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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature
Type de document : Conte

     
 

J'admirais le paysage, rêveur et contemplatif. Les collines vertes entre lesquelles serpentait une rivière limpide dont le murmure, accompagné par le chant du vent dans les arbres, semblait raconter des mystères des pays lointains qu'elle avait vus... Les arbres semblaient danser sur cette musique, et les fleurs embaumaient l'air du soir. La nature s'était faite belle, et je me plaisais à penser que c'était pour moi...

Tout semblait irréel, ce paysage magnifique sous ce ciel rougoyant sous l'effet du soleil couchant. On aurait dit le temps suspendu, arrêté. Je soupirais et jetais un dernier regard au tableau qui s'offrait à mes yeux ravis, puis au moment où je m'apprêtais à rentrer en ma demeure, une main se plaqua sur ma bouche et on me banda les yeux. Je ne me débattais pas, essayant plutôt de comprendre ce qui m'arrivait. Je ne voyais que le noir, et pourtant je sentais la douce chaleur des derniers rayons du soleil sur ma peau, je savais que la lumière était toujours présente autour de moi. Je sentais la surprise de mes agresseurs face à mon calme, j'entendais leur respiration, imaginant leur poitrine s'abaisser et se soulever régulièrement. L'un d'eux m'attrapa le bras brusquement et commença à m'entraîner à sa suite, me tirant un peu parfois, apparemment frustré de n'avoir aucune raison de me malmener, déçu que je ne me sois pas débattu, car il n'avait pu épuiser sur moi la violence qui l'habitait. Je le suivais calmement, perdant toute notion de temps et de lieux, mes sens en eveil. J'écoutais tous les bruits qui m'entouraient, sentais la caresse du vent sur ma peau, le bruit des pas de mes ravisseurs qui troublaient à peine le calme de la nature. Je percevais les senteurs des fleurs, puis des senteurs de cèdre, de sève, de pin, et entendis des branches craquer et compris que l'on était entré dans une forêt. Je me sentais tellement différent des inconnus, rustres et grossiers, violents et sauvages... J'étais calme, perdu dans mes rêves et les belles sensations, ne prêtant pas attention aux brigands, ne voulant que voir la beauté, ou plutôt la sentir... Puis j'entendis le bruit de pas sur des dalles, et devint curieux, désirant recouvrer la vue et voir l'endroit dans lequel on m'avait amené. Mais on n'enleva pas le bandeau de mes yeux, et le brigand continua à me traîner, et je sentis que l'on s'enfonçait de plus en plus dans les profondeurs de la terre. J'entendais d'autres bruits de pas, des conversations à voix basses, le crépitement du feu, sûrement celui de torches, et essayais de me représenter l'endroit grâce à mon imagination. J'entendais des portes qui s'ouvraient, d'autres qui se refermaient, des chuchotements qui se faisaient plus pressants.

Soudain, mon guide s'arrêta et me ligota les mains et les pieds, puis me jeta dans une salle, sûrement un cachot. J'atterris sur le sol dallé, me faisant mal à la hanche, et essayais de trouver la position la plus confortable possible. Je m'abandonnais à mes réflexions confuses, ne comprenant pas pourquoi on m'avait enlevé, ayant hâte de voir la tournure que prendraient les évènements, et peut-être d'être libéré.. Enfin, pour une fois, il se passait quelque chose dans ma vie normalement monotone de futur seigneur. Mon imagination se mit à prendre de curieux chemins, imaginant bien des fins, bien des dénouements à cette aventure, bien des raisons à mon enlèvement. Puis, au bout d'un temps qui me sembla extrêmement long, quelqu'un entra dans la pièce et dénoua la corde qui m'attachait les pieds et me remit rudement debout. Je suivis mon nouveau guide, aussi rustre que le précédent, à travers un dédale de couloirs.Puis il y eut un moment d'attente qui me parut durer une éternité. Mon imagination devenait plus folle, mon coeur battait à toute vitesse dans ma poitrine, résonnant à mes oreilles, l'excitation m'envahissant avec la peur et l'espoir. Puis on dénoua le bandeau qui recouvrait mes yeux. Il me fallut un moment pour adapter ma vue malgré la faible clarté qui régnait dans cet endroit. Quelques torches étaient fixées au mur, et la pièce était assez simple, en pierre et le sol toujours dallé. Il y avait deux portes, toutes deux fermées pour le moment, mais j'entendis du bruit de l'autre côté de la porte qui me faisait face. Soudain, j'entendis des chants, toujours de l'autre côté de cette même porte. Les voix étaient soit graves et majestueuses, sombres et paraissant résonner de partout, soit aigües, fraîches et lègères, se répercutant contre les murs, mais avec des accents de détresse parfois. Soudain, la porte s'ouvrit et mon gardien me poussa vers la pièce. J'entrais dans une salle immense, aux murs ornés de fresques, des statues ornant chaque côté de la salle une foule assemblée sur des bancs, et des choeurs assemblés sur une estrade, en cercle derrière un autel de pierre, et qui chantaient toujours, paraissant flous et que j'avais du mal à distinguer à travers les fumées d'encens qui emplissaient la pièce. Puis soudain, je la vis, une femme à la beauté merveilleuse, un visage sublime, des courbes, un corps parfait, de grandes ailes rouges s'élevant dans son dos. Elle était fascinante, avec un regard pénétrant qui m'hypnotisa complètement. J'étais ensorcellé, incapable de faire un mouvement. Mon gardien qui était en fait un prêtre me traîna vers l'autel et m'allongea dessus. Je ne faisais rien pour résister, ne faisant que regarder la prêtresse, cette succube fascinante, la fumée s'élevant de partout, les senteurs de l'encens ennivrantes me montant à la tête et m'hébétant, tandis que les voix emplissaient mon crâne et résonnaient contre les parois de mon cerveau.Je ne faisais que la contempler, m'ennivrant de son parfum, de son image, ne cessant de me rassasier d'elle. Je n'entendis même pas ce qu'elle disait, je n'entendais que le son de sa voix, une voix suave, chaude, pénétrante. Je la vis s'approcher, avec un couteau à la main. J'eus un sursaut de peur, mais je ne pus m'empêcher de regarder de nouveau son visage, et tout empli de sa beauté, je ne fis rien. Je sentis le couteau s'enfoncer dans ma chair, pénétrer dans mon coeur, une douleur atroce qui emplit mon corps, mais tandis que la souffrance s'insinuait au plus profond de mon corps, mon âme ne voyait qu'elle, complètement détachée du monde, dans un autre univers où seuls elle et moi existaient... Ainsi, l'extase et la douleur se mélangeaient, et tandis que mon corps se mourrait, mon sang fuyant et inondant l'autel, mon esprit s'envolait, atteignait des sommets, empli de sa beauté, ennivré par elle, être mystérieux, impassible et froide même quand elle tuait, être que personne ne pouvait atteindre... J'expirais, le corps terrassé par son poignard et la douleur et l'âme habitée par sa beauté et par l'amour, les voix et la fumée semblant nous séparer du monde, nous isoler dans un univers que personne n'aura connu...

 
     

 
par Aérie
le 12/04/2005
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