Je marchais dans la nuit, sous les frondaisons
Des arbres dont les feuilles bruissaient au vent,
Ecoutant striduler doucement les grillons,
Et tous les bruits de la nuit, ces bruits envoûtants.
J'admirais la beauté des étoiles lointaines,
Les reflets argentés de la lune sur l'eau
S'écoulant en grandes cascades, sereine,
Libérée, s'évadant, loin, par monts et par vaux.
Puis je l'ai vue, errant dans la nuit comme moi,
Superbe, sublime, dans une robe noire,
Et je l'ai regardée, mon âme emplie d'émoi
Sentant sans le voir son cœur au désespoir.
Je me suis avancée, l'ai prise dans mes bras
Et j'ai vu dans ses yeux son infinie tristesse.
Caressant son visage du bout de mes doigts
Je voulais lui apporter un peu de tendresse.
J'ai posé doucement mes lèvres sur les siennes
Nous unissant ainsi dans un premier baiser
Sentant sa peau se presser contre la mienne
Et dans ses bras je me suis abandonnée.
Nous nous sommes allongées, là, sur la mousse
Et la nuit nous a recouvertes de son suaire
Comme enveloppées d'une chaleur très douce,
De l'odeur de nos corps, de nos peaux, de la terre.
Nue, cramponnée à elle, offerte, sans regrets,
Laissant ses crocs déchirer la chair de mon cou
J'ai senti avec mon sang, ma vie me quitter
Dans un torrent de plaisir effaçant tout.
Gémissant de bonheur, les yeux emplis d'amour,
Je me suis éloignée dans ses bras vers la mort,
Sachant que je ne reverrais jamais le jour,
M'abandonnant sans amertume à mon sort.
Je la vois et mes yeux s'assombrissent déjà,
Je suis debout aux portes de l'éternité.
Dernière vision : son corps blottit dans mes bras.
Je voudrais que tu sois heureuse mon aimée…