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Sujets concernés par ce texte : Science Fiction
Type de document : Conte

     
 
 
Loïc était vendeur d'étoiles.
 
Son travail consistait à vendre des étoiles dans l'univers auxquelles aucun nom n'était encore associé.
 
Sur une carte cosmique scannée, il désignait à l'aide d'une petite flèche verte autocollante les étoiles qui ne portaient encore aucun nom.
 
Puis il renvoyait aux acheteurs qui l'avaient contacté par internet et payé la carte en question. Enfin, il faisait parvenir à l'Office Astronomique Mondial des grilles sur lesquelles figuraient à côté des coordonnées de l'étoile le nom choisi par chacun des clients, la plupart du temps leur patronyme.
 
Les astronomes en effet manquaient d'idées pour nommer les planètes et avaient trouvé ce moyen lucratif d'y remédier.
 
Aussi des observatoires du monde entier faisaient-ils parvenir à la société de grandes cartes bleu nuit piquetées de petits points lumineux que des scientifiques spécialisés prétendaient être d'autres soleils autour desquels gravitaient des planètes.
 
Les noms de ces clients insolites brilleraient désormais pour l'éternité dans le ciel.
 
Mais Loïc avait du mal à y croire !
 
Souvent, la nuit, il se réveillait en sueur, rêvant de tous ces consommateurs d'étoiles qui payaient cinquante euros pour donner leur nom à une tête d'épingle quelque part dans l'infini, un soleil que jamais ils ne verraient. Il ne serait pas venu à l'idée de Loïc de dépenser une telle somme pour un rêve d'astéroïde en fusion à l'autre bout de la galaxie. Mondes d'explosions nucléaires naturelles qui dispenseraient des vies singulières sur des planètes languides. Rêves d'incandescence et de chaleur absolue ramenés à cinquante malheureux euros puisque tout se paye au prix fort. Et que c'est ce prix dérisoire qu'accorde aux rêves ce monde de changement de millénaire.
 
Dans son bureau au dix-huitième étage d'une tour de la Défense, il s'asseyait parfois abasourdi au milieu du matériel informatique dernier cri.
 
Souvent, pour s'en remettre, il détaillait les nouveaux noms d'étoiles en essayant d'imaginer ce qui pouvait pousser ces gens à donner leur patronyme à un objet céleste à l'existence si incertaine. Peut-être telle étoile était-elle si vieille qu'elle menaçait à chaque instant de se transformer en nova et en trou noir qui allait engloutir sans espoir de retour une partie de la lumière de l'univers.
 
Peut-être aussi n'était-ce qu'une erreur, une poussière égarée sur l'objectif ou un défaut d'impression lors de la matérialisation sur une photo numérique.
 
Mais surtout, il s'étonnait qu'on ressente le besoin de nommer les minuscules trous dans le rideau et non ces immenses étendues de vide qu'il faudrait un jour franchir pour atteindre ces myriades de petits riens à peine lumineux.
 
Alors le vertige le prenait, à la pensée de cet espace sans limites, de ce vide géant où existait toute chose. Y compris lui-même.
 
  Ce jour-là, un virus informatique baptisé Mike piégeait le réseau. Il attendait embusqué chez des fournisseurs d'accès aux quatre coins du monde. De ces emplacements stratégiques, il pouvait accéder aux lignes des modems et pénétrer par effraction dans les ordinateurs qui naïvement s'y connectaient.
 
En moins de trois secondes, il investissait les logiciels de traitements de texte et occupait tous leurs fichiers. Lors de leur ouverture, les lecteurs avaient droit à des extraits du Capital de Karl Marx en hongrois et du Kama Sutra en turc.
 
Une fois le premier moment d'hilarité passé, les victimes constataient que Mike n’était pas seulement un fripon polyglotte : au bout d'une heure, il détruisait les fichiers de fonctionnement des environnements. Une réinitialisation rétablissait la situation, mais c'était un embarras, largement médiatisé, qui dissuadait les internautes d'emprunter le réseau. Le temps qu'on isole et qu'on neutralise Mike, le monde des internautes, relayé par la presse du monde entier, avait jugé qu'il était préférable de bouder temporairement la trame.
 
