La communauté du fantastique et de la science-fiction  







 
Titre, Auteur, Acteur... 

Allez rc strasbourg ! Défendez le foot de Strasbourg sur la communauté du foot Cluborter.com
Don des Dragons 2008   -   YSAMBRE : Le Monde-Arbre... La suite   -   Cette semaine sur les écrans   -   Décès de Michael Crichton   -   NaNoWriMo fête ses 10 ans !   -   Hero Corp.   -   Mercredi jour du cinéma   -   Le Choix du Soldat   -   Arcanes.org dans Libération!   -   Mercredi, jour du cinéma

Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Chapitres : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Type de document : Essai

     
 
 
 
Chapitre 11
 
Suspecte.
 
 
 
De certains jours très agités
 
On se rend compte alors
 
Qu’ils ne sont, au final, que le prélude
 
D’une vie mouvementée.
 
Abaell Nérac
 
 
  
Très consciente du froid qui envahissait sa chambre, Abaell se gardait bien de sortir ne serait-ce qu’un pied de sous l’amas de draps et de couvertures qui la tenait au chaud. La vague lumière blanchâtre des flocons de neige qui s’accumulaient sur le bord de sa fenêtre contrastait presque violemment avec l’obscurité de sa chambre. Cela faisait donc près d’une heure qu’elle regardait les poutres sculptées du plafond, n’ayant pas le courage de sortir de la chaleur du lit, nue comme elle était. Elle devait pourtant bien se décider à le faire.
 
La veille, la fille d’un noble d’Aval lui avait demandé si elle désirait prendre le déjeuner en sa compagnie. Cette Opyal prétextait de l’ennui qui la gagnait auprès des autres nobles du Havre. Pédante et sans intérêts, elle l’était aussi. Mais Abaell était également venue au Havre pour se faire des connaissances. Même si elle devait pour cela bailler durant trois longues heures à écouter cette fille déverser toute sa répugnance à être dans la capitale. Tant qu’elle ne me parle pas exclusivement d’elle-même…
 
Ce fut pourtant avec ces réflexions peu encourageantes qu’elle se leva, dansant sur les dalles gelées du sol, cherchant la relative chaleur d’un tapis. Après avoir rapidement enfilé une longue chemise et une robe de chambre, elle remonta sa tresse en l’enroulant sur son crâne. Abaell sortit alors dans le couloir et prit la direction de la salle d’eau. Etrangement, elle n’y trouva personne, ce n’était pas plus mal, à vrai dire.
 
Elle s’enveloppa les mains dans des tissus épais, puis attrapa un lourd pichet vide, qu’elle remplit dans l’énorme marmite pleine d’eau qui chauffait dans le foyer de la cheminée. Elle fit ainsi couler l’eau bouillante dans une des cinq cuves, la mélangeant avec une eau plus fraîche. Après s’être dévêtue, elle se glissa dans l’eau, satisfaite. Prenant garde à ne pas mouiller ses cheveux, elle se débarrassa de la crasse de la nuit et de la veille avec un gant en crin.
 
Alors qu’elle se délassait, elle entendit des rires dans le couloir, ceux d’un couple apparemment. La porte de la salle d’eau s’ouvrit lentement, laissant à Abaell le temps d’apercevoir le visage heureux de son frère tourné vers une fille blonde. Abaell s’immergea dans son bain, curieuse de savoir qui pouvait apprécier la compagnie de son imbécile de frère. Après que la porte s’était fermée, le silence se fit d’un coup, mis à part le crépitement des braises dans l’âtre. Abaell risqua un œil vers l’entrée de la pièce pour voir son frère embrasser la " fille blonde ". Une étrange jalousie s’empara d’elle, mais contre qui ? Impossible de voir son visage ! Il la cache, ce rat !
 
" Non, pas ici, s’imposa la femme. Regarde, il y a des vêtements au sol. Partons. "
 
Ckain et l’inconnue sortirent donc. Abaell, déjà en rage, s’en voulait d’avoir laissé ses vêtements traîner. Elle sortit donc de son bain et tendit la main pour prendre sa chemise. Elle se rendit compte alors que celle-ci n’était pas du côté de la porte d’entrée, mais de l’autre. Comment a-t-elle pu savoir que j’étais là alors ? On ne voit pas mes vêtements depuis la porte ! Elle remarqua alors un tas d’habits près de la cuve du fond, dans la pénombre de la salle. Il y avait quelqu’un d’autre ? Elle s’empressa de s’habiller, pudique, puis s’approcha de la cuve, curieuse.
 
