Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature Chapitres :0123456789101112131415
Type de document : Essai
Chapitre 4
Un dîner près du feu
Une visite de la cité d'Albâtre s'imposait
et c'est en compagnie de mon meilleur ami
que j'ai déambulé de rues en marchés.
Je n'oublierais non plus cette drôle de journée.
Erwan
La pluie cessa d’un coup, et quelques rayons d’un soleil crépusculaire venaient caresser les toits de grès. L’ombre du beffroi dardait ses quatre flèches vers la source de l’Automne, à l’Est de Cigne. L’équipe avait fini de mettre à l’abri le carrosse et le matériel, et d’amener à l’écurie les chevaux et les bêtes de trait. Erwan regarda son ami qui en finissait avec sa jument alezane : Pourpre. Edan et lui étaient meilleurs amis depuis l’âge de huit ans, venant du même canton. Physiquement, Erwan était la nuit et Edan le jour ; le jeune homme était châtain clair tirant sur le blond, d’une carrure plus grande et plus robuste qu’Erwan, mais d’une dextérité moindre à l’épée. Sa mâchoire fugitive couverte d’une barbe claire de quelques jours et ses longs cheveux bouclés encadrant un visage jovial et bien découpé, mettaient en valeur un regard charmeur. Ses yeux d’un bleu turquoise laissaient pantoises toutes les femmes. Seul défaut à ce visage d’ange, une cicatrice sous la paupière droite qu’il avait reçue enfant, lors d’une bataille contre un chat sauvage qu’il s’amusait à poursuivre.
Les deux jeunes hommes marchaient vers le centre de Cigne, faisant attention à ne pas glisser sur les pavés usés et mouillés, dans lesquels s’étaient creusés deux sillons depuis un siècle de circulation. Après avoir descendu la rue qui partait de l’auberge, ils débouchèrent sur l’avenue du Tev, la grande artère qui, en passant par la Place Poivrot, reliait la Porte Blanche, au Sud Ouest de la ville, au palais des seigneurs de Cigne, au Nord. D’en bas, on pouvait apercevoir le Tev, au sommet d’une colline annonçant les contreforts du massif d’Arban.
Sans être plus grand que le château de Valgrive, celui de Cigne faisait étalage de nombreuses richesses. Son emplacement faisait de Cigne le carrefour commercial entre les cités du Nord Est et ceux du Lac et de la côte. Passages obligés, les seigneurs de la ville avaient construit de nombreux péages aux portes et poternes, et ils arrivaient parfois à combiner assez de taxes et d’impôts pour faire couler une société, et ensuite la racheter. En conséquence, la plupart des bateaux et bacs navigant sur le lac était la propriété du Tev, comme les caravanes amenant l’or des mines de la Congère jusqu’au Havre.
Alors, le marquis de Cigne était l’un des hommes les plus riches des Vaux Gris, et il était souvent arrivé qu’il devienne même le banquier du Havre. Il ne faisait qu’agrandir le Tev et enrichir ses ornements. Au donjon massif et à la salle commune d’origine c’étaient rajoutés depuis un siècle et demi, cinq tours élancées, parées de gargouilles et de dentelle de pierre ; et un immense bâtiment de six étages, égalant en hauteur le donjon, dont le centre était occupé par un jardin.
Erwan ne pouvant supporter l’orgueil de cette démesure, il préféra baisser le regard, pour ne plus voir le Tev mais les enfilades d'échoppes. Le long de l'artère, les boutiques offraient les richesses des Vaux Gris et de l'ancien Empire du Nord ou du grandiose empire du Sud : de la soie de Primaube, des lins fins des cultures de la Vive, des orfèvres et des tiares de Selvie, des armures et des épées de Dambre, de Fergard et même de la capitale de l'Empire australe, Sise. Des objets vendus à prix d'or pour la plupart, bien au-dessus des moyens de deux jeunes soldats.
