Jeune étranger venez auprès,
Car je me dois de vous conter,
Une histoire qui m’est arrivée,
Jamais je pense ne me croirez.
Par un joli matin de mai,
Tandis que je me promenais,
Le vent dans mes cheveux soufflait,
Et tout mes sens il ravivait.
Par un joli matin de mai,
Je me trouvais aux bois tout près,
Pour y cueillir de tendres baies,
Déjà mon panier était prêt.
Quand soudain vint un air étrange,
A mes oreilles qu’ouïes-je, qu’entends-je ?
Silence, c’est une mélodie d’ange,
Autour de moi tout n’est que fange.
Une chansonnette toute guillerette,
A mes oreilles s’en vint en quête,
« Venez par là bel inconnu, »
Me dit-on d’un air ingénu.
« Et pourquoi dont je vous suivrai,
Les farces des lutins je connais,
Dans la forêt je me perdrai,
Et ma comté, ne reverrai. »
Mais elles m’ont ensorcelé,
Ces mélodies que je suivais,
Près de l’orée je parvenais,
Mes yeux soudain s’écarquillaient.
Sous des rayons luminescents,
Il étaient mille, ils étaient cent,
De tout petits êtres charmants,
Ils riaient tous comme des enfants.
Dans un buisson je me cachais,
Le petit peuple j’observais.
Vêtus de feuilles et de muguets,
Avec leurs ailes ils s’envolaient.
Une chansonnette toute guillerette,
En ce lieu-ci, on faisait fête,
Jouez hautbois, sonnez musettes,
Ils n’en faisaient tous qu’à leur tête.
Quand le sourire me vint aux lèvres,
Je me senti quelque peu mièvre.
Ragaillardi comme le lièvre,
Je me levais, j’avais la fièvre.
Le petit peuple disparut,
La douce mélodie s’était tue,
Les lumignons étaient perdus,
Adieu magie, je suis déçu.
Dans ma folie de les rejoindre,
Je les effrayai, pas des moindres,
Ainsi s’achève mon histoire,
Ci-fait monsieur, vous pouvez croire.