C’était pour Abaell la première fois qu’elle voyait un corps boursouflé de noyé. Un corps qui avait mijoté de longues heures dans un bain, rendant sa peau gonflée d’eau. Et elle restait là, bloquée, à regarder cette femme nue au regard désespéré. Sans un bruit, Abaell recula, trébuchant sur un tabouret, fixant la cuve dont elle s’éloignait. A chaque pas, elle sentait son courage fléchir, comme son estomac. Ce fut une fois dans le couloir qu’elle se mit à courir, sa chemise à peine ajustée. Elle ouvrit la première fenêtre pour se mettre à l’air froid, et pour cracher sa bile. Ce n’est pas vrai, pas vrai ! Il faut que je… que je… non rien, il faut rien du tout. Que je me taise, c’est ça oui, que je me taise. Sinon ils vont croire que… Oh c’est impossible.
 
Après avoir pris de profondes inspirations d’air frais, et pris conscience d’être entièrement frigorifiée, elle regagna sa chambre, en transe. Les regards lubriques de trois hommes qui passaient, comme leurs commentaires, la laissèrent de glace, face à l’horrible visage de la morte. Lentement, elle reprit son calme, à grands renforts de ce n’est pas toi, ce n’est pas grave. Mécaniquement, elle se prépara au déjeuner qui devait avoir lieu, car tout est normal, rien n’est arrivé, c’est tout…
 
Ainsi, vêtue d’une simple robe crème et or, ses lourds cheveux mouillés tenus par de nombreux peignes, elle se rendit à son rendez-vous. L’appartement d’Opyal se situait au troisième étage, côté cour. Quand celle-ci lui ouvrit, Abaell sursauta. Les longs cheveux roux et la peau laiteuse d’Opyal lui faisaient penser au cadavre de la salle d’eau.
 
" Abaell, es-tu sûre que ça va ? J’ai quelque chose qui ne va pas ? Ma robe, c’est cela ? J’étais certaine qu’elle ne serait plus dans les tons après deux ans, se plaignit t’elle.
 
-Non, heu, ta robe est magnifique, ce n’est pas ça… Je… peux rentrer s’il te plaît ? "
 
Opyal laissa entrer Abaell. A l’entrée pleine de coffres suivait sur la gauche un petit salon et sur la droite la chambre de la jeune femme. Opyal lui demanda de l’attendre au salon. Elle s’y installa donc, sur un banc garnis de moelleux coussins. Opyal se dirigea vers sa chambre, tout en commentant sa riche matinée.
 
" Si tu savais, ma petite Abaell, comme le Havre m’ennuie, je te l’ai déjà dit, n’est-ce pas ? Et bien il m’arrive parfois de me tromper… oh pas totalement, ça n’arrive jamais n’est-ce pas ? "Non jamais, j’imagine. " Et bien figure toi que ce matin, j’ai vécu une aventure pas-sion-nan-te ! Tu veux savoir ?
 
-Oh bien sûr, ma chère, hurla presque Abaell pour se faire entendre. " Et après je te raconterai mon aventure, histoire de comparer, petite garce.
 
" Et bien voila, j’étais en train de déjeuner lorsqu’un très gentil garçon me demande… " Abaell n’écoutait déjà plus ce qu’Opyal lui disait. L’atmosphère de cette chambre lui pesait, et le lourd souvenir du cadavre l’angoissait. Elle se sentait envahie par la détresse et l’insécurité. Un faible claquement de porte la fit sortir de sa torpeur. Elle n’entendait plus Opyal. Quel bonheur ! Mais c’est étrange aussi…
 
" Opyal ? Tu es où ? " Elle entendit le bruit d’un objet lourd qui tombe. Elle se leva, inquiète. " Opyal, je dois te dire que je suis émotionnellement sensible, alors évite les farces. " Des pas pesants faisaient craquer le parquet, toujours plus proches. " Opyal ! Opyal ! Je ne ris plus là ! Vraiment ! " Abaell se sentait menacée comme jamais, elle commença à pleurer, secouer de spasmes. " Opyal ! Réponds, je t’en prie. " Une ombre qui n’avait rien de féminine apparut contre un des murs de l’entrée.
 
Abaell hurla en se jetant sur la porte qui séparait l’entrée du salon. Elle y mit tout son pauvre poids, mais l’homme glissa un bras avant qu’elle ne ferme la porte. Abaell s’excita contre elle pour essayer de faire disparaître cette main, puissante, parfaite pour la strangulation. L’homme grognait de douleur sans lâcher un morceau. Affolée, Abaell prit un des peignes qui tenaient ses cheveux pour le planter sauvagement dans la " main ". Encore et encore. L’homme derrière la porte gémit plus fort quand elle cassa une dent du peigne dans la main du tueur.
 
