« Où allons-nous à présent ?
-Nous allons d’abord faire un petit détour par un bourg à une ou deux lieues, puis nous traverserons le col des Elastrides.
-Le col des Elastrides ? fit le garçon en blêmissant. Mais c’est par là qu’on va vers le Pays des Ecailles !
-C’est exact.
-Mais c’est là que vit le peuple dragon !
-En effet.
-Mais ma mère m’a dit que c’était un peuple sanguinaire et démoniaque ! »
Le sorcier éclata de rire. Mince ! Alors il savait rire ?
« Et bien, ta mère devait savoir puisqu’elle en vient.
-Quoi ? Mais comment ça ?
-Ta mère est une dragonne, ton père aussi probablement.
-Mais comment pouvez vous savoir ça ?!
-Tu oublies que je suis un mage, je sais plus de choses que tu ne le penses… Enfin je sais surtout où me renseigner.
-Mais alors ça veut dire que moi aussi j’en suis un !
-Hm, quelle perspicacité. C’est d’ailleurs pour ça que je t’ai proposé de devenir mon disciple. Les humains ne sont pas très doués en magie.
-Alors je suis un démon, gémit-il en s’arrêtant sur le pavé. »
Le sorcier rit à nouveau.
-Jusqu’à présent tu l’ignorais. Avais-tu donc le sentiment d’être si démoniaque ?
-Je… Non.
-La seule qui a changé c’est qu’à présent tu sais ce que tu es. Les dragons ne sont pas plus des démons que les chevaux ne sont des serpents.
-Vous avez dit que les humains ne sont pas doués en magie, vous n’en êtes pas un alors ?
-Oh, il existe quelques humains avec un bon potentiel, mais en général, il préfèrent la science. Et non, je ne suis pas un humain.
-Êtes-vous un dragon ?
-Oui, c’est d’ailleurs pour ça que je n’aime pas venir dans les contrées humaines, le clergé nous poursuit partout. »
Le garçon resta silencieux, des millions de pensées se bousculant dans sa tête. Les dieux s’étaient ils lancé des paris pour voir combien de choses il pourrait subir avant de craquer et de devenir fou ? Et ce Tenzien, tout ce qu’il pouvait bien endurer ne semblait lui faire ni chaud ni froid. Il lui avait simplement annoncé, comme ça, qu’il était un dragon, que sa mère et son père aussi, qu’il ne l’avait jamais su, et qu’ils se rendaient dans le pays qui hantait les cauchemars des enfants. N’avait-il donc pas de cœur ? Tiens, d’ailleurs en parlant de cœur…
« Où est Menthe ?
-Je l’ai congédié, répondit simplement le mage.
-‘Congédié’ ?
-Menthe est un de mes familiers, je ne peux pas l’invoquer indéfiniment.
-Qu’est ce qu’un ‘familier’ ? »
C’est seulement alors que le sorcier sembla se rendre compte de l’étendue de l’ignorance de son disciple.
« Hm… C’est une créature, qui ne vit pas dans le même monde que nous, et qui a signé un pacte avec un magicien. Le magicien peut ensuite l’invoquer quand il le désire selon les termes de leur accord.
-Ouah ! Moi aussi je pourrais invoquer des familiers ?
-Quand tu auras acquis assez de connaissances. Mais ne te leurres pas, invoquer un familier est complexe, même pour les sorciers expérimentés, car plus le familier est puissant, plus il est dur à contrôler. »
Il ne semblait pas vouloir en dire plus pour le moment. Tous deux se replongèrent dans leurs réflexions personnelles. Comment pouvait-il être un dragon ? On disait de ces êtres qu’ils étaient sauvages et féroces, qu’ils avaient la force de dix hommes et qu’ils possédaient des pouvoirs incroyables . D’autres rumeurs disaient encore qu’ils pouvaient voler… Son maître devait le mener en bateau, il ne pouvait pas être un dragon, ce n’était pas possible. Il en était là lorsque le mage prit brusquement la parole :
« Alors, quel nom t’es tu choisi ? »
Le garçon, pris au dépourvu, mit du temps à répondre.
« Et bien, je ne sais pas trop, j’hésite encore…
-Auxquels as-tu pensé ?
-Ben, Rajah, ça me plairait bien…
-C’est un grand nom pour quelqu’un d’aussi petit que toi.
