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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature
Type de document : Conte

     
 

Il avait été traîné dans les tunnels obscurs, jusqu'à cette salle, sombre, humide. Il ne comprenait pas où il était, ne savait pas ce qu'était ce lieu, ni qui étaient ces êtres autour de lui. Il tournait en rond, cherchant une sortie, heurtant les murs, gémissant. Pourquoi était-il là ?

Puis il entendit un grincement strident et il se recroquevilla. Une porte s'était ouverte et les êtres revenaient, l'attrapaient, le maintenaient pour l'empêcher de fuir. Fuir ! Un rêve, un espoir, lutter et s'échapper, retourner à la lumière et à la chaleur du soleil. Mais c'était impossible, il ne pouvait se débattre lié comme il l'était. Il sentit qu'on le traînait à nouveau, vers le bas, s'enfonçant dans les profondeurs de la terre.

Puis une autre salle dans laquelle brûlaient des petites lumières, des cierges repoussant la pénombre. Il vit la cire noire gouttant sur les chandeliers d'argent, lentement, le grésillement des mèches sortant de la cire. Et en face de lui, devant ses yeux épouvantés, un autel, grande pièce de marbre, strié de sombre et au-dessus, sur le mur, un croissant de lune noir.

On le poussa brutalement en avant. Des mains arrachaient ses vêtements, des mains se refermaient sur lui, le forçant à avancer, à s'allonger. Et soudain il comprit, dans un instant de lucidité terrifiant que les stries de l'autel n'étaient pas dans la pierre originelle, c'était du sang, le sang de dizaines d'offrandes à la Dame d'Ebène. Il hurla, pris d'une terreur incoercible, mais quelqu'un le frappa violemment avec un fouet rituel. La panique remplaça toute sensation et il essaya de toutes ses forces de s'enfuir. Mais sa brève lutte fut vite réprimée et cette fois il sentit des anneaux se refermer sur ses poignets et ses chevilles, l'immobilisant, écartelé, sur l'autel. Puis il resta seul, allongé dans la lumière chancelante des chandelles. 

Un long moment plus tard, quelques secondes, quelques heures, une éternité, il entendit un bruit. Du coin d'un œil fou il vit arriver la Prêtresse, nue sous une cape noire, un poignard dans les mains, quelques assistants derrière elle. Elle lui sourit, dévoilant des dents pointues en un rictus carnassier. Il restait là, fasciné, ne pensant à rien d'autre qu'à cette femme qui s'approchait, veuve noire venue lui donner la mort. Un gémissement lui échappa, déjà presque un râle d'agonie. Elle avait levé les mains au-dessus de sa tête, suppliant Dorenovia de lui apporter la puissance avec le sang sacrificiel. L'odeur d'un encens âcre emplissait la pièce, lui faisant tourner la tête. La prêtresse était en transe, presque nue, immense, belle, terrifiante. Puis, lentement, doucement, elle abaissa le poignard vers lui, sa lame reflétant les flammes, comme un avant goût de l'enfer. Il hurla, cri strident, perçant le silence, puis l'acier toucha sa peau, s'enfonçant sans résistance dans sa chair, déchiquetant sa poitrine. Le hurlement résonna à nouveau, plus fort, plein d'une terreur sans nom. La prêtresse souriait en glissant le couteau sur sa peau, la découpant, en enlevant des lamelles, se mordant les lèvres en admirant ce sang qui coulait, coulait sur l'autel.

La douleur vrillait chacun de ses nerfs, paralysait son esprit, son cerveau. Ses pensées vagabondaient, constatant avec surprise que les murs étaient rouges, rouges sang, du rouge de la mort. Un visage de femme emplissait son esprit et tout d'un coup il voulait lui donner une dernière fois son amour. Puis il réalisa avec un choc indescriptible que c'était la prêtresse qui était là, nue, criant de plaisir, dévorant sa chair, buvant son sang, se servant de lui, rageuse, violente. Mais son esprit était déjà reparti, au loin, au-delà de la douleur. La vie le quittait mais il ne s'en rendait pas compte. Il regardait des couleurs tournoyant devant lui, volutes rouges, volutes noires, mêlées un instant puis séparées. Ses yeux devinrent fixes, la lueur les quittant lentement. Les râles qu'ils ne s'entendaient plus pousser s'éteignirent peu à peu, alors qu'il glissait vers la mort, vide, emportant avec lui le visage d'une femme jouissant d'un plaisir malsain. 

La prêtresse se releva, descendant de l'autel, abandonnant le corps couvert de sang. Elle se retourna vers le cadavre désormais inutile et admira les traînées sombres coulant le long de l'autel, se répandant en mares rougeâtres, brillant à la lueur des cierges et dont l'odeur douceâtre se mêlait à celle de l'encens. Elle leva les mains vers l'image de sa déesse en signe de gratitude pour le plaisir offert et la puissance qu'elle en avait gagné. Elle pourrait maintenant se dresser contre les ennemis de Dorenovia sans crainte, sûre de vaincre.

Elle quitta la pièce, un sourire aux lèvres, léchant distraitement le sang sur ses doigts, si doux, si bon…

 
     

 
par Lilith
le 23/01/2005
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