La jeune Nérac profita que l’homme retirait sa main pour verrouiller la porte. En sueur, le souffle court et le cœur emballé, Abaell s’écroula, hagarde au centre la pièce. Mais l’homme ne la laissa pas souffler. Il tentait d’enfoncer la porte, avec de violents coups. La jeune femme se releva, désespérément à la recherche d’un échappatoire, mais seule la fenêtre lui offrait une périlleuse liberté. « Mais il y a la cour en contrebas, donc forcément quelqu’un pour m’aider. » Elle saisit ainsi une chaise pour briser le verre et le dégagea avec un coussin. Un coup d’œil en arrière lui permit de voir que le verrou de la porte allait céder. Elle grimpa donc sur le rebord de la fenêtre, enlevant la neige accumulée du bout des pieds. Le vent froid lui piquait le visage et les jambes.
 
La jeune femme regarda autour d’elle, appelant à l’aide. Quelques têtes en bas se levèrent, pour devenir stupéfaites. Aucun moyen de s’échapper ne s’offrait à elle. La solution vint pourtant d’elle-même, quand le tueur, entré dans le salon, la poussa dans le vide. Elle tomba donc, dans une atmosphère emplie des cris d’horreur des tristes témoins. Pour Abaell, d’abord terrorisée, il lui semblait que sa chute était un envol. Il lui parut même voir le visage de son frère penché à la fenêtre d’où le tueur l’avait poussée. Puis ce fut le choc, et le noir complet.
 
 
 
***
 
 
 
Mon frère… Mon doux frère, comme je t’aime, et toi tu l’ignores, sans doute. Mon amour est violent, mais il faut que je te protège, mon doux, doux frère. Est-ce toi qui m’a poussée ? Oh comme je voudrais continuer à vivre… vivre… " … vivre ? Elle a de grandes chances, bien sûr. Elle est tombée sur le chaume du magasin, et elle a évité toutes les poutres de la charpente, c’est une chance ! A part quelques douleurs, elle n’a aucun mal. "
 
De nombreuses personnes l’entouraient : un vieil homme courbé, des servantes, trois gardes, un homme au regard sévère, et son frère. Je n’avais jamais attiré l’attention d’autant de personnes. Elle se sentit très vite mieux, dès lors que la pièce arrêta de tourner, et que la douleur se réveilla dans tout son pauvre corps. Après quelques minutes, l’homme au regard sévère s’avança.
 
" Mademoiselle Nérac, je vous prie de m’expliquer comment vous êtes tombée ?
 
-Je crois… J’ai été poussée… " Mon frère ? " Depuis l’appartement de Opyal Delvoie. Opyal ! Est-ce qu’elle va bien ?
 
-Excellemment pour une morte, je dois dire, lâcha l’homme, cynique. Mais vous devriez le savoir, Nérac ?
 
-Sire, voyons, ne la brusquez pas, elle reste fragile, conseilla doucement Amboise, le médecin. "
 
Le Duc ? A mon chevet ? Opyal est morte, oui je le savais bien. Mais ils pensent que c’est moi ! " Oui, oui je le savais, fit elle nerveuse. Elle a été tuée par un homme, qui a aussi tenté de me tuer, et qui m’a poussé ! Je suis une victime.
 
-Bien entendu, ponctua le Duc, sceptique. Et pour Thiara Elboise ? Vous allez me dire que vous étiez là au mauvais moment aussi.
 
-Qui ça ? s’écria Abaell, affolée. " Elle se redressa sur son lit, malgré la douleur du mouvement. " Je ne connais pas de Thiara, et puis c’est Opyal qui est morte… " La femme du bain ! Elle ? On m’accuse pour elle aussi.
 
" Voyons, soyez raisonnable, et ne me faîtes pas perdre mon temps. Thiara Elboise a été retrouvée morte dans son bain, noyée. Dans la même pièce, nous avons trouvé une robe de chambre, la vôtre selon votre frère. " Ckain, non ! " Puis trois hommes vous ont vue par là, affolée.
 
-Parce que je l’avais découverte ! Morte, et si moche ! C’était répugnant. Et je n’ai rien dit, car j’avais peur.
 
-Peur de quoi ?
 
-De ce qui m’arrive maintenant, bien sûr, hurla Abaell. Que l’on m’accuse, c’est si facile.
 
