Il n'y avait rien. Ni haut ni bas, ni lumière ni ténèbres, ni son ni silence. Rien. Etat inconcevable pour n'importe quel être. Puis soudain il fut là, debout dans le rien, un être, un jeune homme. Mais étais-ce un homme ? Non, même pas. Il flottait, seul, unique, dans le néant, les yeux fermés. Il pensait que le néant était bien vide et que quelque chose devrait s'y trouver, pour qu'il ne soit plus le néant mais quelque chose de tangible. Alors, les yeux fermés, il rêvait, imaginait, créait de toutes pièces, dans son esprit, des choses, des concepts qui n'existaient pas. Il rêvait.
Alors, au bord de sa conscience, il s'aperçut que son rêve prenait forme : un monde était apparu, beau, grand, flottant dans le néant qui n'en était plus un, mais toujours seul. Il créa alors un univers, beau mais statique. Il descendit ensuite sur ce premier monde, sur ce globe de terre qu'il avait imaginé. Il admira, les yeux toujours fermés, mais à quoi pourraient lui servir des yeux ? Il admira les paysages, les mers et les montagnes, s'émerveilla de la neige sur le sol. Mais alors il se rendit compte que ce tableau, si beau, si fabuleux, était figé et condamné à l'immobilité éternelle. Alors il réalisa qu'il devait aussi inventer le concept de vie.
Dans son éternité, assis dans les étoiles, à la foi en un lieu et partout à la fois, il se remit à rêver. Et de son rêve apparurent les Primordiaux. Il les avait créé différents, chacun avec une nature profonde, sachant que ce serait nécessaire et que l'ensemble apporterait l'équilibre. Et il les regarda sous ses paupières closes, les regarda évoluer.
Tout d'abord, comme lui avant eux, ils découvrirent le monde, ses sublimes paysages figés, les étudiant, les comparant, savourant leur beauté. Puis eux aussi comprirent qu'une chose manquait et finalement, Shariva perçut en elle le concept de vie et aidée d'Iganol et de Maar elle créa les premiers êtres vivants. Mais comme le paysage ils étaient statiques. Kleithus consulta son esprit et imagina la lumière et la chaleur, créant ainsi un soleil chaud. Mais les êtres vivants étaient toujours figés. Alors Al-Om visita les tréfonds de sa mémoire et découvrit la notion de temps, sans lequel rien ne pouvait bouger. Enfin, les êtres devinrent vraiment vivant et le monde s'anima. Et, invisible de tous, leur créateur sourit.
Alors le monde commença à évoluer, et les Primordiaux l'admiraient encore plus qu'auparavant car maintenant la neige pouvait tomber, les herbes pousser et les animaux courir. Mais en leurs cœurs ils savaient que tout n'était pas complet. Les différentes races d'êtres humanoïdes apparurent alors et purent vivre autour de leurs créateurs. Mais à eux aussi il manquait quelque chose. Leurs sentiments étaient incomplets et ils ne pouvaient jouir pleinement de la vie. Alors Palidor et Dorenovia cherchèrent dans leurs cœurs, et le Bien et le Mal apparurent et le monde fut complet.
Et dans l'immensité étoilée, loin de toutes choses, un visage apparut, un beau visage d'enfant souriant, au sortir du sommeil, les yeux ouverts. Et tous comprirent le sens de la vie et furent heureux de ceci. Puis le visage disparut et ils furent désemparés. Mais sachant quoi faire, sachant le but de leur existence, tous purent vivre pleinement. Le dessein du monde était atteint.
Alors, loin au-dessus de Yria, dans l'immensité étoilée, Khaor referma les yeux et quitta ce coin d'univers pour se rendre vers les autres planètes figées, attendant qu'on rêve leur devenir.
Khaor rêvait.