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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature
Type de document : Conte

     
 

Nous vivons dans le noir, dans les profondeurs des cryptes. Nous vivons dans le noir, loin du soleil qui nous brûle les yeux. Nous écoutons les gémissements de la terre autour de nous. Nous respirons la douce odeur du sang qui se répand toujours à gros bouillon de la statue de notre déesse. Parfois nous nous levons, errons dans les tunnels à la lueur rougeoyante des torches, lentement, pas à pas, vers le haut. Quelques volées de marches, de longs tunnels s'entrecroisant comme les fils d'une toile d'araignée, et nous voilà dehors.
De très loin, à travers l'immensité de l'espace, Astellar éclaire le monde de sa froide lumière bleue. Les étoiles brillent faiblement dans le ciel calme. La nuit est douce, froide pour nous habituées à la chaleur des profondeurs. Une fine neige tombe, couvrant le sol des ses flocons, crée une immensité bleu pâle. L'esprit s'élève, attiré par ces clartés étranges, par le doux bruit du vent dans le feuillage des arbres, par les chants des oiseaux de nuit. Alors nous nous éloignons, marchant ou volant, profitant des heures sombres où tous dorment.
Les premières lueurs de l'aube violacée nous ramènent chez nous et, alors que le ciel se teinte du rouge flamboyant de Solinar, alors que les feuilles de bleues deviennent mauves puis pourpres, nous nous glissons telles des ombres chassées par la nuit, dans l'obscurité de notre demeure.

Nous vivons dans le noir, dans les profondeurs des cryptes. Nous sommes exilées, loin de chez nous par la beauté de l'aube, par l'immensité de l'espace. Nous sommes arrivées, au commencement du monde, une à une, sortant de terre pour visiter ce lieu étrange que nous n'avions qu'aperçu auparavant avant de nous abîmer dans le cœur d'Yria. Toutes ne sont pas venues ; certaines sont restées dans notre monde, d'autres sont sorties longtemps après. Nous avons erré sous les arbres, dans les froideurs des pôles, dans la brûlure du désert, de-ci, de-là, curieuses. Nous avons vu se développer les hommes, les nains, les elfes, nous les avons vu se multiplier et bâtir des empires. Nous avons aidé nos frères du mal, orcs et gobelins, à lutter contre les partisans du bien et les anges haïs. Nous avons croisé les petits êtres féériques et facétieux qui ne s'attachent à rien qu'à la beauté et nous les avons observés de loin. Sont-ils à leur place dans ce monde où sont-ils un peu à part, comme nous ?
Nous avons visité toutes les contrées, observant ou corrompant tour à tour. Nous avons attiré des mâles peu soupçonneux dans nos bras, les laissant au matin déambuler, tels des zombis toujours vivants, privés de leur âme. Nous avons appris à nous dissimuler des regards hostiles, prenant l'apparence de nos hôtes en échange d'une fraction de nos pouvoirs. Nous avons appris à enfanter des monstres qui deviendraient nos serviteurs et hanteraient les cauchemars des hommes. Certains sont beaux comme le péché, d'autres hideux comme la vertu. Tous sont mauvais, vicieux, mais dévoués envers leurs maîtresses et créatrices. Ce sont des créatures des nuits obscures, enfants des ténèbres, amoureux de la mort. Et nous avons veillé sur eux.
Certaines sont rentrées dans notre monde, mais d'autres sont restées, regardant le temps façonner le monde. Mais au cours des millénaires, les entrées ont été cachées et nous sommes seules et désolées.


Nous vivons dans le noir, dans les profondeurs des cryptes. Nous nous y sommes réfugiées pour vivre parmi les nôtres, attirant à nous tout ce que la noirceur a enfanté. Mais assises au bord du lac de sang nous nous souvenons d'un monde meilleur, d'une beauté brûlante.
Ô Pandemonia ! Pandemonia ! Sombre cité des profondeurs de la terre ! Nous avons erré trop longtemps et nous avons oublié la route nous ramenant chez nous ! La Voie magique, nous amenant devant notre déesse pour qu'elle décide si nous sommes dignes de rentrer dans notre demeure, si nous ne sommes pas corrompues. La Voie ! Où est-elle ?
Ô Pandemonia ! Pandemonia ! Monde magique creusé dans le roc, si près, si près du centre de la terre ! Nous rêvons jours et nuits de tes grottes immenses, des stalactites de basalte se perdant dans l'obscurité des voûtes. Nous revoyons sans cesse tes belles demeures, sculptées au cours des millénaires, aux tours aériennes, aux dômes multicolores. Les rues sont pavées de grenats taillées, pyrope violacé et flamboyant. Des ruisseaux de laves coulent de-ci de-là, éclairant nos villes de lueurs rougeoyantes, toujours renouvelées par la magie divine. Et les temples, couronnés de cornes acérés, tous plus beaux les uns que les autres, toujours parés dans l'attente du jour où Dorenovia voudra vivre quelques temps près de l'une ou l'autre de ses filles.
Ô Pandemonia ! Pandemonia ! Pays de couleurs éclatantes, de gemmes merveilleuses aux facettes chatoyantes ! Nous avons appris aux côtés de la déesse à faire croître les cristaux, à sculpter des arbres verdoyants d'olivines sans fissures. Nous avons appris à créer des fontaines où des ruisselets d'or et d'argent couleraient dans des vasques de diamant. Qui peut connaître ou seulement concevoir la beauté des gemmes sans avoir vu notre cité ?
Ô Pandemonia ! Pandemonia ! Monde de chaleur où jamais ne vient le gel, nous rêvons de toi chaque nuit quand la neige couvre le sol à l'extérieur. Nous nous blottissons dans les profondeurs en espérant te revoir, pouvoir à nouveau nous doter d'ailes et voleter dans un air chaud et parfumé de douces effluves soufrées. Pouvoir à nouveau nous asseoir au bord de la lave, nous immergeant dans sa chaleur et ne plus jamais avoir froid...

Nous vivons dans le noir, dans les profondeurs des cryptes. L'attrait de l'extérieur était trop fort pour nous et nous sommes restées en arrières sans nous préoccuper de la Voie et de ses entrées. Mais comme nous regrettons maintenant de nous être attardées !
Ô Déesse ! Ô Dorenovia ! Ô toi notre Mère à toutes ! Nous t'en supplions, entend notre prière, montre-nous le chemin de Pandemonia ! Ô Mère, montre le chemin à tes Filles exilées !

 
     

 
par Lilith
le 15/03/2005
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