La communauté du fantastique et de la science-fiction  







 
Titre, Auteur, Acteur... 

Mercredi, jour du cinéma   -   Fête Médiévale de Sougné-Remouchamps   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Les elfes noirs sont de retour !   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Convention Arcanienne : Le Reportage !   -   Grand concours de dessin   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Mercredi, jour du cinéma

Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Essai

     
 
Alors que le soleil sombrait derrière eux, ils virent apparaître au loin les lueurs d’un petit village. Tenzien pressa le pas, et quelques minutes plus tard, ils arrivaient à l’entrée d’une petite auberge. Ils entrèrent dans la salle commune enfumée, qui sentait l’alcool et le tabac. Le sorcier se rendit au comptoir et s’adressa à la tenancière dans une langue qui était inconnue à son disciple. Il sortit une petite vingtaine de pièces de cuivre et une jeune serveuse les conduisit à leur chambre. Le maître la remercia et s’affala sur une chaise à coté de la fenêtre. Sans un mot il retira ses vêtements, ne gardant qu’un pantalon noir. Les entailles sur son flanc étaient assez profondes, mais, curieusement, le sang ne coulait pas. « Probablement encore de la magie, se dit Rajah. » Quelqu’un frappa à la porte de la chambre. D’un geste de la main du sorcier, la porte s’ouvrit et une petite bonne femme rondelette rentra en portant une bassine d’eau chaude et des bandelettes propres. Elle examina ses blessures et avec des gestes d’experte, se mit à les soigner.
 
Alors que Rajah ouvrait la bouche pour parler, son maître porta son index à ses lèvres en lui faisant signe que ce n’était pas le bon moment. Le disciple, n’ayant nul envie de subir sa colère à nouveau, se contenta donc d’attendre comme son maître que la femme ait fini. La femme était toute vêtue de vert, avec un grand manteau, mais sans capuche et avec des manches larges mais courtes, brodé avec des fils dorés. Ses cheveux ramenés en chignon étaient noirs avec des reflets émeraude et à son oreille droite pendait une énorme boucle d’oreille qui tintait doucement. Son maître serrait les dents en grimaçant, prenant son mal en patience.
Puis, finalement, l’herboriste se frotta les mains et examina une dernière fois son travail. Elle dit quelques mots d’une voix douce et Tenzien lui répondit sèchement. Elle ne se vexa pas et quitta la chambre. Le mage soupira à nouveau en tâtant précautionneusement son flanc.
 
« Maître ? demanda timidement Rajah.
-Hm ? Parle.
-Est-ce que ça va aller ? »
 
Le sorcier eut l’air surpris par la question, comme s’il n’avait vraiment pas l’habitude qu’on se préoccupe de sa santé.
 
« Inutile de t’inquiéter, je ne vais pas mourir pour si peu.
-Quelle langue parlent les gens d’ici ?
-Le Féodal, la langue des dragons, il te faudra l’apprendre.
-Donc tous les gens ici sont des dragons ?! s’écria Rajah.
-Nous sommes au pays des dragons, ne l’oublie pas, il n’y a rien de surprenant à en voir dans une auberge, ricana le sorcier. Et tu devrais aller laver ta tunique, elle sent mauvais. »
 
Le garçon baissa les yeux sur sa tunique. Ah, c’est vrai, il avait vomi… Son maître lui apprit comment dire « Où puis-je laver ma tunique ? » en Féodal et Rajah sortit. Une fois qu’il revint avec sa tunique propre, il vit son maître, rhabillé, penché sur une carte. Il n’avait pas remarqué que son disciple était revenu et il caressait doucement la tête de Menthe lové sur ses genoux. Tiens ? Il l’avait invoqué à nouveau ? Le Familier babillait doucement, comme s’il essayait de réconforter son maître dont le visage était, chose surprenante, comme empreint de culpabilité. Rajah ne put s’empêcher de sourire : finalement, son nouveau maître n’était pas aussi insensible qu’il le pensait . Il fit malencontreusement craquer le parquet en faisant un pas en avant, faisant sursauter son maître qui chassa Menthe de ses genoux et reprit son masque de glace impénétrable.
 
« Pardon, je ne voulais pas vous surprendre. »
 
Le sorcier ne répondit pas et se repencha sur la carte. Son disciple s’approcha alors que son familier sautait sur la table.
 
