Le poing fermé sur mon épée, je songe à ceux qui prétendent être des miens
Je ressasse le gris passé pour mieux teinter de rouge mes lendemains.
Ma mère, une femme sans loi, avait du pain et pourtant se prostituait,
Quant à mon géniteur, il n’a existé que le temps d’une nuit et de quelques billets.
Habité par la rancune, je me retrouve au coude à coude avec mes nouveaux frères.
On pourra me dire traître à ma patrie, mais ce n’est pas comme telle que je considère
Les ruelles que j’ai parcourues dès l’âge le plus frêle et le plus pitoyable
A la recherche de détritus qui puisse remplacer le lait d’une mère irresponsable.
Ma faim, ma soif, mon besoin d’amour, elle se souciait bien peu de les satisfaire
La traînée va bientôt regretter tout ceci, quand elle goûtera la pointe de mon fer.
Je savoure les bruits qui scellent le début d’une nouvelle existence :
Le cliquetis des armures, le souffle des guerriers résonnant de ma vengeance,
Notre pas régulier qui scande à l’unisson un air militaire.
Ces vauriens qui me poussaient dans le caniveau et se disaient mes frères,
Cette femme qui me caressait avec dégoût, sans conviction ni tendresse
Jusqu’au soir où elle comprit qu’il n’y avait nul argent à soutirer de moi,
Ce peuple qui, indifférent, me laissait traîner dans la boue et dans la détresse,
Tous périront, empêtrés à leur tour dans la vase des angoisses et du froid.
Oui, je m’en vais allumer des feux avec le bois de mes racines,
Je vais faire couler avec soulagement mon sang que j’abhorre, certes.
Mon heaume masque les traits d’une mère que je laisserai inerte
Je sens contre ma jambe le frottement d’une lame vindicative et fine.
On ne m’accusera pas de joindre la cité adverse, nul ne me jettera de pierres
Car ils auront tous payé avant d’avoir le temps de m’assaillir d’injures.
Je massacrerai la ville dont les rues mal famées furent théâtre de ma misère
Je crierai le nom de Dorénovia comme croasse un oiseau de mauvaise augure.