-Parlez autrement au Duc, la coupa un des gardes. "
 
Tout semblait fou pour Abaell. D’autant plus quand le Duc lui présenta un morceau de bois effilé, couvert de sang. " Qu’est cela selon vous ?
 
-Je… Comment voulez-vous que je le sache !
 
-Vous en portez pourtant encore sur vous, cracha le Duc. C’est la dent d’un de vos peignes, retrouvée enfoncée dans la gorge d’Opyal Delvoie.
 
-NON ! Non ce n’est pas ça ! J’ai transpercé la main de l’assassin avec un peigne, et il s’est cassé. C’est la vérité, je vous jure.
 
-Ecoutez moi bien attentivement, dit d’une grosse voix le sire du Havre. Votre frère est arrivé en entendant vos cris, et il m’a juré n’avoir trouvé personne dans la pièce, sinon vous sur le bord de la fenêtre. "
 
Elle regarda son frère, dans les yeux duquel elle dénicha une aversion et une méchanceté qu’elle ne lui connaissait pas. Il m’a trahi, moi sa propre sœur. Il a osé faire de moi une suspecte. Alors qu’il se pourrait qu’il soit l’assassin. Elle baissa ses yeux. Des gants, il en porte pour cacher la blessure que je lui ai infligée. C’est la main… " Gauche ! C’est sa main gauche que j’ai blessée. " Sans que personne n’ait le temps de l’arrêter, elle se jeta sur son frère, et retira le gant de sa main gauche, hystérique. Deux gardes la soulevèrent et la posèrent sans ménagement sur le lit. Tout le monde put voir à cet instant la main de Ckain : fine et longue, sans marque ni cicatrice.
 
" Non, c’est impossible, il devrait être marqué, c’est lui l’assassin d’Opyal, je l’ai blessé je vous dis !
 
-Arrêtez donc ! s’imposa le Duc. Vous êtes folle oui !
 
-Je ne suis pas folle ! Ce doit être l’autre main, regardez la ! "
 
Le Duc fixa Ckain, qui après une courte hésitation retira son gant droit. Toute la vérité apparut alors à l’assemblée, indéniable. Abaell était folle. Aucune blessure ne venait salir la pâle main de Ckain. Pour la jeune femme, le choc fut rude. Elle allait être accusée de doubles meurtres, quasiment dénoncée par son propre sang. Elle ne comprenait pas non plus, c’était bien Ckain qu’elle avait vu penché à la fenêtre, il avait obligatoirement vu son agresseur. Sauf si… C’est impossible, il ne ferait pas ça. Il me déteste tant que ça ? Pour Abaell, cela ne faisait plus de doutes. Son frère serait arrivé après le départ du tueur, et aurait enfoncé la porte. Il aurait profité de la situation périlleuse de sa sœur, celle-ci même qui n’avait de cesse de le rabaisser, de le torturer. Cette sœur qu’il aurait poussé dans le vide pour s’en débarrasser, être libre de ce tyran du même sang.
 
Le regard de mépris qu’elle lança à son frère n’avait jamais eu autant d’ampleur. Mais ce dernier, victorieux, souriait doucement. Tout lien disparut entre ces deux êtres, pourtant frère et sœur. " Très bien, je pense que tout est clair pour chacun, conclut le Duc. Emmenez la moi dans une chambre isolée. Je songerais à son sort un jour où je serais moins occupé. " Deux gardes emportèrent Abaell, défaite devant plus de quinze personnes qui s’étaient regroupées dans la chambre. Dans le couloir, elle vit Aileen et une fille blonde, qui riaient. Etrangement, alors que tout les séparait, elle échangea un regard de détresse avec la jeune Fléseau, qui semblait ne pas comprendre. Aileen se retourna pour lui parler, mais les deux hommes bousculèrent Abaell dans un couloir.
 
Ils la laissèrent dans une petite pièce, éclairée par une simple lucarne. Avec juste un lit, une table, un tabouret, un pichet vide et un gobelet, les journées risquaient d’être bien longues pour la jeune femme. Son corps criait à la douleur, son cœur hurlait à la trahison, et son esprit réclamait une vengeance, ou une justice. Mon frère, comme je t’aimais, mais comme je te hais désormais. M’en voudras-tu comme je t’en veux, lorsqu’à mon tour je te pousserais dans un gouffre, mon doux frère. Mais en attendant, elle était seule, dans la pénombre, le froid et l’affliction. Un espoir cependant, si les yeux d’Aileen ne mentaient pas.
 
 
 
     


Chapitres : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15  
par Gabyel
le 27/11/2006
page visitée 471 fois.