« C’est une carte du pays, maître ? (Rajah commençait à prendre l’habitude d’appeler le sorcier ainsi.)
-Effectivement, je regardais notre itinéraire des prochains jours.
-Où allons-nous ? »
 
Le sorcier traça leur itinéraire du doigt, ils se dirigeraient d’abord vers l’est, jusqu’à Brâsmes, où ils loueraient des licornes pour suivre le fleuve Bizantin jusqu’à Bella, d’où ils se rendraient dans l’Archipel des Masarach. Rajah émit des lamentations :ils allaient devoir traverser tout le pays ! Son maître lui assena une tape à l’arrière du crâne. « D’accord, pas de plaintes… grommela le disciple intérieurement. » Tenzien leur fit apporter à manger dans la chambre et il commença à lui expliquer quelques mots de Féodal, il lui annonça également qu’à partir de cet instant, le garçon serait responsable de tout ce qu’il possédait et que si jamais quelque chose qui lui appartenait était perdu ou endommagé, il se débrouillerait tout seul pour le remplacer. Rajah haussa un sourcil dubitatif mais ne dit rien : pour l’instant ses maigres possessions se limitaient à ses vêtements et une paire de lunettes.
 
Au fil des jours suivants, son maître lui enseigna les bases de la langue des dragons et son alphabet. Mais pas une seule fois ils n’abordèrent le sujet de la magie. Mais lorsqu’ils atteignirent Brâsmes, trois jours après, le garçon n’y tenait plus.
 
« Maître, quand allons-nous commencer la magie ? »
 
Le sorcier s’arrêta et se tourna vers lui, ça faisait un moment qu’il attendait cette question. Cela dit, il s’attendait à ce que son disciple la lui pose beaucoup plus tôt.
 
« Lorsque tu seras officiellement mon disciple, d’ici là, je n’ai pas le droit de t’enseigner quoi que ce soit.
-Ah… D’ailleurs, Maître, pourquoi m’avez-vous choisi moi ?
-Tu aurais préféré que je te laisse aux mains de ce noblaillon ?
-Non, bien sûr que non ! Mais enfin, je …
-J’ai compris ta question rassure-toi. Je dois te dire que je n’en sais rien.
-Comment ça ?
-Et bien, ça m’a prit un matin en me réveillant. Quelque chose me disait qu’il était temps que parte à la recherche de mon disciple.
-Vous dites ça comme s’il y avait déjà quelqu’un qui vous était destiné.
-Hm… C’est presque ça en fait… Du moins c’est ce que mon propre maître m’a dit le jour où il m’a trouvé, qu’une force mystérieuse l’avait guidé jusqu’à moi.
-Il vous est arrivé la même chose qu’à moi, alors ?
 
Le visage du sorcier s’assombrit soudain et il refusa de répondre.
 
Tout en discutant, ils avaient atteint l’écurie située au centre de la ville. L’écurie était immense, mais après tout, Brâsmes, étalée paresseusement sur les berges du Constantin, était le pôle du commerce de licornes. L’écurie devait compter plus d’une centaine de boxes ! Ils croisèrent un jeune homme qui conduisait une licorne vers des clients potentiels, l’animal était magnifique, bien plus beau que les chevaux que Rajah avait pu croiser au cours de sa jeune vie. L’animal était, au garrot, plus grand que Tenzien, sa belle robe pie était lustrée et brossée, il marchait fièrement, la tête haute, arborant sa corne unique comme la couronne d’un roi. Puis l’animal s’éloigna et quelqu’un vint à leur rencontre.
 
 « Mastrah Tenzien ! » s’exclama l’homme. « Azali zinah vida de’borah ! »
 
C’était un homme qui semblait avoir une quarantaine d’années, il était chaleureux et avenant. Il paraissait habitué à la vie au grand air : il avait le teint halé par le soleil, ses épaules étaient solides et ses mains pleines de cals. Il portait de grandes bottes couvertes de terre et une épaisse cape en laine parsemée de poils de licorne. C’était un cornier, car c’est ainsi que l’on appelle ceux qui s’occupent des licornes.
 
« Moi aussi, je suis ravi de te revoir Alban, répondit le maître en Humain.
-Oh ! Ce gamin ne comprend pas le Féodal ? fit ledit Alban avec un accent à couper au couteau.
-Il apprend.
-Je vois. (Maître Tenzien n’avait, semble-t-il, aucune envie de s’étaler sur ce sujet.) Que puis-je pour toi ?
-Nous aurions besoin d’un licorne robuste pour nous porter tous deux jusqu’à Bella. »
 
Alban eut un sourire malicieux et se tourna vers Rajah.
 
