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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Essai

     
 
 
Partie I : Le vent nous a porté
 
Elle pose le plateau sans un bruit, la lumière bleuté des étoiles faisant briller l'argent des couverts. Elle attrape le poignard qu'elle a caché sous ses vêtements et s'avance sans crainte. Les autres doivent être éparpillés dans les diverses chambres de la maison.
Il est bien plus fort qu'elle : même ivre il pourrait lui faire du mal… S'il venait à se réveiller bien entendu…
On entend à peine les frottements de ses vêtements quand elle se déplace. Elle se glisse d'une ombre à une autre et arrive derrière lui. Il dort, ivre de cette boisson qu'il aime tant. Sale chien… Jamais plus tu ne poseras les mains sur moi, plus jamais tu ne poseras les mains sur personne…
Elle le regarde avec mépris et dégoût. Elle repense au début de cette semaine…
 
Ce sale porc était arrivé dans la demeure de ces maîtres couvert de boue et de sang riant aux éclats en compagnie du bouffon qui servait d'héritier. De toutes les années qu'elle avait passé ici, dans cette foutue baraque, on lui avait simplement ordonné de faire les corvées. Seulement les corvées, on ne l'avait jamais touchée, en 150 ans on ne l'avait jamais touchée alors que tous les autres, mâles compris, étaient souillés tous les soirs ou presque. On ne l'avait jamais touchée…
 
Ce salaud devait être quelqu'un d'important pour qu'on lui offre ainsi, le soir de son arrivée une vierge…
Elle avait résisté, elle s'était débattue mais on l'avait forcé à s'occuper de lui. Elle avait dû le laver, frotter cette crasse qui lui servait de peau, s'efforçant de dissimuler du mieux qu'elle pouvait, grâce à diverses lotions et parfums, l'odeur infecte qui émanait de lui. Puis elle avait dû lui servir un repas, lui donner la béquée presque. Il était répugnant, on aurait pu compter le nombre de morceaux qui se baladaient dans sa bouche presque édentée, on aurait pu récupérer un verre de bave entier, si on avait voulu conserver les filets qui coulaient le long de son menton.
Quand elle s'était levée pour ramasser le plateau il l'avait attrapée, elle avait gigoté comme elle avait pu, elle l'avait baffé d'abord, puis frappé de ses malheureux poings. Elle n'était arrivée à rien de plus qu'à l'énerver, voir à l'exciter d'avantage. Il l'avait prise sans plus de considération qu'une vulgaire catin des bas fond ! Il n'avait pas profité de sa virginité, de ce cadeau précieux qu'on lui avait fait, peut lui importait d'ailleurs, une chienne aurait suffit.  Il avait fini de la besogner en quelques minutes à peines, ses coups l'avaient sûrement aidé. Malgré tout, elle avait retenu ses larmes et n'avait pas crié. À quoi cela aurait-il servit ?
Il avait ajusté son pantalon et était sorti de la chambre sans la regarder. Peut après, elle l'avait entendu rire de son rire gras de sale goret ivre…
Elle s'était relevée, avait ramassé le plateau tombé à terre et était repartie dans la cuisine, sans un mot, sans un regard lorsqu'elle était passée devant ces abominations de la nature qu'elle se devait d'appeler maîtres.
Elle avait fermé la porte de la cuisine, avait placé le verrou et s'était retournée vers ses compagnons d'infortune et avait simplement dit :
"Il faut se débarrasser d'eux."
Aussitôt une rumeur avait parcouru les esclaves entassés dans la pièce, elle insista :
"_Ça ne peut pas continuer comme ça, il faut s'en débarrasser."
Une vieille humaine dans le fond avait lancé :
"_Tu dis ça parce que c'était la première fois, ton orgueil a été touché. Tu verras, tu t'habitueras...
_Mais je ne veux pas m'habituer justement !  Qui est avec moi ?"
Certains levèrent des mains hésitantes puis beaucoup, pas toutes mais un nombre suffisant.... Elle n'était pas née pour galvaniser les foules, qui savait pourquoi elle était née d'ailleurs ?
 
Elle avait lu les livres de la bibliothèque en cachette, quand avait-elle appris à lire ? Ça non plus elle ne le savait pas… Elle avait lu, lu encore et encore à la lueur de la bougie, elle avait lu, tous les soirs après avoir servi… Elle avait appris tant de chose… Elle savait comment était nés les Faery, elle connaissait l'histoire des Guerres qui avaient marquées le paysage et elle savait où planter une lame afin de faire endurer les pires souffrances à un ennemi ou bien où la planter pour en finir le plus rapidement possible…
Elle avait tissé des liens avec diverses personnes qui venait leur les produits frais des champs. Les esclaves n'avaient pas le droit d'aller au-delà du mur qui les séparait de la ville…
 
Durant la semaine elle avait contacté plusieurs personnes et avait déniché une admirable poudre qui, disait-on, pouvait endormir un ours, c'était là ce qu'il lui fallait… Elle avait volé les oros à ses maîtres et avait préparé le plan tandis que les assauts de l'homme n'avaient pas cessé. Il l'avait souillée toutes les nuits, toutes, jusqu'à ce soir…
 
Elle avait demandé à la vielle humaine de mélanger la poudre à la bière et au vin que les esclaves servaient aux maîtres. Au lieu d'être seulement ivres, ils seraient drogués, ainsi il serait plus facile pour les esclaves de s'infiltrer dans les  chambres… De s'emparer des lames et de les enfoncer dans ces corps qui ne seraient bientôt plus que des cadavres…
 
Elle reporte son attention vers ce chacal. Un sourire cruel se dessine sur son visage alors qu'elle attrape les couvertures. Elle fait bien son effet cette petite poudre… Elle enroule les couvertures et attache l'homme avec.
Elle repart dans la cuisine, personne dans les couloirs de la maison, pas de cris… peut être n'ont-ils pas eu assez de cran.
 
