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Sujets concernés par ce texte : Science Fiction
Type de document : Conte

     
 
Le lieutenant Hanoc s’inclina vers la portière, et l’ouvrit. Il se pencha ensuite à l’intérieur du véhicule.

«  Colonel, nous sommes prêts à appareiller, nous n’attendons plus que vos ordres.
-  Bravo lieutenant, je savais pouvoir compter sur votre célérité. Nous partons de suite, accordez moi quelques instants. »
 
Le colonel Chan se retourna vers l’intérieur du véhicule, et se pencha vers une femme assise dans le coin opposé, dissimulée par l’obscurité du véhicule.

«  Au revoir ma chère, passez mes amitiés au président du Congrès. »
 
Son interlocutrice lui tendit sa main droite qu’il prit délicatement, et sur laquelle il apposa un baise-main. Puis il se leva et sortit du véhicule, tandis que le lieutenant Hanoc refermait la portière derrière lui, puis emboîtait le pas à son supérieur. La voiture décolla et s’engagea dans une voie aérienne, escortée par quatre motojets surarmées, alors que les deux hommes traversaient le spatioport pour rejoindre un vaisseau qui reposait un peu plus loin, écoutilles et sabords grands ouverts, un escalier rétractable le reliant à la terre ferme. Les deux officiers saluèrent les sentinelles qui gardaient le vaisseau, posèrent le pied sur le plan incliné recouvert de mâchefer et grimpèrent d’un pas raide et lent à l’intérieur de la chaloupe de liaison. Lesdites sentinelles les suivirent et refermèrent le sas derrière eux, puis indiquèrent l’arrivée du colonel à la passerelle de commandement, qui entama la pressurisation du vaisseau. Le colonel observa de biais son assistant, et nota un air assez renfrogné, légèrement désapprobateur.

« Lieutenant, rappelez vous qu’une gloire éternelle nous attend, l’Humanité toute entière nous remerciera de ce que nous avons fait pour elle si notre initiative est un succès. Par contre, en cas d’échec... »
 
Hanoc ne répondit pas, se contentant de hocher la tête, résigné. Autour d’eux, l’équipage préparait le départ, sans omettre de se mettre au garde-à-vous au passage de leur commandant, qui n’avait de cesse de leur indiquer de se mettre au repos d’un petit geste virevoltant de la main. Ils arrivèrent enfin sur la passerelle, que le regard du colonel saisit dans son ensemble. Rien de bien impressionnant, des postes de commande derrières lesquels étaient assis des techniciens, et au centre, le siège du lieutenant de vaisseau Ryan, commandant de la chaloupe. Celui-ci céda gracieusement son fauteuil au colonel, et attendit ses ordres.

«  Nous pouvons partir lieutenant Ryan, Mars et ses soeurs nous attendent depuis déjà trop longtemps. »

Le lieutenant de vaisseau acquiesça et se tourna vers ses sous-officiers pour leur dicter ses ordres, et ces derniers entreprirent les manoeuvres de décollage de la chaloupe, qui assurait la liaison entre la Terre et la Lune, où était stationné le nouveau vaisseau amiral de la flotte solarienne. Ce vaisseau était leur cible, le seul moyen de réussir leur projet. Le reste de l’armée ne se rallierait qu’à lui, et jamais n’oserait défier ce vaisseau appartenant à une toute nouvelle classe, qui alliait puissance et rapidité. La clé pour réussir en somme.
Les réacteurs envoyèrent une giclée d’énergie à travers les tuyères du vaisseau, qui crachèrent flammes et fumée, puis les béquilles qui maintenaient le vaisseau se rétractèrent et celui-ci s’arracha enfin de la surface du spatioport, et fila lourdement, puis de plus en plus rapidement vers l’azur du ciel.
Au même moment, des glisseurs rapides de la police militaire arrivèrent sur la piste, mais assistèrent impuissants au décollage de la chaloupe et, par conséquent, à la fuite du colonel Chan, recherché pour haute trahison et sédition. Les chasseurs envoyés en interception ne purent rien faire, ne pouvant sortir de l’atmosphère terrienne, et durent laisser s’échapper le vaisseau mutin. Ils rentrèrent à leur base faire leur rapport.
 
