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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Essai

     
 

Cela faisait plus d’une heure que François attendait, et il commençait à s’impatienter. Malgré le froid mordant de l’hiver et la neige, il ne portait qu’un vieux jean troué et délavé, un T-shirt blanc devenu gris par le temps et l’usure, et une veste neuve en cuir de grande marque qui dépareillait avec le reste de sa tenue. Il était posé de manière nonchalante, dos au mur de la discothèque, les mains glissées dans ses poches. Ses cheveux blonds sales retombaient sur ses épaules tout en cachant une partie de son visage, un visage aux traits aussi fins que celui d’un ange, mais dont le regard ne dégageait que folie et mépris.

Pour tenter de se calmer, il décida de prendre une cigarette. Il sortit donc son paquet de l’une des poches intérieures de son cuir, et son briquet de la poche droite de son jean usé, prit une cigarette, la coinça entre ses lèvres fines et entreprit de l’allumer, mais alors qu’il approchait la flamme de son briquet, il se mit à trembler, d’abord doucement, puis très vite, il ne contrôla plus son corps. D’un rictus de douleur, il laissa choir sa cigarette et se plia en deux. Le manque se faisait de plus en plus ressentir, et cette soif…

Tandis qu’il était plié en deux, attendant que la crise passe, un homme s’approcha de lui, posa sa main sur son épaule et lui demanda s’il avait besoin d’aide. François fut alors saisit d’une rage surpassant sa douleur ; il se redressa brusquement, prit le jeune homme par le col, le souleva et le colla contre le mur :

 « Ne t’avise plus jamais de me toucher, c’est clair ??!! lui grogna-t-il avec fureur.

- Ok, ok !! Du calme, je ne voulais pas te déranger !! » Mais il ne l’écoutait pas et ne relâchait pas non plus son emprise, il était fasciné par la peur qui se dégageait de cet homme et il se sentait enivré par celle-ci. Si seulement… Après tout, pourquoi pas…Et alors qu’il s’apprêtait à céder à ses sombres desseins, on l’interpella :

 « Simon !! Ça y est, je l’ai !! »

Il tourna son visage vers la femme qui l’avait interrompu. Elle s’appelait Viviane, il l’avait rencontré deux heures auparavant dans une autre discothèque. Elle était seule, on aurait pu croire qu’elle l’attendait. Il l’avait rejointe, il l’avait facilement séduite et de fil en aiguille, il en avait fait son esclave. Comme pour les autres, il ne lui avait pas donné son vrai prénom, personne ne devait le connaître.

 « Pourquoi as-tu mis autant de temps ? lui demanda-t-il d’un ton douceâtre.

- Il y avait beaucoup de monde tu sais, et puis, je n’en ai pas trouvé tout de suite… » Il n’écouta pas la suite de ses excuses ; à la vue de ses yeux vitreux et exorbités, il comprit qu’elle s’était offert un acompte. Peu importe. Il retourna son attention sur l’homme, qu’il tenait toujours d’une main ferme, il le relâcha , l’homme s’enfuit sans se retourner. François le regarda courir d’un œil amusé. Puis il se tourna vers Viviane, et se demanda s’il pourrait attendre, il fut même tenté de l’emmener dans une ruelle pour le faire. Finalement, par sécurité et par hygiène, il lui dit :

 « Viens, on va chez moi. »

Elle acquiesça, les yeux brillants et le suivit. Tout en prenant la direction du vieux Lyon, il la prit par la taille, la faisant glousser. Cela ne devait pas lui arriver souvent d’être ainsi désirée par un homme, et par un homme aussi beau, car François l’était. Cela devait être la première fois. Ce petit jeu commençait à l’amuser, et songeant à ce qui allait venir, il se mit à rire lui aussi.