Loïc ne pouvait donc satisfaire ses acheteurs d'étoiles et se trouvait désoeuvré. Son regard distrait tomba sur le listing des derniers clients qu'il commença à potasser d'un œil peu enthousiaste. Puis aucun message n'arrivant, il choisit de s'y pencher plus sérieusement. La dernière commande provenait de Belgique, d'un Olav Pavlov qui avait dû franchir les frontières d'Europe de l'Ouest il y avait bien peu de temps.
 
Puis son regard erra plus haut sur la liste, sur la blancheur mate de la feuille. Tomba sur ce nom : Stella Stern.
 
Est-ce que Stella, ça ne voulait pas dire étoile ? Et Stern aussi ? Etait-ce un pseudonyme ? Non ! En face figuraient les références de sa carte bancaire, et le même nom y apparaissait. Cela piqua encore davantage sa curiosité.
 
Stella Stern, un nom prédestiné pour un acheteur d'étoiles ! Il jeta un coup d'œil sur la liste. Aucun autre nom n'attira son attention.
 
De nouveau, il se préoccupa de cette étrange coïncidence.
 
Et il imagina immédiatement de longues jambes fuselées, un port de reine de Saba. Un regard clair. Et des seins à damner un saint.
 
Il consulta son dossier : elle n'avait pas pris la peine d'inscrire son âge sur le formulaire à masque.
 
Stella ! Stella ! Il lui semblait qu'il s'agissait là d'un vieux prénom. Un prénom de grand-mère …
 
Elle résidait 17 villa Heredia, dans une de ces villas parisiennes, en fait d'agréables impasses bordées de jolies maisons alignées derrière de sympathiques jardinets.
 
Dans le quartier du parc Georges Brassens, dans le quinzième arrondissement.
 
Loïc avait habité dans ce quartier lorsqu'il faisait ses études.
 
Il se souvenait de cette villa, dissimulée au coude d'une rue au trajet sinueux. Parmi les seules rues à avoir évité de payer au progrès le lourd tribut d'être détruites pour voir s'édifier à leur place des résidences luxueuses avec piscines. Et cette anti-œuvre-là avait sans doute été achevée depuis son départ du quartier.
 
Il se demanda s'il n'avait pas envie de revoir son ancien quartier. Savoir comment il avait changé. Si les pâtisseries s'étaient améliorées.
 
Il attendit l'heure de pointer avec impatience, saisit son sac à dos qu'il porta à son épaule et rejoignit sa Twingo au parking souterrain.
 
Trois quarts d'heure plus tard, il gara sa ridicule petite voiture rue de Vouillé, la verrouilla et marcha le nez au vent jusqu'à la villa Heredia. Il eut la joie de constater qu'elle n'avait pas changé. Seule la maison jadis la plus anodine avait été remaniée pour devenir l'une des plus agréables à la vue.
 
En face se tenait le numéro 17, une haute maison grise dont une grande baie vitrée sans rideaux, formée de hautes lamelles de verre d'une vingtaine de centimètres de largeur, occupait une bonne partie du rez-de-chaussée.
 
Loïc se souvenait de cette demeure qui avait auparavant appartenu à un sculpteur dont on apercevait les œuvres à travers les baies. Désormais apparaissait sur le mur du fond, qui avait été peint en blanc, un grand soleil à la Méliès qui souriait aux passants curieux.
 
Loïc s'attardait devant la fenêtre lorsqu'un homme sortit d'une des maisons au bout de la rue. Visiblement, il s'étonna de l'attitude de ce jeune homme planté devant la fenêtre d'une façon très indiscrète.
 
Loïc décida de changer son mode d'approche.
 
Il tourna cinq fois dans la rue, essayant de distinguer un peu plus de détails à chaque passage. Sur la boîte aux lettres verte ornée d'un petit cœur rouge, apparaissait en effet le nom de Stella Aster Stern. Il distingua aussi, sur une tablette haute au milieu de la pièce éclairée par la vaste baie, un vase chinois ancien.
 
Il parvint pour la cinquième fois au fond de la rue et se retourna. Au premier tiers de la rue étaient apparues deux jeunes femmes. L'une avait une lourde silhouette avec de larges épaules, vêtue de noir. La seconde portait une élégante robe blanche qui s'ajustait à sa mince silhouette.
 
Les deux femmes étaient rentrées au numéro 17 avant même que Loïc n'ait commencé à avancer vers le début de l'impasse.
 
