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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 
Au sein d’une auberge rustique qui se trouve aux confins des terres mortelles, un vieillard est assis à une table garnie de nourritures appétissantes. Espiègle et rieur, il semble à la fois jeune et vieux, et je dois dire qu’il est pour moi impossible de déterminer son âge. Des cheveux clairsemés à reflets gris et blancs flottent au-dessus de son visage étrange. Une infinité de ridules parcourent celui-ci, semblables aux rivières et aux chemins sinueux d’une ancienne carte forestière. Il est en train de fumer une de ces anciennes pipes en bois, comparables à celles que possédaient les gnomes d’autrefois. Le nez aquilin et les yeux malicieux, le vieillard semble absorbé dans ses plus sombres pensées, lorsque je fais mon entrée dans la taverne. Une lumière douce et dorée vient se poser sur mon visage d’enfant, avide de curiosités et d’histoires extraordinaires. J’ai envie de savoir ce qu’il y a de part le monde ; j’ai envie d’écouter les plus folles aventures des clients de la taverne, qui viennent à la fois de partout et de nulle part.

Je m’approche discrètement du vieillard grisonnant et m’assoie à ses côtés, sans un mot. C’est alors que le vieil homme me remarque et daigne poser les yeux sur mon visage juvénile. Il me regarde, puis sourit : « Je suppose que tu viens là pour écouter une de mes histoires, enfant. » Impressionné par le vieil homme et ses manières, aucun son ne peut sortir de ma bouche, mais je hoche de la tête en signe d’approbation. « Très bien cher enfant, je vais te raconter. Et vous aussi, approchez jeunes curieux, si vous voulez savoir quels mystères le monde recèle. Approchez pour découvrir l’amère vérité dont j’ai fait moi-même l’expérience, par une terrible nuit d’hiver 1815. »

« Alors que j’étais encore un brillant jeune homme dont l’avenir ne pouvait donner que des promesses, je me promenais au gré du hasard dans la ville de Lidmia. Une ville ? Que dis-je une ville, Lidmia est plus qu’une ville, c’est une sorte de pays où il vous est possible de rencontrer toute sorte de gens. Mais soit, il faut que je témoigne de l’incroyable rencontre que je fis. Imaginez la scène :

Une pluie diluvienne, sur la ville endormie
Elle refroidit les âmes des passants enhardis.
Qui s’avancent et s’égarent dans un monde englouti.

Les ténèbres ont pris place dans les rues de la ville,
Les chandelles enflamment les passeurs malhabiles,
Les révèlent d’une flamme au curieux qui jubile.

Je regarde un instant une scène qui m’intrigue.
« Quel est donc cet enfant, aux allures d’une gigue ? »
Juste au coin d’une rue un vieillard est assis.

Son visage est en feu et ses yeux irradient
Le passant malappris, qui ne veille sur lui.
Le curieux déambule et s’approche de lui.

Il est là dans la rue mais l’impie ne le voit,
Il est là abattu, mais jamais il ne choit,
Dans ses haillons vêtu, il me paraît déçu.

« Quel est donc ce saint homme qui me semble déchu ? »
Les cinq doigts de sa main, vers le Père sont tendus,
Il espère une aumône, quelques biens attendus.

Mais le pauvre pantin a déjà bien vécu.
Il reçoit dans sa main l’eau bénite attendue,
Il recueille dans sa paume, l’eau du ciel lui est chue.

C’est alors que le vieillard expira son dernier souffle. Cependant, le curieux que j’étais en train de suivre pas à pas vit avec la même stupéfaction que moi, une chose extraordinaire. Un spectre vaporeux s’éleva hors de la dépouille charnelle du pauvre mendiant. Le fantôme, dont les haillons semblaient flotter comme de la flanelle au vent, se retourna alors pour fixer le curieux de ses yeux diaphanes. Le curieux parut comme fasciné par l’effrayante apparition, et désira en apprendre un peu plus à son sujet. Mais l’esprit volatile décide de partir. Il a bien trop à faire et ne daigne rester. Le curieux s’en approche et lui dit en passant : « Oh là ! Esprit confie toi, il me faut bien savoir, ce qui est au-delà de ce grand territoire ! Si j’apprends ce qu’il y a au-delà de la vie, alors seulement je pourrai savoir si l’existence en vaut la peine. En effet, si le monde des morts est semblable à l’enfer, alors pas d’inquiétudes et jouissons de la vie, avant que le trépas ne nous apporte douleur et soucis. Mais si le monde des morts est comme le paradis, j’affronterai mieux la vie et ses contraintes, tout en sachant qu’il existe au-delà un monde meilleur ! ».

A ces paroles, le fantôme ne dit mot. Il poursuivit son chemin pour arriver tantôt, au-devant d’un fleuve des plus sombres. Le curieux le poursuivit, car il désirait savoir : « Je vous en prie répondez-moi, ni le jour ni la nuit je n’aurai de repos, il me faut connaître la vérité aussitôt ! ». C’est alors que le fantôme s’engouffra dans une barque. Sans un mot, sans un bruit, le curieux le rejoignit dans son funeste destin.

Et moi, j’observais la scène horrifiante : Le curieux resta avec le spectre au plus profond de la nuit, et croyez-le bien jamais plus je ne le vis.

Chers auditeurs si vous voulez mon avis, le curieux à la vie n’a jamais rien compris.

Le saint Père lui accordât un seul de ses dons,
Seule l’aumône du ciel et son humble pardon,
C’est ainsi que s’achève ma bien triste oraison.

La morale de cette histoire, la voici : Celui qui ne sait pas ce qu'est la vie, comment saura-t-il ce qu'est la mort ?
 
     

 
par Haydan
le 23/01/2007
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