La cuisine ou plutôt la réserve d'armes… On n'y pense pas assez mais même une fourchette, plantée à plusieurs reprises dans la jugulaire peut faire des dégâts… mais ce qu'elle cherche est beaucoup plus gros qu'une fourchette, beaucoup plus dangereux… Elle pose la main dessus. La lame reflète la lumière qui passe par la fenêtre. Brave petit hachoir… Elle passe le doigt sur la lame, elle sursaute quand une goutte de sang perle sur son doigt…magnifique… Elle fait passer l'instrument dans l'autre main et lèche la goutte de sang. Magnifique…
Elle repasse dans les couloirs, les flammes des bougies vacillent lorsqu'elle passe près d'elles, le sol est froid sous ses pieds nus.
 
Il dort toujours lorsqu'elle revient dans la chambre. Voyons voir si la douleur te tirera de ta léthargie…
La lame s'abat sur le premier poigné avec un sifflement, le sang gicle jusque sur son visage. Les yeux exorbités, il la fixe, alors que son hurlement s'éteint. Il sert la mâchoire et la regarde.
Un moment se passe, elle se délecte du spectacle : les gouttes de sang qui suintent de sa lame alors qu'une tache rouge s'élargit en dessous du poigné meurtri, la main gisant mollement là, sur le côté.
 
"J'aurais dû me méfier de toi Kasha." Elle le regarde avec mépris : "Oui tu aurais dû en effet."
 
Tu aurais dû oui… Elle avait voulu le tuer lui, pas un maître, lui… Son regard est encore plus méprisant qu'à l'accoutumer.
"Sale chien !" lance-t-elle un peu avant de lui cracher à la figure. La flaque de sang s'agrandit sur le sol alors qu'un nombreux incalculable d'idées lui traverse la tête… Le faire souffrir encore et encore et encore…
 
Alors qu'elle se perdait dans ses pensées, ne faisant même pas attention à ce que pouvait bien lui dire l'homme en face d'elle, un second cri retentit.
Des voix s'élèvent du couloir, des bruits de pas qui courent… La porte s'ouvre brusquement un humain d'une carrure certaine se tiens dans l'encadrement, en contre jour.
"Que se passe-t-il Karil ?"
"San, il a laisser s'échapper le fils." Il parle d'une voix forte et calme, son pagne couvre à peine le haut de ses cuisses musclées et son entrejambe. D'autres idées bien plus coquines se font connaître à l'esprit de Kasha, elle sourit en y songeant.
Elle sort de la chambre, frôlant le torse bien fait de l'humain et frissonne un instant.
Une fois dans le couloir elle se dirige vers les cris. À quelques mètres à peine, la troupe d'esclaves a encerclé l'héritier. Il rampe en laissant une traînée de sang. San est au dessus de lui lorsque Kasha arrive, un poignard à la main, il reste planté là ne sachant que faire : il hésite entre les ordres de l'homme à terre et ceux des autres esclaves.
"Pousse toi de là !" La fée attrape le poignard et retourne l'héritier sur le dos, une tâche rouge sur le bas de son ventre. Elle jette un œil à San, qui s'est assis sur le côté lorsqu'elle l'a chassé : "Maintenant regarde."
Alors qu'elle va abattre le poignard sur son futur ex-maître ce dernier l'a supplie. Il gémit au moindre geste de sa main, de la pitié, mais oui bien sûr… Il gémit encore et encore, s'il avait essayer de lui donner des ordres peut-être aurait-elle lâcher ce poignard mais là, aucune chance.
 
"La pitié c'est pas mon truc, dommage que San t'ai raté…" Elle passe derrière son dos, s'agenouille et lui attrape les cheveux en tirant pour tendre le cou. Puis elle lui murmure à l'oreille : "Je suis sure que tu aurais préféré mourir par sa main que par la mienne." On entend une sorte de râle et le sang coule sur la main qui tient l'épaule et sur le genou appuyé sur le dos pour le stabiliser.
Elle essuie sa main sur la chemise de nuit en soie de ex-maître et jette le poignard au pied la chose recroquevillé sur elle-même. "J'espère que tu te souviendras de la méthode à suivre."
Elle se relève sans prêter attention aux autres.
 
Elle repart vers la chambre, lorsque Karil l'attrape par le bras elle essaie de se dégager mais n'y arrive pas, il la force à se retourner et la plaque contre un mur. Elle fait une grimace en sentant son dos craquer.
 
"Méfie toi petite fée, tu as du cran, mais pas assez de force pour résister à tout le monde." Il lui lâche le bras un sourire carnassier aux lèvres. "Tu veux de l'aide peut être ?" Elle le toise, vexée du geste qu'il vient de faire et de ce qu'il vient de dire. Mais ce sourire ne le rend que plus séduisant. "J'y arriverai seule, t'en fais pas va !"
Elle tourne les talons et revient dans la chambre. L'homme est toujours là, attaché à son fauteuil.
 
Elle reprend en main le hachoir et s'avance jusqu'à lui. Elle n'a pas fermée la porte, un trait de lumière éclaire le sourire cruel qu'elle affiche.
L'homme est là, presque inconscient, la drogue et la douleur mélangées peut-être… Il n'a pas pu perdre autant de sang que ça, si ?
 
"Vous payerez tous pour ce que vous êtes entrain de faire bandes de larves !"  Vocifère tant que tu voudras…
 
"C'est bien possible, regarde-toi, tu payes bien  pour ce que tu m'as fait…" Elle prend un air désinvolte et regarde autour d'elle. "Où en étais-je déjà ?"
 
 
     

 
par Kasha
le 22/10/2006
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