Il restait indécis et ne bougea pas pendant quelques minutes.
 
Les deux femmes ressortirent et l'une, la plus massive, grimpa dans une de ces horribles petites voitures de sport japonaises gris perle, qui stationnait non loin de la maison. Le véhicule fit marche arrière et disparut.
 
La jeune femme en robe blanche resta sur le seuil de la porte en agitant la main tandis que Loïc s'avançait.
 
Elle se tourna vers lui et leurs regards se croisèrent.
 
Inexplicablement, il lui trouva quelque chose de singulier. Quelque chose dans l'écartement de ses yeux. Quelque chose dans le T que formaient les yeux, le nez et la bouche. Une proportion inhabituelle et un regard particulier, étranger. Brune et la peau très pâle. Elle lui souriait distraitement, se retourna pour rentrer chez elle.
 
Il l'interpella. Et de nouveau elle se tourna vers lui.
 
"Stella Stern ?"
 
"Oui !"
 
Désarçonné par son sourire, il ne sut que dire.
 
"Je suis de VOIE LACTEE SA ! Nous vendons des étoiles sur Internet … !" réussit-il à bafouiller en lui présentant sa carte de société.
 
"Ah oui ! J'ai bien reçu la carte du ciel ! Ce matin ! Ce matin, oui !  Vous ne pouvez pas savoir comme j'ai été émue en apprenant que cette étoile était la mienne. Voulez-vous entrer ?"
 
"J'en serais enchanté !"
 
Ils pénétrèrent ensemble dans un grand atelier d'artiste. Au fond resplendissait le soleil de bronze, plus jaune que doré. Dans un coin était allumée une télévision où passaient des images des réfugiés du Kosovo. Il n'était pas l'heure du journal. Sans doute s'agissait-il d'une des chaînes du câble. Dans un angle au fond était installé un petit salon de jardin en fer forgé bleu chargé de coussins multicolores inspirés par les batiks indonésiens.
 
Une porte donnant vers l'arrière faisait pénétrer une lumière blanche dans la salle où de grands tableaux abstraits trônaient sur les murs. Ou étaient-ce des photos de constellations ? Seul un des tableaux - ou était-ce une photo ? - représentait une jeune femme qui ressemblait beaucoup à Stella avec en fond un étrange paysage qui ne correspondait à rien de connu avec des arbres roses et des pics montagneux couverts par de grandes zones bleutées. Un tableau un peu surréaliste.
 
Ils s'assirent sur les coussins autour d'une table marocaine en marqueterie géométrique bois et ivoire.
 
Elle lui offrit un thé nature extrêmement parfumé.
 
Stella était enjouée. Sa voix vibrait et grelottait comme si elle avait été ravie. Et son accent indéfinissable, rond comme celui des italiens, ne faisait qu'ajouter à cette sensation.
 
Sur l'écran, des trains ramenaient des milliers de Kosovars albanophones expulsés de leur pays. La caméra avait pris la scène au téléobjectif, ce qui donnait une impression de foule compacte serrée contre les trains.
 
"Ça fait penser aux trains d'Auschwitz !" fit remarquer Loïc.
 
"Les trains d'Auschwitz ? Qu'est-ce que c'est ?"
 
"Les wagons plombés qui amenaient les Juifs aux camps de concentration …"
 
"Ah oui ! bien sûr !"
 
Mais son regard vide indiquait qu'elle ignorait totalement de quoi il s'agissait.
 
"Et d'où êtes-vous ?"
 
"J'ai vécu en Uruguay jusqu'à l'âge de quinze ans, et ensuite à Hong-Kong ! Puis, il y a deux ans, à cause du rattachement à la Chine, je me suis installée ici !"
 
Des Albanophones marchaient sur des chemins de misère, au cœur de paysages montagnards des Balkans, sous la pluie et dans le froid.
 
"Comment cela va-t-il finir ?" se demanda Loïc.
 
"Personne ne le sait. L'avenir est obscur au présent. Et l'oubli facile à ceux qui vivent dans le futur !"
 
Le jeune homme s'étonna, mais n'osa demander des explications.
 
Puis les reportages suivirent leur cours pour arriver à la présentation de l'exposition d'un sculpteur sur le Pont des Arts.
 
"J'irais bien voir cette expo, ça doit être original …" dit Loïc.
 