Ils continuèrent sur l'avenue jusqu'à la place Poivrot, noyée par la foule. La plupart du négoce se faisait sur les vins et spiritueux, mais toutes les marchandises étaient acceptées sur ce marché. Les badauds bousculaient Edan et Erwan, qui eux-mêmes jouaient des coudes pour avancer, parfois s'arrêtant quelques instants, s'intéressant à ce que proposaient les étals. Ils étaient sortis de la place et se dirigeaient vers une taverne accueillante quand une jeune femme s'agrippa à Edan. Elle était vêtue de haillons, les cheveux gras et sentait la rue. Pourtant, elle ne semblait pas affamée pour une mendiante.
- "Que veux-tu, toi ?" la questionna Edan
- "Je veux ce que tu veux toi, désirable", répondit elle, féline.
- "Pardon ? Sois plus précise, veux-tu, ou vas t'en ! s'agaça le jeune homme.
- "Je veux dire ... Je peux te donner du plaisir si mon seigneur le veut, susurra t'elle." Elle glissa sa main vers l'entrejambe d'Edan, indécente."Et j'y trouverai aussi du plaisir, n'est ce pas mon seigneur ?" Erwan était amusé par la situation de son ami, là avec une inconnue, une mendiante, qui lui tâtait l'entrejambe. Et à mieux y regarder ... Erwan avait vu un mouvement furtif de l'autre main vers la bourse, qui n'apparaissait plus désormais derrière l'épée.
- "Edan ! C'est une voleuse !"
Avant même qu'Edan puisse faire un seul geste, la mendiante disparue dans la foule qui se densifiait aux abords de la place Poivrot. Après un moment de réflexion, les deux amis la suivirent, bousculant marchands et curieux, sans un regard pour ceux qui étaient tombés. Ils aperçurent la voleuse prendre un passage rejoignant une ruelle parallèle à l'avenue du Tev, et s'enfoncer dans le dédale de rue au sud du beffroi. Quand ils arrivèrent à un carrefour, la voie de gauche était une impasse, et celle de droite rejoignait la foule des marchés.
- "Elle nous a bien eu cette gueuse ! grogna Edan. Avec sa sale mine et ses manières là, je ne m'y attendais pas. Elle aura pris celle de droite, et maintenant pour la retrouver dans la foule..."
A ce moment, un bruit attira son attention dans l'impasse. Edan tira à moitié son épée, prudent et rageur. Il découvrit gisant sur les froids pavés, une toute jeune femme en train de reprendre conscience. Le noir dominait en elle : ses yeux, ses cheveux emmêlés, sa toilette. Cette dernière, bien que le tissu ne soit pas riche et fin, identifiait cette personne comme une noble d'une petite maison. Erwan arriva, Edan rengaina son épée et ensemble ils l’aidèrent à s'asseoir sur un banc de pierre à la taille grossière.
- "Dame, vous sentez-vous bien ? Que vous est il arrivé ? Dites nous ce dont vous avez besoin", s'enquit Erwan, sans trop la brusquer. Elle releva la tête, une ecchymose apparaissant sur sa pommette gauche.
- "Mon frère... gémit elle. Où est mon frère ? Dites le moi vous." Erwan et Edan se regardèrent puis ce dernier se leva pour aller voir alentour s'il e trouvait pas ce frère, dans le même état que sa soeur." Je me suis fait agresser, avec mon frère, nous étions sur le marché quand trois hommes... Ils nous ont amenés loin des témoins puis nous on dépouillés" Elle passa la main dans sa coiffure démise, là où sans doute une résille avait retenu ses cheveux. "Qui êtes-vous ?"
- "Je suis sergent au service de la maison de Valgrive, je me nomme Erwan Baln. Notre troupe va au Havre pour la naissance de l'héritier. Dame, puis-je savoir qui vous êtes ?" demanda-t-il après une hésitation.
- Vous êtes venu pour la naissance ? fit elle, toujours à demi consciente. Je viens aussi pour cela, je vais au Havre moi aussi... Je suis Abaell Nérac, maison mineure du comté de Bouton. Je suis parti avec mon frère Ckain et deux hommes pour présenter les hommages de ma famille à l'héritier."
Edan revint en courant, bredouille.
- "Je ne l'ai pas trouvé. Il est peut-être parti chercher du secours."
