Etendu sur les cendres jaunies par les marées,
J’écoute le chuchotis de la mer agitée par l’alizé.
Le vent et les eaux se cherchent l’un l’autre avec envie,
Se convoitent, esquissent des danses macabres, se repoussent.
Ils façonnement ensemble des vagues d’amertume et de mousse
Qui vienne dans un râle s’évanouir sur la dune flapie.
La brise salée me ronge, mettant mes souvenirs à vif.
Je voudrais que l’onde des oublis les engloutisse.
Ils resteraient dans les profondeurs, enterrés sous les flots incisifs,
Disparaîtraient en sombrant dans les obscures abysses.
Telle un Atlantide, ils s’étioleraient lentement,
Et les eaux geôlières garderaient leurs tourments.
Mais mes piètres désirs ne sont que des rêves vains,
Et le passé glisse sur le sable, se cale entre chaque grain.
Soudain, je crois apercevoir parmi la houle et l'ombre
Une silhouette indécise tanguer au milieu des flots sombres.
Intrigué, je me traîne jusqu’au rivage pour mieux la regarder
Mais à peine ai-je atteint la frontière mer-terre qu’elle disparaît.
Comme un songe le matin, l’apparition s’estompe,
Je mes frotte les yeux : est-ce que ma vue me trompe ?
Je scrute l’ample étendue qui déploie des vagues acides,
Mais la créature a dû plonger au creux de l’écume avide.
Alors, une voix souple me prend par la main, vient me chercher,
Etire doucement une étrange fascination dans mon crâne.
Chaque note suave m’envoûte plus encore que celle qui la précédait,
Soumis au charme puissant, tous mes soucis se fanent.
Je pénètre sans en avoir conscience dans les eaux cruelles,
Je sors de moi-même, le chant m’enchante, m’ensorcelle.
La beauté affriolante et floue surgit subitement d’un écueil.
Je distingue à présent l’algue de ses iris, et, non que je ne le veuille,
Me laisse imaginer goûter le sel de sa peau exsangue.
La chanson enjôleuse se déverse du marbre de ses lèvres charnues,
Je transis d’envie de caresser ses écailles agatisées.
Ses boucles blanches se perdent dans l’écume, et sa voix dans le vent
Je n’avais jamais vu une telle créature auparavant.
Le souffle de ses courbes m’attire ; mon corps hypnotisé
S’avance vers elle, je ne sais si je marche, nage ou coule
Peut être même je me noie en son chant voluptueux,
Sa mélopée me subjugue, j’abandonne mon passé dans la houle.
Dans l’enchevêtrement des profondeurs, nous descendons tous deux,
Elle m’emmène dans le chaos des vagues folles et bleues…