«  La séance est ouverte » lança Hector Lammar, le président actuel du Congrès des Etats-Unis Terriens, en agitant son marteau de cérémonie.

Le bruissement des feuilles et le frottement des coudes sur les pupitres s’arrêta un instant, les respirations et les conversations frivoles se suspendirent, la foule des visiteurs massée dans les galeries et les sentinelles se penchèrent un peu plus vers l’hémicycle qu’ils surplombaient. Les huissiers étaient en train de refermer les lourdes portes d’airain lorsque le canon d’un fusil se glissa entre les battants de la porte et fit feu à plusieurs reprises. Les huissiers s’effondrèrent sur le sol, leurs derniers soupirs noyés par la cavalcade des bottes sur le carrelage du Congrès.
 Des hommes en uniformes repoussèrent les battants et coururent se mettre en position autour de l’hémicycle, les uns maîtrisant et désarmant les sentinelles - lesquelles esquissèrent à peine un geste de défense lorsqu’elles virent les hordes sauvages déferler sur eux - les autres mettant en joue les députés assis en contrebas, trop stupéfaits pour réagir à cette agression soudaine et à cette violation flagrante de la constitution.

«  Mais comment osez vous, cria le président Lammar, ce lieu est inviolable. Vous n’avez pas le droit d’user de la violence en son sein, nous étions en pleine réunion, finit-il par bredouiller.
- Arrêtez un peu votre blabla qui agace tout le monde, vous ne nous servez plus à rien désormais. »
 La voix qui avait lancé ces mots était invisible, dissimulée par une haie de gardes du corps plus massifs que des armoires normandes.
Ils consentirent à s’écarter, laissant passer une femme, aux traits fins et au corps voluptueux, mais dont les traits durs et cruels ne laissaient aucun doute sur ce qu‘elle était réellement. Elle porta la main à sa poitrine et sortit un revolver d’une poche intérieure de sa veste, après l’avoir dirigé vers son interlocuteur, elle fit feu. L’homme, joufflu et ventripotent, s’effondra sur son pupitre, puis commença à glisser sur le côté avant de s’affaler sur l’estrade, baignant dans la vie qui s’écoulait hors de lui.
 La femme et ses acolytes descendirent à travers l’hémicycle, les armes des agresseurs tenant en respect les députés apeurés, et grimpèrent sur l’estrade, d’où ils délogèrent le corps déjà raidi du président. Ils faisaient face aux parlementaires et aux visiteurs.
 La femme prit le micro d’un geste autoritaire.

«  Mesdames et messieurs les députés, je suis Léona Chan, secrétaire générale et future impératrice de l’Empire Solarien. Face à l’inaction, à l’impéritie et la corruption dont fait montre le gouvernement, nous avons estimé qu’il était temps pour nous de sortir de la clandestinité pour redresser la barre. Il est temps de réagir, vous avez trop tergiversé, à nous d’agir maintenant. Il faut prendre des décisions énergiques, pas des simulacres de lois. Nos deux gros problèmes, vous le savez tous, sont la surpopulation et la pollution, et vous n’avez rien proposé de concret contre eux au cours du dernier mandat législatif. Il devient impératif d’agir avant qu’il ne soit trop tard, et c’est ce que nous nous emploierons à faire. Votre refus absolu de la colonisation du système solaire est une aberration que nous combattons énergiquement. Si la Terre est mal en point, allons voir ailleurs pour qu’elle puisse se réguler elle même comme elle l’a déjà fait par le passé. L’univers s’offre à nous, prenons le. Il est vaste, vierge, inconnu, dangereux. Et c’est justement dans la nature humaine que d’être attiré par ces quatre éléments. Il y a encore à peine mille ans, nous étions cantonnés en Europe et en Asie. Des explorateurs visionnaires sont sortis de la foule et ont rêvé d’autres terres. Ils ont réussi et nous contrôlons aujourd’hui l’ensemble de notre planète. Nous devons prendre exemple sur eux et surmonter nos peurs viscérales, surmonter nos attachements imbéciles, être des hommes, enfin. Nous bâtirons ainsi un empire aux dimensions de nos ambitions et de nos espoirs. Nos besoins vitaux seront comblés, nos envies satisfaites. Ce sera dur, pénible, le confort ne sera pas immédiat dans les colonies, mais ce sera toujours mieux que de périr à petit feu sur une Terre qui n’est plus viable pour l’espèce humaine. Un empire interstellaire est désormais notre seule alternative à l’extinction de notre espèce, n’hésitons plus, lançons nous en avant. »
 
