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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 

Dans cette forêt sombre et mystérieuse, où les éons passaient, où la vue de certaines étoiles s’était éteinte au fil des millénaires, un lac mourait doucement. Longtemps, les eaux claires des sources environnantes l'avaient alimenté. Longtemps les fées étaient venues s'y reposer.

Mais il y avait belle lurette que leurs babils s'étaient tus. Là où l'eau avait été si claire, le cresson lui donnait une couleur verdâtre. Les animaux de la forêt ne venaient plus y boire. Il y avait eu un feu d'enfer qui avait ravagé ses rives. Des traînées noirâtres coulaient le long des vallons. Des squelettes de chênes séculaires tendaient leurs bras d'ébène vers un ciel à jamais gris. La fumée se mêlait à la brume.

De temps en temps en hiver, on entendait venant du fond des eaux, un appel dans une langue que personne ne comprenait plus. Il était à l'agonie, attendant depuis des années, soit la main de celle qui pourrait le faire revivre, soit la main du profanateur qui enfin mettrait un terme à son existence. Le lac s'était mis à nourrir envers les êtres vivants une haine inextinguible. Gare au promeneur imprudent qui flânait le long de ses rives ! Malheur à l'écureuil perdu ! Désespoir pour le cerf mourant de soif qui errait près de ces eaux !

Une énormité gluante et innommable ne laissait plus que des enveloppes desséchées sur les rives. Le lac attendait.......

Alors l’on vit une minuscule grenouille sortir d'en dessous un nénuphar jauni, et pousser un stupide: "croa croa". Tout à coup, un bruit de galop se fit  entendre dans le lointain et une silhouette a peine ébauchée se dessina contre le gris du ciel. Enveloppée d'une grande cape bleutée, elle laissait entrevoir quelque chose de brillant à son côté. Une épée ! Le cavalier était armé et sans doute chevalier vu la taille de cette épée.    
                 

La grenouille fit un bond et alla se  percher sur un jonc! Qui pouvait être ce personnage aux allures martiales?   

Le jour se leva, la brume se dispersa  légèrement pour la première fois depuis des années ou même des siècles. Le bruit de galop se fit plus intense et la silhouette approcha. Le bord du lac se mit a frémir et un oiseau siffla mais ce n’était pas un bruit animal, plutôt quelque chose de magique, comme un signal. De petites vaguelettes laissèrent voir en transparence quelques poissons de couleur mordorée mais en très petit nombre! Le lac bougeait?  
              
Qui, quel esprit assez puissant avait pu le sortir de sa torpeur?    
        
Le cavalier s’arrêta sur la berge, et retroussa sa capuche, c’était une femme, très belle, aux longs cheveux roux encerclés d'un diadème d'argent. Viviane! La Dame du Lac ? Impossible! Pourquoi revenir avec Excalibur à son  côté après toutes ses vilenies contre Merlin? Et pourtant le lac s’entrouvrit et la "cavalière" y entra comme on entre dans un palais. 

Alors le ciel s’éclaircit et d'autres oisillons se mirent en chœur à réclamer leur nourriture! Non loin de là, apparition Oh combien  étonnante aussi, une licorne, impassible regardait dans la direction du lac. Un chant à demi elfique inonda le paysage: "Oh Ninniath namarië, Oh Ninniath namarië!"

Un arc-en-ciel s’éleva...Ses couleurs montaient progressivement. Les leprechauns, qui n'en avaient pas vu depuis des siècles sortirent de leurs tanières pour y rentrer aussitôt. Ce n'est pas demain qu'ils laisseraient leurs chaudrons d'or au pied d'un tel arc-en-ciel. Les sept couleurs essayaient de se disputer la primeur de l'“éclat”. Leur combat fit que, petit à petit, elles se mirent à dégouliner sur la trame du pont céleste. En quelques minutes, elles se mêlèrent entre elles et l'arc devient une arche sombre. La porte accueillante du lac se fit noire et piquetée d'aiguilles. La licorne immaculée, à la vue de cette transformation démoniaque, fit volte-face et s'enfuit au triple galop si ce n'est au quadruple. Les grenouilles hurlèrent à la mort, regrettant leurs vies de princes.

La dame du lac perdit immédiatement de sa superbe. Elle qui avait cru que, malgré ses années d'abandon, elle pourrait revenir sans craintes sur son domaine, sentit sur elle une onde de peur glacée. Il y avait au-delà de sa connaissance, sur son territoire perdu, une force qui dépassait son imagination. De nombreuses pensées commencèrent à fuser dans son esprit. Qui cela pouvait-il bien être? Merlin ? Il errait depuis longtemps dans sa prison de cristal. Petit à petit une pensée s'insinua dans son esprit.

Il y avait longtemps, après l'emprisonnement de Merlin, elle était tombée malade. Les sept sœurs d'Avalon s'étaient occupées d'elle. Elle n'avait jamais su ce qui lui était arrivé, les sœurs étaient restées muettes à ce sujet. Et si....

Elle se souvenait : la fièvre, les potions et sa peau qui flétrissait à vue d’œil! Puis ces visions d'horreur qui hantaient ses rêves, peuplés de gobelins et de leprechauns! Elle était redevenue elle-même depuis, mais s'était toujours questionnée sur la cause de cette maladie! Morgane? Arthur? Non, Morgane peut-être, mais Arthur n'avait pas ces pouvoirs là. Arthur et Morgane unis pour sa perte? A cause de Lancelot qu'elle avait élevé et qui l'avait abandonnée, elle sa mère adoptive, pour aller "aimer" la reine Guenièvre…

Elle le revoyait et se dit qu'elle n'aurait pas dû agir ainsi peut-être avec Merlin. Les sœurs savaient sûrement quelque chose qu'elle, Viviane, ignorait. Tout était redevenu morne et triste. Elle usa d'un sort presque oublié mais il ne fonctionnait plus!

Ses pouvoirs, ses pouvoirs partis?     
Cette fois c'était sur, il y avait ou y avait eu conspiration !     
   
Pleins pouvoirs avaient été donnés, mais à qui? 
                           
Elle leva le yeux et vit le ciel de Brocéliande comme elle ne l'avait jamais vu: plombé et noir avec d'énormes nuages s’amoncelant juste au-dessus de sa tête! Merlin lui en voulait à mort et ne la pardonnerait pas. Il ne l'aimait  plus, c'était certain. Elle s'assit sur une grosse pierre grise et pleura. Ses larmes coulaient le long de ses joues et venaient mouiller sa robe, elle oubliait son honneur et se laissait couler à terre, s'abandonnait à cette terre qui avait été son berceau. Et la terre ne lui répondait même plus!   

Au loin, la licorne demeurait immobile comme si elle attendait quelque événement spectaculaire.

Ses yeux rencontrèrent ceux de l’animal mythique....Viviane cessa de pleurer! 
 
     

 
par Melmiriel
le 04/02/2007
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