-Eh bien, je … c'est-à-dire que… bredouilla le garçon, rougissant jusqu’à la racine des cheveux.
-Soit, Rajah, puisque tel est ton nom. »
Le garçon, que nous nommerons Rajah à présent, soupira de soulagement. Il s’était attendu à ce que le mage l’affuble d’un nom ridicule. Il voulait questionner le sorcier plus longuement sur les dragons mais soudain le bourg apparu au détour du chemin. Rajah fut surprit, il ne pensait pas qu’ils avaient parcouru une telle distance. Cette petite ville était plus animée que son village natal, plus propre aussi : certaines rues étaient pavées.
Restant proche de son maître, il le suivit jusqu’à une petite boutique dans une rue parallèle. Une petite clochette tinta doucement lorsqu’ils poussèrent la porte. La boutique était vivement éclairée par nombre de bougies et de lampes, malgré la lumière du jour qui entrait à flots par la vitrine. Des dizaines de boites s’empilaient sur des étagères , avec des chiffres écrits dessus, sur le comptoir étaient alignées plusieurs minces et petits disques de verre. Quel genre d’échoppe pouvait-ce bien être ?
« Euh… Maître Tenzien, que vend-on dans cette boutique.
-Des lunettes, pour corriger la vue. »
Le jeune garçon ne comprit pas. C’est alors qu’un vieil homme poussiéreux émergea de l’arrière-boutique. Les quelques cheveux qui lui restaient étaient ébouriffés et les deux grosses lunettes qu’il portait lui donnait l’air d’un hibou tout sec. Il ouvrit des yeux encore plus grands en apercevant ses deux clients.
« Tiens, tiens, tiens, mais qui voilà ? marmonna-t-il en fixant Tenzien. Que puis-je pour vous ?
-Cet enfant a besoin de lunettes.
-Quoi ? Mais non je n’en ai pas besoin ! »
Le vieil opticien rigola.
« On peut vérifier ça tout de suite. Dis-moi, petit, arrives-tu à lire ce qu’il y a d’écrit sur l’écriteau sur la porte derrière moi, enfin si tu sais lire bien sûr ? »
Le garçon plissa les yeux, mais rien à faire, les lettres étaient trop floues.
« Non, je n’y arrive pas.
-Alors il te faut des lunettes ! Assieds-toi là.
Il lui désigna un petit tabouret. Rajah s’y assit tandis que le vieux lui posait un étrange dispositif sur l’arête du nez. Il y inséra une lentille en lui demanda de se cacher un œil.
« Voilà, et maintenant ? Est-ce que tu arrives à lire ? »
-Non toujours pas.
-Bon alors peut-être qu’avec celle-ci … »
Et cela continua ainsi jusqu’à ce qu’il trouve une lentille lui permettant de voir net de l’œil gauche, puis il fit de même avec le droit. Pendant ce temps-là, Maître Tenzien observait la ville au dehors à travers la vitrine, l’air préoccupé. Lorsque l’opticien eut fini, il prit les deux verres qui convenaient et les inséra dans une monture en fer avant de les tendre au garçon. Celui-ci les chaussa et eut un large sourire approbateur, oui, c’était beaucoup mieux ainsi. Tenzien vint alors pour payer l’opticien. Ils semblaient se connaître. Lorsqu’ils se retournèrent pour partir, le marchand attrapa brusquement le sorcier par le bras.
« -Méfie-toi, sorcier ! Le clergé rôde. »
Tenzien hocha la tête, l’air sombre. Il était au courant. Puis ils quittèrent la boutique. En revenant dans la rue où il y avait le marché, Rajah vit un groupe de saltimbanques qui faisait les pitres au milieu des étals. Il admirait toujours leur savoir-faire, et s’était souvent imaginé devenant acrobate. Puis, sans crier gare, Tenzien l’agrippa par l’épaule et l’attira contre lui derrière un étai en bois qui soutenait une maison.
-Maître, que se …
-Chut ! Tais-toi ! lui ordonna le sorcier en plaquant une main contre sa bouche.
Que se passait-il ? Le sorcier regardait en direction de la foule. Rajah suivit son regard. Il regardait trois hommes aux aguets et un curé marchant dans la foule. Il reconnut les uniformes des trois hommes. Ils appartenaient à l’Inquisition, la milice du clergé. Ils levaient souvent le nez, comme s’ils humaient une odeur dans l’air, comme des chiens de chasse. Rajah entendit son maître prononcer une incantation au-dessus de lui.