Son discours enflammé finit étouffé par les applaudissements bruyants de ses acolytes, tandis que les députés et les touristes ne réagissaient guère, encore sous le choc du coup d’état auquel ils venaient d’assister. C’est finalement après quelques regards appuyés et insistants des hommes en armes qu’ils consentirent tous à battre timidement des mains, puis de plus en plus fort au fur et à mesure que des grimaces menaçantes se dessinaient sur les traits burinés des terroristes.

«  Mais ce n’est pas tout, reprit Léona Chan, une menace pèse sur nous telle une épée de Damoclès prête à nous transpercer. Les vaisseaux centauriens se font de plus en plus nombreux et insistants au large de la ceinture de Kuiper, nous ne pouvons pas tolérer une telle violation de notre territoire national, il nous faut nous défendre, la survie de notre civilisation en dépend. Une fois que le système solaire sera colonisé, que ferons nous si nous ne pouvons pas sortir. Il nous faudra livrer bataille et gagner pour le plus grand bénéfice de nos frères. La flotte solarienne doit être mobilisée de toute urgence, aussi bien pour combattre ce fléau que pour aider nos colons à s’envoler vers des cieux plus accueillants. Mais la question Centaurienne est la plus grave, celle qui risque de nous poser problème dans les années à venir. »
 
Léona Chan se retourna et leva les bras vers le dôme de l’édifice, aussitôt, une holoprojection apparut au dessus des députés, et ils purent assister à la projection d’une vidéo tournée par une équipe de sauvetage solarienne à l’intérieur d’un des nombreux vaisseaux d’exploration lancés par le gouvernement solarien. Il n’y régnait plus que ruines et désolation, la coque éventrée par des obus avait entraîné une dépressurisation rapide de l’habitacle et, à court terme, l’asphyxie de l’équipage humain. Mais on distinguait nettement le passage de soldats centaures dans le vaisseau, le corps de l’un d’entre eux était encore coincé dans le sas, transpercé de milliers de fléchettes de cristal.
Des traînées de sang maculaient les murs, et les rafales des lance-fléchettes avaient laissé des traînées sombres un peu partout. La salle frémit d’horreur à la vue de ce massacre, et leur colère se détourna de Léona Chan pour se reporter sur l’envahisseur Centaure, qui osait ainsi les cloîtrer chez eux et assassiner leurs explorateurs.

«  A mort les centauriens.
- Vengeance!
- Vive la Terre. »

Léona Chan ferma les yeux et sourit, la marée grondante de la fureur humaine montait doucement en elle, déplaçait les obstacles et renversait les contraintes, et l’emplissait d’une froide détermination teintée d’une douce satisfaction, celle du travail accompli avec succès. Elle laissa les parlementaires mariner encore quelques secondes dans leur colère, et se tourna vers la foule massée dans les galeries, laquelle laissait aussi se déchaîner ses sentiments violents envers leurs voisins stellaires. Elle indiqua à ses hommes de baisser leurs armes, la bataille était gagnée, on les laisserait agir à leur guise, croyant ainsi préserver les intérêts solariens.
Ce qui se passa ensuite ne fut que l’exact déroulement de leur plan initial; les hommes étaient si prévisibles que ça en devenait lassant pour des individus comme les époux Chan. Les parlementaires se levèrent et l’acclamèrent, la priant elle et son mari de les aider à repousser la menace centaurienne, elle devenant présidente des E.U.T, lui généralissime des forces spatiales solariennes.
Une communication officielle fut promptement établie entre le congrès et sa chaloupe, et le congrès notifia solennellement à son époux que toutes les charges contre lui étaient abandonnées, et qu’il était promu au rang de généralissime.
Il remercia humblement les parlementaires, sa tête altière s’inclinant légèrement pour marquer sa déférence, puis il éteignit la communication.
La séance parlementaire reprit son cours normal.
 
 
     

 
par orcusnf
le 23/02/2007
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