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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Essai

     
 
  La nuit avait intégralement recouvert la forêt à présent, et la seule source de lumière naturelle était la percée de quelques rayons de lune à travers les épaisses branches des arbres, et leur abondant feuillage. L’air et l’endroit auraient paru glacials à des hommes, mais ce furent des hommes bêtes qui y établirent un camp où passer la nuit.
 Les guerriers avaient mis à terre de solides arbres et avaient creusé à même leur tronc quelques crevasses, qui, remplies de feuillages et de terre constituaient des lits de fortune. Alkor était assis sur le rebord d’un de ces creux, et aiguisait sa lame avec une pierre de forme à la fois plate et tranchante qu’il avait trouvée en marchant dessus. Il du redresser la pointe de son glaive en le calant sous le tronc et en tirant vers le haut; elle s’était quelque peu recourbée lorsqu’il avait empalé un soldat humain aliéné qui lui fonçai dessus.

  Ugar, le prêtre du clan avait allumé un feu au milieu de la clairière, d’un geste vif de sa main. Aussitôt les cuisiniers avaient embroché des morceaux d’humains et les avaient suspendus au dessus des flammes. Certains avaient même ouvert de gros barils de bière –ou peut-être était-ce tout autre liquide jaunâtre- et remplissaient à ras bord les chopes improvisées de leurs congénères. Ce soir allait être un festin à la grâce de la victoire obtenue contre un groupe d’éclaireurs du Flarbor.

«  Qu’on choisisse nos duellistes ! » hurla Drake, le chef du clan, qui s’était assis sur un tronc en haut d’un monticule de terre.

  Car comme à l’habitude, chaque victoire signifiait un festin, et chaque festin appelait à un duel entre les meilleurs combattants de la journée. Alkor se leva, comme s’il s’attendait à être nommé. Mais toutes les bêtes hurlaient en chœur « Jurka ! Jurka ! Jurka ! ». Car Jurka était leur favori, celui qui retourna un troll et qui s’en fit festin le soir, durant une escarmouche mémorable alors que le clan traversait les Monts Obscurs.
«  Je me battrai ! » grogna une voix grave dans l’ombre.

  La silhouette sortit de la crevasse d’où la voix émanait, et révéla une bête impressionnante. Une tête de buffle, avec deux énormes cornes au dessus d’oreilles arrachées lors de quelque combat. Un torse d’humain, pourtant deux fois plus large que celui d’un nain, et des bras étonnement musclés, qui lui donnaient l’air de pouvoir déraciner des arbres à main nues. Il se tenait sur de puissantes jambes recouvertes de plaques, qui se terminaient en pattes aux griffes acérées comme des couteaux. Il avait une épée grossière dans chaque main, et une hache à la ceinture. C’était Jurka, le champion du clan Drakor, favori des siens, fidèle serviteur de Drake. S’il arrivait malheur à ce dernier, ce serait sans nulle hésitation lui qui prendrait la tête de la meute.
  Un autre guerrier s’avança, moins large mais un peu plus grand.
    «   Moi aussi, grogna-t-il, je me battrai. » 

  Le guerrier se nommait Kronk, mais peu le connaissaient, et même si c’eût été le cas, l’heure était au duel, et le sang devait couler, comme à chaque festin, peu importe de qui qu’il fusse. C’était également un buffle, mais il était plus jeune, et moins impressionnant. Lui était lancier, comme les plaques d’armures sur son bras droit pouvaient en témoigner. Il tenait une longue lance au manche de bois, qui se terminait en un tranchant de presque un pied de long.
   
«  Que le duel commence, dit Ugar, projetant une flamme en l’air en signe d’ouverture du combat. »

  La foule s’était rassemblée en un cercle autour des deux combattants, mais elle ne s’était pas avancée à moins de trois mètres du duel, car tous redoutaient les grands moulinets de Jurka.
 
  «  Je mangerai ton cœur et boirai ton sang, vermisseau »lança Jurka à son adversaire.

  Kronk n’eut pas le temps de répondre que Jurka était déjà sur lui, balançant un coup combiné de ses deux lames. Kronk les para sans problème et attaqua sur la droite, coup que Jurka esquiva, avant de flanquer un revers de crosse dans le visage de Kronk.
Ce dernier vacilla, mais il bondit à temps pour éviter un coup mortel, auquel il riposta à nouveau sans succès d’un revers de manche. Il tenta une attaque perçante de plein fouet, dont Jurka se joua d’un habile moulinet, brisant la manche de l’arme de Kronk, puis lui lança son épée telle une arme de jet, mais Kronk l’évita in extremis. Ce ne fut pas le cas de Junro, un des cuisiniers, qui fut transpercé et cloué à l’arbre derrière lui. Jurka repassa à l’attaque, alors que Kronk avait ramassé la lame de sa lance et s’en servait en guise d’épée.
Il lui lança le manche en visant la tête, mais Jurka le trancha en deux parties qui sifflèrent près de ses oreilles. Les deux guerriers étaient enlisés dans un duel à l’épée, et la foule se faisait de plus en plus rageante. « Arrête de jouer ! » hurlaient certains, « Tue-le ! » vociféraient d’autres à l’attention de Jurka.
Mais il continuait de se jouer de Kronk, feintant maintes fois de chuter, ou de briser sa garde, jusqu’au moment ou il para un revers de lame et asséna un terrible coup de tête à son opposant, qui tomba nonchalamment alors qu’un filet de sang jaillissait de son crâne. Jurka s’approcha, et dégagea l’arme de Kronk d’un coup de pied, avant de se pencher et de murmurer :
«  Qu’est-ce que je disais ? »

  Un sourire dévoila deux rangées de dents aiguisées et mal entretenues, puis il poussa un hurlement, avant de plonger sa lame dans le torse de sa victime. En arrachant son cœur il hurla à l’assistance :
«  Que la fête commence ! »

  Une ovation de cris, grognements et vociférations lui fut destinée, et la foule se dispersa, avant de se diriger vers le feu, où les cuisiniers –à l’exception de Junro- avaient préparé le banquet. On pouvait distinguer dans de grossières assiettes, à vrai dire des écorces de bois brisées en forme de carrés, des morceaux de chair ressemblant plus ou moins à des parties d’anatomie humaine. Le cœur avait été laissé à Drake, car c’était lui qui avait tué le repas.

Jurka s’essuya la bouche qui ruisselait d’un sang pourpre, et croisa le regard d’Alkor, qui le fixait de ses yeux jaunes, et perçants. Il éleva la tête de buffle ensanglantée de Kronk fraîchement arrachée en guise d’avertissement, avant de lui sourire et de se joindre au banquet.
  Alkor posa son arme au pied du tronc où il dormirai, et alla s’asseoir parmi les autres. Devant lui, une assiette, où visage humain horrifié et calciné gisait. Il le saisit et l’éleva en direction de Jurka, et tous deux se mirent à rire. Mais dans son intérieur, Alkor pensait déjà au festin du lendemain soir.
 
 
     

 
par Viggo
le 23/02/2007
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