Par une longue soirée d’hiver,
Il m’arriva quelque misère.
Si vous voulez, écoutez l’air,
De l’aventure dont je suis fier.
Au cœur des bois je me trouvais,
Quand une pluie sur moi laissait,
Tomber les larmes du saint Père,
Quand vinrent la foudre et le tonnerre.
La faim dévorait mes entrailles,
Le vent me poussait pour que j’aille,
Le froid glaçait ma peau sans faille,
La bise giflait comme on entaille.
Seigneur je me sentais perdu,
Abandonné, las et déchu,
Au fond des bois, je me suis chu,
C’en est fini j’ai bien vécu.
Soudain une douce lumière,
Caresse las mes deux paupières.
Mais quelle est donc cette chimère,
Là devant moi une chaumière.
Je me levai tant bien que mal,
Pour voir la demeure infernale.
Visiblement, c’est un château,
Je m’en approche tout aussitôt.
En face de moi, la porte grince,
Voici que m’ouvre un noble prince :
« Messire venez vous abritez,
Prenez repos vous méritez. »
Mon cœur se réjouit et je pense,
Que le saint Père me donne la chance,
De continuer sans outrances,
Une autre vie qui recommence.
« Je me souviens du temps naguère,
Où l’homme pouvait se complaire,
Sans subir la moindre misère,
Je vous en prie, entrez mon cher. »
Dans son salon le prince m’invite,
Mais prend congé car il me quitte.
Heureux je m’installe riant,
Dans l’un de ses fauteuils charmants.
Mais ma parole quel est cet air ?
J’entends le chant d’une sorcière,
Sa voix est d’or et elle m’invite,
A la chercher, elle ne me quitte.
Prenant mon courage à deux mains,
Je suis son air, son doux refrain.
Où es-tu donc voix de sirène ?
Elle est là-bas, elle m’emmène.
Devant une porte je m’arrête,
Une lumière par là, je guette,
C’est un grand bal et l’on y fête,
Quelque mariage je crois, j’enquête.
J’ouvre la porte doucement,
Et vois devant moi, l’impudent,
Le bal de mille fantômes errant,
Volant dans leur flanelle, flottant.
Je vois le prince, il est ravi,
Mais son visage est rabougri,
Ses habits neufs sont ternis,
Il me regarde et puis sourit.
Vers mon visage son doigt se tend,
Hélas je suis bien imprudent,
Tous les fantômes me regardent,
Je suis comme fou, ils me narguent !
La peur en ma poitrine s’insuffle,
Je cours, j’ai l’âme d’un buffle,
Mais le couloir est bien trop grand,
Les fantômes veulent m’attraper séant,
Devant moi la porte j’empoigne,
Il faudra bien que je témoigne,
Je cours dans les bois je me sauve,
Ca y est je respire je suis sauf.
Croyez-le bien méfiez-vous,
De ces nocturnes rendez-vous,
L’on vous invite malgré vous,
Et bientôt c’en est fait de vous.