« Le vent et la brume du matin nous cache de ceux qui nous cherchent, chuchota-t-il dans la brise. »
Rajah sentit soudain une chape d’air glacial s’abattre sur lui, l’envelopper et s’insinuer sous ses vêtements. Il frissonna. Les hommes de l’Inquisition semblèrent soudain perdus, comme s’ils avaient perdu la trace qu’ils suivaient. Ils finirent par s’éloigner.
La chape glaciale se leva et le sorcier lâcha enfin son disciple. Il soupira de soulagement.
« Maître, que s’est-il passé ?
-Ces hommes de l’Inquisition semblent me suivre depuis que je suis arrivé dans ce pays. Chaque jour ils se rapprochent. Nous devons nous dépêcher d’atteindre le col des Elastrides.
-Oui, mais, c’était quoi cette atmosphère glaciale qui est arrivée tout à coup ?
-Un simple sortilège de dissimulation. Viens, dépêche-toi. »
Ils se dépêchèrent de quitter le bourg.
A partir de ce moment là, le sorcier prit soin d’éviter les routes principales et préféra progresser sous le couvert de la forêt. La chaîne de montagnes au pied de laquelle ils se trouvaient s’appelait la Chaîne du Serpent. C’était la plus longue et haute chaîne de montagne du monde connu. Elle traversait le continent sur toute sa largeur, et séparait la nation des hommes de celle du peuple dragon. Peu de gens savaient à quoi ressemblait le Pays des Ecailles, mais Rajah s’était souvent imaginé des horreurs dignes de ses pires cauchemars. Le col des Elastrides était le seul endroit qui permettait de passer d’une nation à l’autre, mis à part le désert qui recouvrait le sud du pays, et où les montagnes s’arrêtaient brusquement, mais c’était encore plus dangereux.
***
A mesure qu’ils se rapprochaient du Col des Elastrides, son maître semblait à la fois plus soulagé, et encore plus nerveux. Rajah n’osait pas lui adresser la parole, craignant la réaction du sorcier. Puis, enfin, au terme de trois jours de marche forcée, ils n’étaient plus qu’à une lieue du col. On pouvait voir le creux qu’il formait dans les montagnes. Rajah leva les yeux vers Tenzien, les plis qui barraient son front semblaient s’être temporairement dissipés et son visage s’être temporairement éclairé. Lorsque soudain, celui-ci fut frappé d’effroi. Rajah regarda autour de lui, il n’y avait rien de menaçant.
« Maître qu’y a-t-il ?
-Ils arrivent, vite ! Cours !! cria-t-il en le poussant en avant .»
Et Rajah se mit à courir. Il jeta un regard en arrière, son maître courait également, il ignorait qui les poursuivait, mais le sorcier semblait le savoir. Puis soudain il les vit. D’élégantes silhouettes lumineuses fondirent sur eux depuis le ciel. Tenzien plaqua son disciple contre le sol et le poussa à nouveau lorsque leur assaillant se fut éloigné pour revenir à l’attaque. Rajah leva les yeux vers leurs agresseurs. C’était des Anges ! Il n’en avait vu que le jour où il était allé à la capitale avec ses parents et que l’archevêque avait fait une démonstration des pouvoirs de Dieu au peuple. C’était de magnifiques êtres faits de lumière, des hommes et des femmes vêtus d’une armure d’argent étincelant, armés de lances et d’épées faits de lumière, arborant un éternel sourire et de beaux yeux brillants couleur de l’aube, leurs grandes ailes de cygne battant l’air dans leur dos. Pourquoi fuyaient-ils devant des êtres aussi purs, ils n’avaient rien fait de mal ? Rajah ne se rendit pas compte qu’il s’était arrêté de courir, subjugué par cette vision enchanteresse. Tenzien claqua des doigts devant lui pour le faire revenir à la réalité.
