Je pourrais te tuer, et tu le sais,
Je suis fou, j’aime le sang et non l’amour.
Trop souvent, je songe à comment t’éliminer :
La corde, le poignard, la tête dans le four…
Pourquoi m’abreuves-tu de tes incessantes caresses ?
Tu sais qu’elles me repoussent. Quand tu m’embrasses,
Quand tu imprimes tes lèvres fades sur mon visage fermé,
Le caprice de te mordre me saisit, et je le fais.
Tu as mal et tant mieux, au moins ça me fait plaisir
Mais tu n’en tires guère de leçons et reviens à l’attaque.
Quand tu te dénudes, quand tu crois engendrer le désir,
Je croque dans ta cuisse, grenouille de cloaque.
Tu supportes mes sauvageries à grands cris de damnée.
Je mords, je mâche ta chair, mais ces actions sont vaines :
Je ne parviens pas à manger ton corps de chienne.
J’ai beau l’assécher tant bien que mal avec mes saignées,
Il me résiste –d'où, ma profonde animosité envers toi.
Quand tes tendresses m’exaspèrent et me mettent hors de moi,
J’arrache tes cheveux secs, drus, d’une affligeante couleur.
Ton crâne servile suit le mouvement de ma main enragée
Tandis que ton visage se déforme en un rictus de douleur,
Et j’aime ça. Ça te rend encore plus laide et défigurée.
Comme tu me dégoûtes ! Mais qu’est-ce qui en moi t’attire ?
Ne comprends-tu pas, vermine, que je ne connais guère le sentiment ?
Je n’aspire plus qu’à te dévorer, qu’à te détruire
Pour la seule jouissance de causer ta perte sanguinairement
Démone ! Recule, baisse ton arme d’amour visqueux !
Sorcière ! Je vais t’étrangler, tu ne mérites pas mieux !
Mais tu ne te soucies guère, folle, de mes fulminations,
Mes coups, mes mises en garde, tu n’y fais attention.
Moi je n’arrive pas à tenir la promesse de mes menaces :
Sur ta gorge, mes mains glissent, je les voudrais tenaces,
Elles dérapent sur ton cou, je les voudrais farouches.
Un souffle qui me nargue subsiste dans ta bouche.
Et tu suffoques alors, tu gémis ces mots que j’abhorre :
« Oh, que tu m’enlaces… que tu m’étreignes encore… »
Quoi ? Je refuse de te procurer un quelconque bonheur !
Pourquoi brutalité et coups t’apparaissent comme douceurs ?
Le monstre, c’est toi ! Garde tes sourires et les larmes,
Ne me soumets pas à leur spectacle pitoyable !
Ils ne m’atteignent nullement, tes misérables charmes.
Mais j'y parviendrais, c'est certain, indéniable,
Dents, griffes, haine, tout sera fort comme au passé,
J'en ai fait le serment : je te suiciderais, mon adorée !