Prologue
« Il était une fois, une jeune fermière, seule, abandonnée de tous. Il y avait, dans ce même village, un jeune et beau prince… Le regard qu’ils se lançaient entre eux, montrait à tous les paysans qu’ils s’aimaient, sans jamais se le dire. Mais un beau jour, le facteur apporta une belle lettre d’or au prince, lui disant qu’il était attendu au château de son père, pour le mariage avec la princesse Caroline III. La pauvre et jeune fermière...
Resta seule jusqu'à la fin de ses jours, sans de soleil pour son ciel, sans l’amour éternel pour son cœur… "
Je venais de finir ce conte que j’avais lu une trentaine de fois.
"Maman ! "Hurlais-je à travers la petite maison.
Personne ne répondit. Il faut dire qu’au fil des années, elle commençait à devenir un peu sourde. Il faut aussi faire remarquer que je n’avais plus de père. C’était maman qui m'avait dit qu’il était mort au champ de bataille. Ce qui était très étonnant, d’ailleurs, car à son époque, c'étaient les femmes qui se battaient… En me posant toute ces questions, je ne vis pas la seule et unique bonne de la maison faire son apparition pile devant moi. Alors que je la bousculais, elle me dit :
"Votre mère en a assez… Elle vous attend dans sa chambre. Dépêchez vous un peu, ma fille.
-D’accord ! Merci, justement, je la cherchais…" lui répondis-je en m’élançant vers la direction de la chambre de ma maternel.
En entrant dans sa chambre, je la vis allongée sur son lit, les yeux fermés, la bouche tendue, et ses cheveux blonds détachés… Mauvais signe…
"Qui a t’il maman ? Lui demandais-je d’un ton gentil et aimable.
-J’en ai assez… Trop assez… Quel âge as-tu donc ?" Me demanda elle d’une voix agacée.
Je la fixais d’un drôle d’œil. Qu’avait elle encore pu préparé ?!
"Euh… Mère ? Pourquoi ça ?
-Cendrine ! Pas de question ! Ton âge ? Répond !
-Dix huit, mère, bientôt dix neuf.
-Très bien… Vas dans ta chambre, tu feras ta valise, et tu partiras, tantôt, pour le camp. Je veux que tu sois prête quand ils arriveront. Tu es une adulte maintenant, tu dois savoir te battre. Dispose, et sois prête."
Je m’inclinais, puis filais dans ma chambre, la larme à l’œil. Elle parlait bien sûr des Hurleurs.
Créatures provenant de l’Autre Monde, les hurleurs semaient depuis longtemps la terreur au sein des populations, la nuit. Ils rôdaient dans les forêts, et leurs attaques étaient terribles. J’avais trop souvent entendu ce chant qu’ils émettaient quand ils nous attaquaient, et sur le point de nous achever, sans pitié, sans cœur…
Mais ce dont je ne me doutais pas, c’est qu’il n’y avait pas que de ces bestioles là, il y en avait encore une, oui une seule et unique, mais terrible et gigantesque… Monstrueuse et terrifiante…
Tout en préparant mes affaires, je me récitais mon conte préféré, celui de la jeune fermière et du beau prince, l’abandonnant au triste sort de paysanne, toujours sale et souvent battue par son mari.
Je stoppai l’histoire, entendant des bruits de pas derrière moi.
C’était maman.
Dans son dos, elle portait quelque chose qu’elle me montra. Une épée… Elle était magnifique, de la soie pour la poignée, et quatre petits diamants de couleur rouge, vert, bleu, et blanc. Elle était superbe… ! Et elle était pour moi, car maman me la donna en main propre.
"Tiens ma fille, c’est une épée aux pouvoirs précieux, et elle t’aidera dans les moments les plus critiques de ta vie. Elle appartenait à ton arrière grand-mère. Et voici autre chose, un arc d’une grande valeur, fait par tes ancêtres, et terminé par ta grand-mère ! Jamais tu n’en verras deux comme celui-ci. C’est tout simplement un arc de maître ! Ne t’en fais pas, avec plus d’expérience, tu comprendras. Je suis désolée de te faire faire tout ça, ma fille. Mais je ne veux aucunement que tu finisses comme moi, une mère dépendante de son mari qui n’est plus de ce monde. Tu es si parfaite !
D’une lignée de puissantes. Tu n’es pas pareille que les autres… Tu es forte. Ma fille… me déclara t’elle.
-…Maman ! Je ne t’en veux pas… Seulement… Lui dis-je.