- "Et vos hommes de garde, ils 'étaient pas avec vous ?" demanda Erwan. "Votre frère est peut-être allé les chercher, ne croyez vous pas ?"
- "Non non non !" s'emporta t'elle. "Mon frère est un bon à rien, un lâche, sans moi il n'est rien ! Il a du aller se cacher quelque part comme un poltron. Quant à mes hommes de gardes, ce sont des mercenaires. Maintenant que nous n'avons plus d'argent, ils vont s'empresser de repartir vers le donjon de Nérac et nous laissaient là." Elle tenta de se lever, vacillante, mais elle refusa qu'Erwan l'aide. Une ardeur incroyable illuminait ses pupilles.
- "Vous êtes sûre que vous allez bien ? Je crois qu'on peut vous aider, Dame", proposa Edan. "On vous aide à retrouver votre frère, et je ne crois pas que nos maîtresses refuseraient de vous venir en aide et n'accepteraient pas votre compagnie pour le reste du voyage jusqu'au Havre."
Abaell le fixa, puis son regard changea, devenant doux et triste. "Vous n'avez pas tort, je ne refuserais pas votre aide, et je serais grandement reconnaissante à vos maîtres de bien vouloir nous aider. Notre maison est peu connue, et mon père veut que l'on parle de nous à la cour du Havre." Les trois partirent vers l'office du prévôt voir si Ckain n'y avait pas trouvé refuge. Le bâtiment se trouvait tout près du Tev, en contrebas de la demeure des marquis. Sur trois niveaux, l'office prenait toute la largeur de l'esplanade. Les allées et venues alentour étaient très nombreux et les magistrats semblaient tous très préoccupés et marchaient sans faire attention aux autres passants. Erwan remarqua l'air soucieux d'Abaell, qui scrutait le visage de chaque personne qu'ils croisaient. En arrivant près de l'entrée principale, ils le trouvèrent là. Minable, dans un état comparable à celui de sa soeur quand Erwan et Edan l'avaient trouvée, il était assis devant l'office, les coudes sur les genoux, la tête fixant obstinément le sol.
Sa soeur cria son nom et courut vers lui. Ils s'embrassèrent, échangèrent quelques mots, et Erwan de loin vit Ckain s'agenouiller devant Abaell, implorant son pardon. Etrange relation fraternelle. Après avoir apparemment obtenu le pardon de sa soeur, Ckain se releva et ensemble ils rejoignirent les deux amis, qui avaient attendu patiemment. Le frère d'Abaell était grand et mince, très mince, un visage aigu avec des grands yeux d'un bleu profond et sans reflet. Avec ses long cheveux bruns détachés, de dos, on aurait facilement pu le prendre pour une femme, et c'est sans doute ce que les agresseurs ont du penser en le voyant dans la foule. Il portait un habit vert mais aucun bijou ni aucune arme, sans doute voler.
- "Je vous présente mon frère Ckain", commença Abaell. "Ckain, les deux hommes qui m'ont retrouvée là où tu m'as lâchement abandonné".
- "Je vous remercie de vous être occupé de ma soeur", dit il d'une voix fluette et timide. "Je suis l'aîné d'Abaell, mais je n'ai pas pu protéger ma petite soeur..."
- "Comment ça l'aîné ?" répliqua sa soeur. "Nous sommes nés en même temps, et notre mère dit que j'ai été la première à sortir !"
- "Mais vous ne vous ressemblez pas pourtant", remarqua Edan.
- "Oui c'est vrai, pourtant nous sommes jumeaux. Un caprice de nos dieux." Elle se tourna vers son frère :" Ils nous ont proposé de nous mener jusqu'au Havre. J'ai accepté." Ckain ne dit rien, et d'un accord tacite, tous se mirent en route vers l'auberge. Je vais avoir des choses à raconter à Aileen et à Dame Rose. On se retrouve avec une fille étrange et son frère qui est loin d'être l'image de l'homme protecteur..."