« Est-ce la première fois que tu rencontres des licornes petit ?
-Euh… Oui, monsieur.
-Bien, alors je dois t’apprendre quelques trucs, venez tous les deux! »
 
Ils lui emboîtèrent le pas. Ils passèrent sans un regard devant les boxes alignés et se rendirent directement dans la plaine adjacente. Des dizaines de licornes profitaient des grands espaces, certaines paissaient tranquillement tandis que la plupart galopaient à toute vitesse derrière une femme juchée sur une autre licorne. Alban se dirigea vers un groupe de trois licornes, une noire, une bais et une grise tachetée de blanc. Les trois licornes relevèrent la tête en les voyant arriver. Alban les salua et s’inclina devant elles.
 
« Azale ! s’exclama soudain Tenzien. »
 
Il s’inclina devant les trois licornes puis s’approcha de la grise. Elle était petite mais ses membres étaient robustes et ses muscles roulaient sous sa peau quand elle bougeait, un animal de qualité sans aucun doute.
 
« Azale, c’est bon de te revoir, mais je croyais que tu servais dans le nord à présent ? »
 
La licorne hennit doucement et fourra son museau dans la paume du magicien.
 
« Azale nous est revenue l’hiver dernier, elle était prête à mettre bas et elle avait préféré le faire sous des latitudes plus clémentes, dit Alban.
-Tu as eu un poulain alors ? demanda le sorcier à la licorne. »
 
La licorne bomba fièrement le torse et caracola autour d’eux en piaffant. Tenzien éclata de rire, ça voulait dire oui apparemment, et elle était très fière de son petit.
« Il s’appelle Carnal, là, il est avec les autres poulains à l’écurie, l’informa Alban en riant. Si tu savais ! Elle s’est pavanée comme un paon pendant une semaine après avoir mit bas ! »
 
Pendant ce temps là, Rajah était assez perdu. Son maître se comportait avec la licorne comme avec une vieille amie. Décidément, il ne connaissait rien à ce pays.
 
« Bref, Azale, notre cher maître Tenzien a du travail pour toi, allons voir les détails à l’écurie. »
 
Et ils se dirigèrent à nouveau vers la ville.
 
« Tu vois, petit, dit Alban, les licornes ne sont pas des chevaux. »
 
Azale eut un hennissement indigné.
 
« Comme tu peux le voir, elles n’aiment pas ça. Je dirais même plus, traites une licorne de cheval et tu risques d’être piétiné aussi sec, pour eux, c’est la pire des insultes. »
 
Azale émit un piaffement approbateur et eut un reniflement méprisant.
 
« Elle dit que les chevaux ne sont que des canassons sans cervelle, tout juste bons à servir d’esclaves aux humains. Ce qui n’est pas faux d’ailleurs… En fait, les chevaux sont des animaux stupides, ils ne sont vraiment pas intelligents. Alors que les licornes sont considérés comme un peuple « intelligent » au même titre que les humains, les dragons, et les elfes. Elles raisonnent, discutent, travaillent et élèvent leurs petits dans le respect de leur traditions. C’est pour ça que lorsque tu croises une licorne, tu dois la saluer et attendre qu’elle te salue en retour, les licornes sont très à cheval sur la politesse. Et les licornes que tu loues ici ne sont pas de vulgaires montures qui t’obéissent au doigt et à l’œil, elles te portent alors elles peuvent tout aussi bien te jeter à terre si tu les traites mal. Azale sera votre compagnon de route.
Enfin de toutes façons, je suppose que jusqu’à Bella c’est Tenzien qui s’occupera de tout ça. »
 
La licorne hennit avec curiosité.
 
« Nous aurions besoin que tu nous emmènes jusqu’à Bella en suivant le cours du Bizantin, lui répondit le mage.
 
Elle hocha la tête.
 
« Bon, je fixerait bien comme prix de départ, disons, quatre-vingt dix pièces de cuivre, annonça Alban en se frottant le menton. Azale décidera elle-même des suppléments à ajouter une fois arrivée sur place. »
« C’est un prix correct, voilà ton argent, fit Tenzien, Rajah es-tu déjà monté sur un cheval ?
-Non, maître. 
-Hm… Tant pis. »
 
Puis ils se rendirent dans l’étal de la jument pour la seller, ce qu’Alban fit en expliquant à Rajah comment faire, avec toute l’aisance d’un instructeur chevronné. Azale parla longuement au cornier avant de sortir. Son poulain vint lui dire au revoir et se frotter contre elle. Elle posa son museau contre le sien et hennit doucement, avant de rejoindre ses deux clients. Tenzien prit son disciple par la taille et le hissa sur la selle avant de monter derrière lui. Il donna les instructions de route à sa monture et ils s’en furent dans la plaine le long du Constantin, en direction du sud, vers l’embranchement où le Bizantin, filant vers l’est, se séparait du majestueux fleuve.
 
 
     

 
par Tiamate
le 21/02/2007
page visitée 244 fois.