-Oui, je sais. Attends toi a plusieurs surprises, et ne fais confiance qu’à ceux vers qui ton cœur se tourne. Chut… tu comprendras le moment voulu. J’ai encore une dernière chose pour toi, une cotte de maille, mais en beaucoup plus puissant, c’est celle de ton père…" me déclara-elle calmement.
En voyant ma tête, maman m’expliqua :
"Tu n’es pas humaine… me dit-elle en fermant les yeux.
-Comment ?toute surprise de ce qu’elle venait de m’annoncer.
-Cendrine, 19 ans, brune, yeux bleu, tu es une elfe. D’une lignée de magiciens fort maléfiques, et très puissants.
Ils tuaient tout. Mais… pas toi, tu n’es pas comme eux. J’ai encore une chose a dire… c’est… difficile, tu comprends ?...
-Qu’y a-t-il d’autre… lui demandais-je en reculant d’un pas.
-Ton père ne s’est jamais battu, c’est toi qui l’as tué. En te protégeant de lui. Et c’est ce que j’aurais dû faire. Pas toi. Tu n’étais pourtant qu’une enfant, en soif de vengeance…"
Je la regardais, son visage n’exprimait rien, aucun sentiment, que ce soit de joie, de colère, ou même de tristesse, il n’y avait rien.
"Maintenant que tu sais à peu prés tout de ton passé, je vais me reposer, d’un sommeil long et interminable, sans que les ténèbres ne puissent encore venir me harceler… Attaque, défense, voila les deux principaux mots de ta vie…" Me dit-elle, la main au cœur, et la respiration saccadé.
Qu’allait elle faire ?
Se reposer m’avait-elle dit… sans avoir la force de pouvoir se relever. Son corps allait mourir.
Je la regardais dans les yeux. Les siens devenaient blancs, était-ce normal ?
Mère se mit sur mon lit, s’allongea, tout en laissant son visage posé sur moi. Son dernier geste fut un sourire tourné dans ma direction, puis elle ferma ses paupières, se laissant porter vers ce qu’on appelle l’au delà. Pendant un bout de temps, je restais la, prés d’elle, à me remémorer ce qu’elle m’avait dit, laissant libre cours aux longues larmes froides qui coulaient sur mon visage triste.
Avant de partir pour le camp, avec mon cheval, j’entendis la bonne qui criait à tout va dans la maison que « madame » était…morte...
En chemin, je me rendis compte que je passais devant la maison de Godefrey, mon meilleur ami, et, si je puis dire, mon frère ! On se connaissait depuis tout petits. Il venait passer des journées entières a la maison, et on se disait pendant plusieurs heures qu’on ne se quitterait pas, et on faisait même le serment de tout ce dire, sans jamais nous mentir.
Devais je aller le voir ? Je pouvais toujours tenter le coup.
Pendant que je frappais a la porte, j’entendis Godefrey dire à son chien de se taire, qu’il avait reconnu le code des trois coups des mains de sa meilleure amie. Je vis la porte s’ouvrir, un rayon de lumière venir éclairer mon visage en pleurs. En le voyant, je me jetais dans ses bras, le fourreau de mon épée me faisant extrêmement mal, mais j’étais avec lui…
Il me fit rentrer dans sa maison, me posa sur une chaise, et s’accroupit à mes côtés.
"Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Cendrine… Dis moi.'" Me demanda t’il, la voix calme.
Tout en levant ma tête, je ne prononçais que ces deux mots : « c’est maman… »
"Que lui est il arrivé ?
-Elle est…morte. Tout en me disant qu’il fallait que j’aille au camp, pour être prête, quand «ils» réattaqueront."
Il me serra dans ses bras, pour me réconforter, au lieu de ça, je lâchais quelques larmes…
"Je suis désolé pour elle… Mais, toi, au camp ? Tu es une femme, c’est réservé… aux hommes, non ? Attends, je viens avec toi. Jamais je ne te laisserais seule." Me déclara t’il.
Un petit sourire vint illuminer mon visage triste.
"Oh ! Je t’adore mon frère ! Lui dis-je en le resserrant dans mes bras.
-Je vais préparer mon cheval, attends moi, on emmène le chien, ou pas ? Me demanda t’il.
-Bah… Oui, sinon, quand on va revenir… commençais-je.
-Si on revient. Me coupa t’il.
-Oui, bien sûr, si on revient, il sera mort de dessèchement. Donc, oui. Allez, viens Omer ! "Dis-je au chien, en partant dehors, pour me mettre sur mon cheval, et attendre Godefrey.
Après être sortis de la maison et l'avoir fermée à clé, nous prîmes la route qui menait vers le camp.