« Ne les regarde pas dans les yeux ! Ils sont peut-être beaux, mais nous sommes des dragons, ne l’oublie pas ! Nous sommes des démons pour eux, ils viennent pour nous tuer ! Alors remets-toi à courir ! »
Cette fois-ci Rajah ne se retourna pas et courut aussi vite qu’il le pouvait, son maître sur les talons, mais les Anges étaient beaucoup plus rapides, ils leur barrèrent la route et brandirent leurs lances. Mais vif comme l’éclair, le sorcier fit surgir un arc dans ses mains. Il banda la corde et mit le premier Ange en joue. « Mais il n’a aucune flèche, se dit Rajah .» Inutile. Tenzien lâcha la corde et un éclair entouré de bandes de papier frappa sa cible avec un tintement de cloche. L’ Ange poussa un gémissement comme de la soie qu’on déchire et s’évapora. Mais les autres Anges étaient trop proches pour qu’il les abatte tous de cette façon. Jurant, il saisit Rajah par le col, et avec une force prodigieuse, le lança au-delà du cercle d’agresseurs. Rajah atterrit violemment à deux pas d’un rocher qui lui aurait fracassé le crâne. Son maître lui cria de courir, mais il ne parvenait pas à se résoudre à l’abandonner ainsi. Il hésitait encore lorsque les trois hommes de l’Inquisition et le curé qu’ils avaient vus précédemment surgirent des fourrés. Ils étaient essoufflés mais étaient prêts à en découdre. Le curé priait avec son chapelet et sa croix contre son cœur, c’était lui qui commandait les Anges.
Un hurlement de rage retentit et soudain le cercle d’Anges explosa littéralement. Son maître, les mains brillant d’un halo enflammé se redressa et toisa les quatre hommes. Inutile de courir rejoindre son disciple, les Anges les rattraperaient, non, il fallait les affronter ici et maintenant. Les flammes dans ses mains s’éteignirent et il joignit ses paumes. Les Anges survivants se jetèrent sur lui, accompagnés des trois soldats de l’Inquisition. Le sorcier psalmodia d’une voix claire.
« Dans le Palais aux Mille Portes
Coule la source des Cent Cyprès
A laquelle s’abreuve le Sage sans Visage.
Asant, fils de Gorant,
Se dresse dans le crépuscule
Et ouvre devant moi,
Dans le Palais aux Mille Portes,
La porte d’Ebène ! »
Les Anges et les miliciens n’étaient plus qu’à quelques pas de lui.
« Que viennent à moi, les Démons Pygmées ! »
Et soudain ce fut comme si l’air se déchirait. Une nuée noire enveloppa le sorcier et les Anges battirent en retraite fuyant l’obscurité. Puis le nuage noir se morcela et chaque morceau se jeta sur un adversaire. Mais ce n’était pas des morceaux d’obscurité ! C’étaient de minuscules petits démons à la peau noire comme la nuit, armés de hachettes et de poignards qui s’attaquaient sauvagement aux Anges et aux humains. Ils poussaient des cris stridents et gutturaux en dansant une sarabande sauvage. Tenzien courut rejoindre son disciple tandis que les cris de douleur des Anges leur parvenaient. Ces cris touchèrent Rajah droit au cœur, comme si on massacrait de jeunes oiseaux innocents. Comment son maître pouvait-il faire une chose pareille ? Sans le savoir des larmes s’étaient mises à couler sur ses joues et il s’était mis à courir pour les secourir, mais Tenzien l’attrapa au passage et le souleva sur son épaule tout en courant vers le col.
« Posez-moi ! Posez-moi ! Vous n’êtes qu’un monstre ! Un horrible boucher ! »
-C’est ça, et toi tu te feras tuer dès que l’une de ces choses t’auras à portée de sabre.
-C’est faux, ils ne feraient jamais ça ! cracha le garçon en tentant de mordre son maître qui lui asséna une gifle magistrale, l’assommant. »
Une autre horde d’Anges surgit soudain des arbres, un autre ecclésiastique avait rejoint le premier. « Mince, les Démons Pygmées ne tiendront pas longtemps face à plus d’Anges ! » pensa-t-il. Et lui n’arriverait jamais au col avant qu’ils ne le rattrapent… Du moins pas sans un sortilège accélérateur. De sa main libre il tira une fiole de son manteau. Dans la fiole, de la poudre de toutes les couleurs tourbillonnaient furieusement. Il arracha le bouchon avec ses dents et la poudre se répandit autour de lui, s’accrochant à ses jambes, à ses bras, à ses vêtements. Et progressivement il courut de plus en plus vite, mais les Anges le talonnaient encore. Il n’était plus qu’à quelques centaines de mètres des statues marquant la frontière du Pays des Ecailles. Il se retourna pour regarder en arrière au moment où une lance le frôlait. C’est alors que les cris commencèrent. Des hurlements stridents, plaintifs, comme venus du fond des âges. Ils résonnaient tout autour d’eux et les Anges se mirent à tomber comme des mouches, se tenant la tête à deux mains. Les soldats de l’Inquisition également.
