Approchez donc jeune étranger,
J’ai quelque chose à vous conter,
Près de l’oreille il faut parler,
Tout doucement pour murmurer,
Car il me faut bien témoigner,
Sinon l’oubli va m’opprimer.
Je suis moins vieux que je n’en ai l’air,
Ne faites donc pas tant de manières,
Ecoutez donc, écoutez l’air,
De la complainte d’un pauvre hère.
Je me souviens du temps jadis,
Où seules les nymphes tentatrices,
Régnaient sur Terre, mais sans malice.
Je me souviens du temps jadis,
Les nains, les elfes, les Faeries,
Les peuples étaient en harmonie,
Point de misères, point de folies,
Jusqu’au jour où le mal naquit.
Parvint un soir un pauvre diable,
Le ton mielleux, et l’air affable :
« Je cherche là quelque semblable,
Qui dans le vice serait coupable.
Je cherche une oreille aux aguets,
Pour insuffler le mal parfait,
Je suis le diable, et je voudrais,
Trouver quelqu’un qui comprendrait.
Je suis bien seul en cette terre,
Où tous mes rêves sont des chimères,
Je ne suis là qu’un pauvre hère,
Mais quel est donc ce grand mystère ?
Ma solitude est un supplice,
Je n’ai point d’ombre, point de complice,
Je suis prisonnier dans la lice,
Je reste seul dans les abysses. »
L’esprit du mal soudain peu fier,
Sentit couler les larmes amères,
Quel malheur, quelle misère,
Les douces larmes coulèrent sur terre.
De ces petites gouttelettes,
Germa la graine qui s’entête,
Acroître plus par entrefaites,
Fini la joie, le mal nous guette.
Oui c’est ainsi qu’elle naquit,
La perversion, la maladie,
Finies la paix, la rêverie,
Le mal est né, quelle folie.
Les nains, les elfes, les Faeries,
Fini les alliances infinies,
Bonjour les affres du souci,
La Paix n’est plus, elle s’est enfuie.
Et croiriez-vous, je vous le dis,
Que cette scène je la vis,
Je suis le diable, le malappris,
Regardez bien je suis en vie.