Tout en marchant, dans son euphorie, Viviane lui déclara sa flamme et lui expliqua d’un ton convaincu qu’elle n’avait jamais ressenti ça pour personne, qu’elle l’aimerait pour toujours, elle parla de grands projets de mariage, et elle insista sur le fait que sa sœur, à qui elle ne parlaient plus depuis trois ans, ne viendrait pas, et puis elle finit par lui confier les prénoms qu’elle aimait bien et qu’elle donnerait à leur bébés. Après vingt minutes de marche, Viviane ne parlait plus, et des larmes coulaient sur ses joues. Elle a atteint le « haut », maintenant c’est la descente aux enfers, pensa-t-il, heureusement nous sommes bientôt à la maison… Il se mit à chercher les clés de l’appartement dans les différentes poches de sa veste, il finit par les trouver, soulagé. Alors qu’ils pénétraient dans le halle de l’immeuble, Viviane reprit la parole d’une voix morne et cette fois, elle évoqua son enfance malheureuse, brutalisée par son père et son frère, la mort de sa mère alors qu’elle n’était âgée que de sept ans et bien d’autres horreurs… François ne l’écouta pas, la fit entrer dans l’appartement et la fit asseoir sur le sofa dans le salon. Il la fouilla nerveusement et trouva ce qu’il cherchait, le sachet de cocaïne, ou poudre des anges. Il ouvrit le sachet, versa son contenu sur la table et à l’aide d’une carte récupérée dans un bar, il se fit deux lignes et avec un sourire pervers, il annonça à Viviane, que le reste était pour elle. Trop heureuse pour se soucier de quoi que ce soit, elle se mit à renifler vivement la poudre blanche.

 « Doucement, lui dit-il tout en lui caressant les cheveux, j’ai tout mon temps maintenant… »

Puis il la laissa seule, il traversa le couloir au bout duquel trois portes se trouvaient ; l’une face au salon et renfermant une spacieuse salle de bain, et les deux autres face à face, l’une renfermant une chambre et l’autre un vaste bureau, il se dirigea vers la salle de bain. A peine la porte fut-elle ouverte qu’une odeur infecte enveloppa François, il ne sembla pas en être incommodé. Il s’avança directement vers la baignoire où gisait, dans une posture grotesque,  le cadavre du locataire de l’appartement, il le retourna et contempla son œuvre ; la plaie qu’il avait fait dans sa gorge s’était élargi, tel un sourire lugubre, le peu de sang qui restait dans le corps avait coulé et souillé sa chemise blanche, sur le visage du défunt se lisait encore la panique et l’incompréhension et sa bouche était légèrement entrouverte, comme s’il lui restait un aveu à formuler… François se pencha sur lui et glissa ses doigts dans l’entaille, la chaire était froide. Il essuya ses doigts sur la chemise, se redressa et alla jusqu'au lavabo au dessus duquel se trouvait une petite armoire, il l’ouvrit et trouva tout de suite ce qu’il voulait.

Lorsqu’il revint dans le salon, la moitié de la poudre avait disparu et Viviane se tenait adossée au sofa, la respiration irrégulière et du sang coulait de sa narine droite. Il prit place dans un fauteuil face au sofa, elle s’aperçu alors de sa présence et le regarda, elle semblait paniquée et émerveillée en même temps. Lui affichait un regard froid et déterminé.

 « Continue. » Lui ordonna-t-il. Elle obéit aussitôt ; et dans des mouvements incertains de marionnette, elle se redressa, se pencha sur la table basse et se remit à faire des lignes. Il la regarda faire, comme un chat regarde une souris. Il affichait un sourire pervers plein de satisfaction, pour patienter il prit une cigarette et ne trembla pas cette fois.

Après quelques lignes, elle s’arrêta brusquement et se tint à la table un instant, avant de tomber dessus, tête première. François ne sembla pas s’en soucier, il finit sa cigarette et l’écrasa calmement sur la table basse en verre, puis il fit le tour de la table et s’assit à côté de Viviane, de sa main droite il souleva sa tête. Il s’attarda un moment sur son visage, puis il leva son autre main, dans laquelle il avait gardé la lame de rasoir trouvé dans la salle de bain et délicatement, avec la précision d’un chirurgien, il lui trancha la carotide, posa ses lèvres autour de l’entaille et but. Dès la première gorgée il se sentit mieux, le sang était chaud, mais surtout, il était saturé en cocaïne. Tandis qu’il assouvissait sa soif, il se sentait emporté par une douce torpeur par laquelle il se laissa entraîner. Il finit par s’endormir sur le cadavre, dans un sommeil sans rêves.

 
     

 
par Die Weisse Rose
le 17/02/2007
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