Asseyez vous un instant mes chers amis, asseyez vous et écoutez la terrible histoire du seigneur cruel qui invita la mort à son bal… Cette histoire s’est passée il y a une dizaine d’années dans une baronnie humaine… Cette histoire m’a été racontée par les anciens du village en contrebas du château dudit baron… Voici pour vous mes amis, l’histoire sinistre du baron de Metrinki…
Le baron de Metrinki possédait un château en haut d’une grande colline surplombant ses terres. C’était un humain encore vigoureux au regard aussi froid que le blizzard et inflexible que la pierre ; quoi qu’il se passait on le voyait toujours arborer le même rictus pervers ; il faisait, dit-on, preuve d’une grande cruauté envers son peuple et gratifiait ses courtisans de nombreuses séance de torture dont il était lui-même le bourreau. Véritable tyran, il dirigeait ses serf d’une main de fer et les oppressait sous de nombreux impôts, ceux qui ne pouvaient pas payer se retrouvaient souvent dans les froides geôles du château où ils subissaient la colère du baron dans son atroce chambre des tortures de laquelle, selon les dires on entendait les cris des suppliciés durant la nuit dans tout les villages avoisinant le château maudit.
Bien que théoriquement protégés par leur richesse qui leur permettait de payer les impôts du baron, tous les riches nobles et bourgeois étaient terrifiés à l’idée de lui déplaire et de s’attirer la colère redoutable de l’homme que l’on appelait dans les tavernes le « baron sanglant » , d’autant que même s’il faisait démonstration de son « activité » en public, personne n’était jamais rentré dans la chambre des tortures sans en ressortir mort ou, ce qui n’arrivait que très rarement, complètement fou et de ce fait incapable de raconter leur expérience, d’autant que les survivants avaient souvent la langue coupée... Ce qui entretenait un grand nombre de rumeurs au sujet de toute les instruments et machines horribles que cette mystérieuse et terrifiante salle pouvait bien contenir…
Cependant malgré ses tendances sadiques, il était aussi l’organisateur de fêtes somptueuses, renommées dans tout le pays.
Et c’est durant une telle fête que cela arriva…
Ce devait être une fête mémorable, le baron de Metrinki venait de remporter la guerre contre le baron voisin, une obscure histoire d’une parcelle de terrain revendiquée par les deux parties qui avait dégénéré en combat sanglant, et il tenait à faire un bal masqué exceptionnel ; il invita alors tous les nobles de ses terres pour une grande soirée.
La salle de bal était une salle immense décorée de draperies d’un blanc pur, au plafond un lustre étrange composé de diamant faisant éclater une vive lueur qui enflammait la salle et étirait les ombres gracieuses des nobles invités ; on comptait dans la pièce 4 grandes fenêtres décorées de somptueux vitraux formant un arc-en-ciel lumineux à travers la salle.
Un orchestre gigantesque accompagnait les danseurs qui se repaissaient des mets fins et raffinés, et l’alcool coulait à flot ; un peu partout on voyait des nobles pousser des soupirs de soulagement en voyant que le baron n’avait apparemment pas prévu de torturer ou d’exécuter quelqu’un durant la soirée, eux qui avaient été accueillis devant la porte par la tête du baron voisin trônant sur un pic ensanglanté…
La fête continua jusqu’au milieu de la nuit lorsqu’Il arriva…
L’orchestre jouait une musique joyeuse dont la danse consistait à tournoyer avec son partenaire et en saisir un autre au hasard au signal donné.
C’est au cours de la danse qu’Il apparut…
Le baron de Metrinki changea de partenaire et se mit à danser avec un homme vêtu d’un pourpoint noir et argenté et au masque morne ; le baron était alors trop enivré pour se questionner sur l’identité de l’homme avec qui il dansait. Le gong de la « baisse des masque » arriva et tout le monde jeta son masque sans s’arrêter de danser, tout le monde sauf le mystérieux partenaire du baron…
Le baron fut d’abord incrédule, puis il s’énerva enfin de ce qu’il considérait comme un manque de respect à son égard, il le pria alors avec colère de retirer son masque…
Il ne répondit pas.
Le baron de Metrinki essaya de se dégager de l’homme mais celui-ci le tenait d’une main de fer, alors il lui souleva son masque…
Personne ne sut jamais ce qu’avait vu le baron mais l’on vit son visage blêmir et une expression d’intense terreur apparut sur son visage.
Et tout à coup tout se transforma…
La lumière émanant du lustre se tamisa et les vitraux se tintèrent de rouge et une lumière couleur de sang s’en dégagea, lumière aussi étrange qu’ils étaient au beau milieu de la nuit. Le baron, paniqué, tenta une fois de plus de faire lâcher prise à son terrifiant assaillant mais celui-ci le tenait toujours de sa mortelle étreinte.
Et la danse continuait.
Mais ce n’étaient plus les nobles joyeux et avinés qui dansaient, mais leurs cadavres décharnés et horribles, reflets de toutes les tortures qu’il avait pratiquées, des hommes et des femmes au visage tuméfié, crispé dans une expression d’agonie, du sang s’échappant encore de leurs nombreuses blessures ; certains arboraient une tête pendante, retenue par quelque résistant lambeau de peau, à certains il manquait un membre, à d’autre les yeux, certains corps semblaient avoir été victimes de longues séances de chevalet et leur corps se traînaient comme des pantins désarticulés.
Et la danse continuait, l’orchestre, lui aussi composé de cadavres, jouait maintenant un air macabre et oppressant, accompagné de cris d’agonie et de plaintes sépulcrales ; la lumière renvoyait sur les draperies l’ombre des danseurs qui, autrefois gracieuse, était maintenant déformée, étirée, horrible, comme une danse démoniaque, un sabbat venu des tréfonds de l’enfer, formé par les propres fantasmes pervers du baron, une plongée dans les cauchemars que lui-même avait créés. Il hurla.
Et tout devint noir…
On ne sut jamais de quelle façon mourut le défunt baron de Metrinki, Mais quand la garde rentra dans la salle remplie de cadavres, on le découvrit mort, intact, mais on déchiffrait sur son visage une indicible terreur et dans son regard s’exprimait la plus grande des folies…
On enterra les cadavres et on brûla le château.
Mais d’après la légende, le baron damné hante encore les ruines du château et, parfois, au milieu de la nuit, on entend encore la longue plainte qu’il poussa avant de basculer dans la folie…