"Ça m'intéresse aussi ! vous n'avez rien à faire ce soir ? Allons au restaurant à Montparnasse, et puis on marchera à travers le sixième jusqu'au pont ! Qu'est-ce que vous en pensez ?"
 
"C'est une bonne idée !"
 
"D'accord ! je vais me faire belle, et j'arrive !".
 
Plus tard, ils prirent un cocktail au sommet de la Tour Montparnasse, au plus près des étoiles qu'ils pouvaient l'être dans cette ville de lumières. Sur l'ouest de Paris, le soleil, en se battant avec les nuages pour le contrôle du ciel, creusait les reliefs et épaississait les ombres sur les immeubles. Parfois, des éclats de lumière palpitaient jusqu'à eux. De petits éclairs ponctuaient au loin le passage de pare-brise sur le périphérique. Loïc indiqua à Stella les hauteurs de Courbevoie, du Mont-Valérien, et les bois de Saint-Cloud.
 
Ils dînèrent dans un restaurant antillais. La jeune femme ne s'aperçut pas à quel point la nourriture était épicée. Sans doute ses origines tropicales expliquaient-elles ce manque de sensibilité gustative.
 
Puis ils se promenèrent à travers Saint Germain jusqu'au Pont des Arts.
 
L'air, doux comme de la soie en cette soirée de printemps, avait fait sortir de chez eux nombre de parisiens et de parisiennes qui arpentaient les rues dans la bonne humeur. En un éclair, en passant devant une devanture de maison de la presse, il pensa aux bombes sur Belgrade qui tombaient sur des civils, aux réfugiés albanophones qui fuyaient, persécutés par les soldats. A ce gigantesque gâchis. A ce qui poussait les humains à se détruire ainsi. Il regarda Stella, qui semblait perdue dans ses pensées. Mais visiblement, elle ne pensait pas à cette tragédie.
 
En passant place Saint Sulpice, ils admirèrent les statues sur leur piédestal d'où émergeaient de puissants jets d'eau.
 
Et ils se sourirent l'un à l'autre.
 
Puis ils s'engagèrent à travers les ruelles bordées de restaurants qui conduisent au boulevard Saint Germain, gagnèrent la place de l'Odéon et empruntèrent la ruelle pavée à l'arrière du restaurant Procope. Stella fut saisie d'un fou rire en voyant, à la devanture d'une boutique de peluches, de petites vaches tachetées de blanc et noir qui regardaient les badauds d'un air matois.
 
Puis ils se retrouvèrent sur les quais de la Seine.
 
Les promeneurs se pressaient sur le Pont des Arts. Les statues exposées les étonnèrent par leur force expressive. Des scènes de vie primitive exprimaient une ardeur des corps sans commune mesure avec ce que Loïc avait déjà eu l'occasion d'admirer.
 
Il se pencha sur le parapet du pont. Les remous provoqués par un bateau-mouche secouèrent le pont en passant sous le tablier. Les mascarons qui ornaient le Pont Neuf se rythmaient d'ombres et de lumières. Une de ses arches fut brièvement illuminée au passage du bateau-mouche. Stella se plaça à côté de Loïc. Et leurs mains se posèrent l'une sur l'autre, comme une caresse. Ils ne se regardèrent pas. Les étoiles brillaient sur Notre-Dame.
 
Ils atteignirent la cour carrée du Louvre, s'assirent sur le rebord du bassin central. Echangèrent des mots doux.
 
Traversèrent la cour de la pyramide où ils s'émerveillèrent des reflets sur le miroir pur de l'eau du bassin.
 
Puis ils passèrent sous l'arc du Carrousel, allèrent vers la grille de l'entrée du parc des Tuileries. En passant, ils s'assirent côte à côte sur un des bancs nichés dans l'obscurité.
 
Ils se regardèrent. Les ombres de Paris jouaient sur leurs visages, l'un contre l'autre. Ils s'embrassèrent. Lentement, les lèvres de Loïc avaient piqueté le visage de Stella de petits baisers. Puis ce fut le contact de leurs bouches presque l'une dans l'autre à force de se joindre avec passion.
 
Puis main dans la main, ils se dirigèrent vers les hôtels de la rue de Rivoli où ils trouvèrent un taxi qui les ramena chez Stella.
 
