Sur la lettre que je venais de recevoir était inscrit mon nom « NELMON Ariel ». Je le détestais, mon prénom, et mes amis ou plutôt les élèves de ma classe ne cessaient de me le rappeler en me surnommant La petite sirène. Nous étions en première mais cela les faisait toujours pouffer de rire… En inspectant de plus près mon courrier, je reconnu le signe du cabinet de psychiatrie où je m’étais rendu, non plutôt le cabinet où ma mère m’avait traîné de force suite à mon inadaptation dans la société et mes fréquentes absences (j’étais là physiquement mais mon esprit était ailleurs).
Je ne voulais pas ouvrir cette enveloppe. J’y trouverais certainement une phrase du type Mlle Nelmon vous êtes atteinte d’une névrose ou je ne sais quelle maladie portant un nom bizarre. Au même moment, ma mère fit son apparition dans la cuisine. Ce fut donc elle qui lu la lettre. Au fur et à mesure que la lettre avançait, je me réjouissais. Je n’avais aucun signe laissant transparaître une quelconque maladie mentale. Malgré cette bonne nouvelle ma mère me fit perdre le sourire en me rappelant qu’il serait bien que je révise pour mon bac de français. J’ai déjà revu deux fois mon programme mais elle ne voulait rien entendre !
Je vivais seule avec ma mère depuis l’âge de onze ans. Mon père s’était tué lors d’un vol d’essai en avion. Il était pilote de chasse pour l’Armée française. Sa mort nous avait beaucoup affecté. Ma mère s’était transformée en une vraie pile électrique, tout le temps en train de faire quelque chose, je pensais que c’était pour ne pas affronter ses pensés. Alors que moi, je m’étais renfermé, au point de faire comme une anorexie mais des sentiments. Du coup, je n’avais pas beaucoup d’amis et ne parlons pas de petits copains. Mon seul ami était un garçon du nom d’Alexandre. Nous nous connaissions avant le décès de mon père et lors de mon chagrin il ne m’avait pas délaissé comme la majorité de mes autres amis. Je le voyais très souvent alors ma mère le prenait un peu pour son propre fils.
Le téléphone sonna. Ma mère décrocha, même à la maison, elle ne pouvait s’empêcher de faire la secrétaire… Cela me désespérait ! Elle cria que c’était pour moi.
-« C’est bon M’man, je prends ! »
Je décrochai le combiné de ma chambre, et la voix d’Alex parla.
-« Hey Ariel comment tu vas ?
- Arrête ces banalités, je vais bien !
- Roooooo, tu ne pourrais pas faire semblant de mal aller pour que je serve à quelque chose !!! »
J’éclatai de rire, Alex se prenait toujours pour mon protecteur.
-« Bon Monsieur mon garde du corps, ironisai-je, quelle est la raison de votre appel ? »
Il voulait que l’on se retrouve au parc l’après-midi. Ma mère ne fut pas difficile à convaincre, c’était samedi et il faisait beau alors elle n’allait tout de même pas ma gardait enfermer toute la journée. Ce samedi, je voulais ressembler à quelque chose ou tout simplement être belle. Je n’avais aucune idée d’où provenait ce soudain désir. Je colonisai donc la salle de bain pendant près d’une heure. En sortant, mes cheveux auburn étaient propres et mes boucles se reposaient délicatement sur mes épaules. J’avais mis un bustier accompagné d’une jupe en tulle. Mes bas en résilles, soutenus pas mon porte-jarretelles, dépassaient de mes New Rock. En me voyant, ma mère ou plutôt sa mâchoire se décrocha.
-« Ariel… Tu as rendez-vous avec qui ? Cela faisait si longtemps que tu n’avais pas été aussi belle ! Tellement longtemps que j’en avais oublié l’intense bleu-gris de tes yeux ! »
Parfois ma mère me faisait vraiment peur. Cette attitude démontrait un certain abrutissement de l’humain face à certains événements…C’était tout du moins mon point de vue.
-« Je te l’ai déjà dit !! Je rejoins Alex au parc ! »
Alex était déjà au parc quand j’arrivai. Il patientait en prenant des photos. Une des passions que l’on avait en commun. Il me salua et eu la même réaction que ma mère.
-« Waou, Ariel tu es sûr que c’est avec moi que tu as rendez-vous ?! »
Je lui fis les gros yeux.
-« Oui bon, je ne t’avais jamais vu comme ça ! Tu ressembles à un ange… Tu es tellement belle ! »
Je me sentais rougir mais Alex avait parlé d’ange. Cela me rappela que je voulais lui faire part de mon rêve que je faisais depuis pas mal de temps.
-« Alex, il faut que tu m’écoute. »
En guise de réponse affirmative, il me fixa. Je me lançai :
-« Cela fait plusieurs nuits, que je rêve d’être un ange… Enfin dans mon rêve je suis un ange qui marche sur un chemin caillouteux au milieu de rien… Oui c’est ça ! De rien … Un chemin de cailloux en plein néant. J’imagine qu’il doit y avoir un bout mais je n’y suis jamais arrivé… Et le matin, en me réveillant, j’ai d’atroces douleurs dans le dos. Et j’ai une légère fissure sur chacune de mes omoplates, heureusement ces fissures se résorbent en quelques heures. Mais ce matin, en touchant les omoplates j’ai senti une épaisseur… Cela m’effraie, je suis peut-être vraiment atteinte d’une maladie mentale… Je n’ai jamais mentionné ce rêve au psy ! »
Alex était ébahi, il avait écouté mon récit mais ses oreilles ne pouvaient accepter une telle chose.
-« Mais… mais pense-tu que cela présage quelque chose ?
-Je n’en sais absolument rien… Rien du tout !
-Ariel…Ariel…Mais oui c’est ça Ariel n’est pas seulement une héroïne de dessin-animé mais aussi un ange… Si je me souviens bien c’est l’ange qui crée les rêves ou les désirs… Enfin un truc dans ce genre.
-Tu voudrais dire que je suis un ange moi ?! Ma mère doit certainement le savoir, ce soir elle va devoir répondre à mes questions !!! »
Notre après-midi se passa dans la joie d’être ensemble et de pouvoir profiter du beau temps de juin pour prendre de nouveau cliché. Le soir, en rentrant j’étais bien décidé à faire parler ma mère. Malheureusement ce ne fut pas possible. Elle m’avait laissé un mot comme quoi elle était sortie en ville avec une amie.
Découragée, j’allumai l’ordinateur pour décharger les photos prises au parc. La lumière était vraiment bonne, et le ciel très clair… Je me surpris à m’attarder sur l’un des clichés où Alex se la jouait mannequin. Je me rendais compte qu’il était beau. Des cheveux sombres assortis à deux grands yeux noirs, un petit nez délicat et un superbe sourire, c’était son visage. J’éteignais l’ordinateur, déçue de découvrir les sentiments que je versais à mon ami… Je pensais que notre amitié ne pourrait être ébranlé par ce sentiment destructeur… Et comment pourrais-je le lui dire, savoir s’il partage mon ressenti… ?
Enfilant mon pyjama, je remarquais que mes coupures sur les omoplates n’avaient pas disparu cette fois-ci. Quelle en était la raison ? En fait je ne voulais pas la connaître. Une fois dans mon lit, j’essayais de chasser cette dernière vision avant de replonger dans mon rêve… Ca y est, j’étais l’ange qui marchait sur le chemin caillouteux mais je percevais une porte. Je pouvais presque l’ouvrir. Je m’approchai encore et le poigné se retrouva dans ma main. Il y eu un déclic et la porte s’ouvrit… Tout bascula vers l’inconnu…