Rose, Aileen et Nedrik attendait dans le salon en compagnie d'Erwan. Il leur avait expliqué comment ils avaient retrouvé Abaell et Ckain. "Voyez, Dame, je leur ai presque promis que vous accepteriez de les prendre avec nous pour la fin du voyage, conclue t'il. Les hommes qui devaient veiller sur leur sécurité sont partis en sachant que leurs maître s'étaient fait détroussés; ils employaient des mercenaires." Rose songeait, assise sur le grand fauteuil devant l'âtre de la cheminée. "Je ne vois rien qui me pousserait à leur refuser notre aide, lâcha t'elle finalement. Vous avez bien fait. Et puis ça me permettra de prendre des nouvelles du comté de Bouton. Il est vrai que depuis la mort de mon mari, je ne m'intéresse plus autant à toutes ces choses. Te souviens-tu Nedrik ?
- "Tout à fait", répondit celui-ci. "Vous discutiez avec les simples voyageurs, on en oubliait presque votre rang. D'ailleurs, je suppose que je dois rajouter deux couverts pour les Nérac. "
- "Bien entendu. J'ai même exigé que la soeur Nérac se serve dans mes vieilles toilettes, celles qui restaient ici. Sergent, vous voulez bien aller voir où en est cette demoiselle ?"
Erwan s'exécuta est monta les quelques marches de l'escalier. Un chat gris passa entre ses jambes, manquant de le faire tomber. Le félin descendit avec grâce au rez-de-chaussée et Erwan put entendre la voix d'Aileen qui l'accueillait alors que Rose essayait de dissuader sa petite fille de l'emmener au Havre.
Il arriva devant la porte de la chambre de Rose et toqua doucement. Il entendit des pas se rapprocher de lui et la voix d'une femme lui disant qu'elle serait bientôt prête. Il attendait depuis quelques instants, s'étonnant du silence qui régnait dans cette auberge malgré le monde qui y logeait, quand Abaell apparut, drapée dans une robe toge vert foncée, une fine chaîne de cuivre ceignant sa taille et mettant en valeur ses formes malgré l'ampleur de l'habit. Un chignon bien fait tirait ses cheveux en arrière, laissant une frange libre et quelques mèches s'échappées sur sa nuque. Maquillée et parées de boucles d'oreilles de jade, Erwan la trouvait splendide, enchanteresse, totalement différente de celle qu'il avait retrouvé dans la vieille ville.
- "Je suis prête maintenant", lança t'elle avec un sourire espiègle.
- "Je vois ça", fit il avec une assurance feinte. "Il faut descendre, nous allons passer à table."
Il lui prit le bras et ensemble, ils rejoignirent les autres qui étaient déjà attablés. Tous dans le salon tournèrent la tête et restèrent contemplatifs devant Abaell. Erwan vit le regard d'Aileen passait de la surprise à la déception, puis se tournait vers son assiette vide.
- "Cette toilette vous rend splendide, ma chère", dit Rose. "Pour un peu elle vous rendrait presque aussi belle que moi à votre âge." Abaell sourit à la pique et finit de descendre l'escalier pour prendre place en face de son frère, qui lui restait pensif. Erwan s'installa en face d'Aileen. Elle est jalouse d'Abaell ou bien ? C’est idiot, cinq ans les séparent, Abaell est une femme faite alors qu'elle n'est encore qu'une gamine.
- "Sergent", interpelle Rose. "J'aimerais que vous trouviez Sybille, elle n'est pas encore là."
Erwan poussa sa chaise et se releva. Il sortit du salon et s'arrêta net, et elle se trouve où, exactement. Il fouilla tout le rez-de-chaussée sans la retrouver. Enfin, il tomba sur elle dans la dernière des pièces, une petite salle avec quelques étagères et des livres. Elle était assise sur une vieille peau d'ours brun, en tailleur, un livre sur les genoux. Elle semblait absorber par sa lecture. Doucement, Erwan s'approcha. Il regarda par dessus son épaule pour deviner le sujet du livre, mais elle sentit sa présence et sursauta, envoyant le livre dans les airs. En un réflexe, Erwan récupéra l'ouvrage en vol et regarda le titre : Le jardin des visages. C'est quoi ce livre ?...