« Enfin ! s’écria Tenzien avec un sourire soulagé. »
Il continua à courir, mais ses adversaires perdaient du terrain. Sur son épaule, Rajah revint enfin à lui. Il leva la tête sur l’étonnant spectacle qui se produisait devant ses yeux : des Anges gémissant, prostrés sur le sol qui se tenaient la tête à deux mains et les Démons Pygmées rescapés qui massacraient sur leur passage ceux qui ne parvenaient plus à se défendre. Puis enfin le sorcier franchit la frontière et les hurlements s’arrêtèrent aussi sec, ainsi que l’enchantement que les Anges exerçaient sur le garçon. Tenzien le jeta à terre. Rajah les vit tel qu’il aurait du les voir : des créatures, superbes certes, mais voulant le tuer à n’importe quel prix. Il frissonna devant ce spectacle et se plia en deux pour vomir. En se relevant, une deuxième gifle le surprit. Il leva les yeux vers son maître en remettant ses lunettes d’aplomb. Son maître le dominait de toute sa hauteur, son œil unique brillant de colère.
« A partir de maintenant, ne conteste plus jamais mes ordres ! Est-ce que c’est bien clair ! tonna-t-il.
Le garçon se recroquevilla en hochant vigoureusement la tête.
« Et aussi, n’essaye plus jamais de … me mordre ! »
Puis il se tourna vers les rescapés Pygmées, délaissant totalement son disciple. Celui qui semblait être leur chef s’adressa au mage dans son étrange langage, qui ressemblait aux caquètements d’une poule. Rajah eut enfin le temps d’examiner ces étranges créatures. Ils étaient tout petits, noirs de peau, avec une grosse tête semblable à celle d’une chèvre, avec deux grosse cornes recourbées à l’arrière de la tête. Ils avaient tous une petite barbiche orange plus ou moins longue et tressée de perles de couleur. Le chef portait autour du cou un collier fait avec les dents d’un quelconque étrange animal, une couronne faite de feuilles de cuir entrelacées et un petit pagne en peau autour de la taille. Son bras gauche avait été profondément lacéré par une épée Angélique et il semblait épuisé.
« Merci pour ton aide Roi Baguel, sans toi je serais mort, fit doucement le sorcier en s’inclinant devant le petit seigneur. Rentrez bien et salue ta femme de ma part. »
Baguel lui offrit un salut nonchalant et lui et ses guerriers s’évaporèrent devant leurs yeux.
Après que leurs alliés se furent évaporés, Tenzien se laissa tomber par terre, la main posée sur le flanc.
« Maître, vous êtes blessé ?
-Ca ira, ce n’est pas grave.
-Maître, que s’est-il passé ? Pourquoi les Anges ont-ils cessé de nous poursuivre ?
-A cause des Statues Gardiennes, répondit-il en grimaçant alors qu’il retirait précautionneusement son manteau. Elles repoussent de leur chant tous ceux qui voudraient rejoindre le Pays des Ecailles en étant porteurs de mauvaises intentions à l’égard du peuple dragon. Ce qui est le cas des Anges et de l’Inquisition. »
Rajah ne put s’empêcher d’être admiratif. Il se tourna vers les deux statues qui bordaient le chemin. C’était deux statues de pierre, couvertes de mousse, représentant deux femmes qui avaient une queue de serpent à la place des jambes. Son maître l’informa qu’il s’agissait de Nagas, l’équivalent dragon des Anges, que seule la Grande Prêtresse de la déesse Tfuälrev avait le pouvoir d’invoquer. Rajah ne put s’empêcher de remarquer le ton sarcastique qu’il employa pour parler de la Grande Prêtresse.
« Vous la connaissez Maître ?
-Ha, ha. Oui, je la connais. »
Mais il ne voulut pas en dire plus et se leva pour se mettre en route.
Il était encore plus pâle qu’à l’habituelle mais ne fit aucune remarque et n’émit aucune plainte. Rajah eut plus de mal, il était encore sous le choc de ce qu’il venait de vivre, mais ne voulant pas faire pâle figure devant son maître qui endurait ses blessures avec stoïcisme, il se leva également et le suivit en silence.