... malgré cette crainte, cette partie présentant le gars avec une autre fille reste un moment profondément poignant... les mots étaient trés bien trouvés je trouve et les mots et expressions utilisées rendent trés bien l'atmosphère et les sentiments qu'on peut ressentir dans ses moment là...
Voilà, je crois que j'ai fait le tour de ce que j'avais à dire sur ce texte magistralement mené... ah non, oui, c'est pas fini en fait... lol
Ton style d'écriture est remarquable, assez soutenu et tout... mais quand tu fais parler le cocher, j'ai totalement oublier que Thaïs avait écrit ce texte... j'entendais sa voix qui parlait d'un ton assez rustre, grave et un peu campagnard dirait-on... le changement de style était bien palpable... j'étais mort de rire en le lisant au début... donc voilà, cet aspect là aide grandement à entrer dans l'histoire et son atmosphère... on se dit qu'il y avait un "avant" et surement un "après" dans la vie de ce cocher...
Allez, cette fois on va dire que c'est tout... j'espère que celà fut intéressant, instructif même... et surtout compréhensible...
Donc continus de nous faire voyager par tes textes Thaïs... c'est un grand don que tu as...
Merci et Bravo...