- "Ca parle de la forêt près du Havre, où il y a plein de statues au visage tous différents", dit Sybille comme répondant à la pensée du jeune homme. "Je ne sais pas bien lire, mais j'ai surtout regardé les images." Erwan feuilleta la reliure et remarqua en effet le nombre impressionnant de gravures et de peintures illustrant "le jardin des visages". Ce livre vaut une fortune, il doit appartenir à Nedrik.
- "Il faut que je remette ce livre à sa place. On doit aller manger et ta grand-mère n'est pas contente de ton retard.
- "J'avais oublié le dîner ! Vite !"
Elle partit en courant, laissant Erwan remettre seul l'ouvrage à sa place et regagner le salon. Les discussions allaient bon train, on parlait de tout. Alors qu'on servait les oeufs de caille en sauce, Rose aborda un sujet des plus alarmants : "... je suis au courant. L’Empire du Sud assiège l'île pour empêcher tout commerce avec Thélèmes. Le plus grave n'est pas l'embargo, mais le frère de l’archiduc se trouve en ambassade à Thélèmes. Sise ne demande qu'à nous attaquer, et l'empereur Léorn serait capable de nous accuser de prendre part au conflit en faveur de la République de Thélèmes.
- "Et dans cette optique", continua Nedrik, entre deux bouchées, "l’archiduc prépare son armada à Aval et Wyzen. Sauf que si Léorn l'apprend, ça le confortera dans sa politique de légitimation des diverses guerres qu'il entreprend. Songer qu'avec l'annexion des Etats souverains de Primaube, de Fergard et de Selvie, l'empire surpasse presque l'ancien empire du Nord."
- "Mais le pontife dans tout ça ?" s'enquit Aileen. "Il a autorité sur tous les souverains du monde non ?"
- "En théorie oui", répondit Rose, la bouche encore pleine de terrine d'oie. "Sise est au coude à coude avec Entreaux pour le primat de l'Eglise. Le pontife et l'empereur se livrent une guerre d'influence que Léorn ne gagnera qu'avec la chute de la République et celle des Vaux Gris. Il n'y aura plus qu'un pas à franchir pour écraser les armées du pontife déjà occuper avec la guerre de Norterr."
- "Il est d'ailleurs heureux dans un sens, que le roi de Dambre, je ne me souviens jamais de son nom, n'ait pas pris partie pour l'Empire", ajouta Nedrik.
- "Somme toute", conclut Erwan, "nous sommes en première ligne et seul face à l'empereur."
- "Presque", lâcha Rose. "Effectivement, nous étions seuls. Mais si le frère de l’archiduc est actuellement à Thélèmes, c'est pour contracter des alliances avec le sénat. Et avant Thélèmes, il s'était rendu au Cyn pour s'entretenir avec le prince. Je ne sais même pas comment ce sont conclues les négociations."
Erwan n'écouta pas la suite. Abaell ne cessait de le regarder. Il se sentait fier d'être le centre d'intérêt de la jeune femme. Et réciproquement, il admirait cette beauté sombre révélée : à chaque mouvement de sa tête, des mèches d'un noir de nuit caressaient son cou aux lignes parfaite. Quand Rose lançait une pointe d'humour, ses lèvres rouge sang souriaient et découvraient des dents d'un blanc immaculé, même après avoir mangé. Elle est parfaite !
Ce qu'Erwan n'avait pas vu, c'étaient ses regards de mépris à l'encontre de Ckain. Ses yeux bruns ne reflétaient aucune chaleur pour son frère et celui-ci s'en rendait compte : il resta tête baissée durant tout le repas.
Quand le dessert arriva, seule Rose avait encore de l'appétit. Le dîner se termina donc sur une galette aux amandes et chacun regagna sa chambre, sauf Erwan, qui allait rejoindre ses compagnons dans l'annexe de l'étable. Dans le dortoir, tout le monde s'était couché. Erwan s'allongea près d'Edan qui dormait de son sommeil habituellement lourd. Celui-là, une charge de cavalerie ne le réveillerait pas. quant à Abaell, je vais sûrement rêver d'elle cette nuit.