Dans le grand lit blanc, dans la chambre qui donnait sur un jardinet planté de fleurs qui s'agitaient doucement à la lueur de la lune, ils s'aimèrent avec passion, puis s'endormirent dans les bras l'un de l'autre.
 
Loïc dormit. Il dormit longtemps et rêva.
 
Dans son rêve, la femme du tableau qui ressemblait tant à Stella, apparaissait dans une étrange lumière bleutée. Elle se matérialisait à peine, comme un hologramme.
 
Elle tentait de réveiller Stella en l'appelant par de petits cris plaintifs.
 
Pour finir, la dormeuse s'éveillait. Et elles parlaient ensemble dans une langue inconnue. Le tableau derrière elle vibra, s'anima, devint une sorte d'écran de télévision. Un paysage étrange apparut, avec des colonnes de gens qui remontaient une montagne. Ils avaient tous cet étrange écartement des yeux, cette proportion bizarre dans les traits du visage. Mais leurs couleurs étaient multiples. Certaines lumières leur faisaient parfois même la peau comme bleue.
 
Ils cheminaient sur des chemins de souffrance, Loïc le voyait bien.
 
C'étaient des réfugiés. Ils se dirigeaient vers des fusées où ils s'entassaient par centaines. Certaines au loin décollaient et s'enfonçaient dans l'espace.
 
Mais c'étaient toujours des nuées sans nom de gens qui fuyaient avec de pauvres paquets. Comme au Rwanda. Comme au Congo, comme en Bosnie. Comme au Kosovo.
 
Il fut arraché à son rêve par un bruit.
 
Mais l'espèce de fantôme devant cet écran de cauchemar était toujours là.
 
Et il se réveilla de nouveau.
 
Et de nouveau encore.
 
Puis ce fut le matin. Le soleil venait de la ruelle et illuminait la maison.
 
Le visage de Stella faisait comme une tache de blancheur laiteuse dans les replis du drap aux motifs cachemire. Et ses longs cils très noirs qui battaient contre sa joue disparaissaient dans le creux de l'oreiller.
 
Le tableau avait bizarrement changé. Mais Loïc n'était pas sûr de s'en rappeler. Mais n'était-il pas plus foncé, comme un écran éteint ?
 
"Les réfugiés !!" dit-il. "Est-ce qu'il y avait des réfugiés ?"
 
"Non !" répondit la voix ensommeillée de Stella, "désormais, l'étoile nous appartient. Nous l'avons achetée ! nous n'avons plus besoin de partir ! Nous allons rester sur notre planète ! A jamais !"
 
"Parce que c'est pour cela que tu as acheté l'étoile ?"
 
"Bien sûr ! Parfois de simples petits faits peuvent engendrer des conséquences colossales ! Dans ton futur, ces mondes se révéleront vides d'autres races humanoïdes. Car nous sommes seuls dans l'univers … Seuls avec notre stupidité et notre désir de posséder et notre mépris de l'autre …! Et dans deux mille ans, des gens ressortiront ces stupides ventes d'étoiles par les observatoires de VOIE LACTEE SA, et s'en serviront pour asservir d'autres hommes ! L'achat est désormais entériné pour les miens. A jamais !"
 
Et soudain, elle ouvrit les yeux, sembla émerger.
 
"Que disais-tu ? J'ai rêvé de réfugiés, d'étoiles … quel cauchemar !!!
 
"J'en ai rêvé aussi !" dit-elle en se rhabillant. Car il était l'heure de partir pour le travail.
 
Il l'embrassa avant de partir. Puis de la Défense, il lui envoya des messages internet. Il n'obtint pas de réponse.
 
Le soir, il rentra chez lui et l'appela au téléphone. La ligne était coupée.
 
Lorsqu'il se rendit le lendemain au 17 villa Heredia, il sonna en vain.
 
Le soleil de Méliès avait disparu, de même que le vase chinois et le nom de Stella sur la sonnette.
 
Quelques semaines plus tard, un couple vint s'installer dans la maison abandonnée.
 
Jamais il n'a revu la jeune femme.
 
Il a changé de travail.
 
Mais certaines de ces nuits où le ciel n'est masqué par aucun nuage, alors Loïc regarde les étoiles.
 
Et il pense à Stella.
 
Et à l'humanité.
 
     

 
par hartigon
le 14/01/2007
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