Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Science Fiction
Type de document : Poesie
Être brisé, tant de fois
Dispersé en tant d'éclats
Que l'on n'a plus conscience de soi
Ne plus vivre ni pleurs ni joie
Se sentir univers donc ne plus rien sentir
Vaguement percevoir à travers l'enveloppe de nos prisons
Un monde qui est tout lorsque l'on n'est plus rien
Ne plus avoir envie, ne plus exister pour soi
Se sacrifier en une mourrante douleur
Rejet d'un océan aux flots mouvants
Ecume sanglante du souvenir
Se cognant contre le mur macabre du désespoir
Mur invisible qui n'empêche pas de voir tout en nous rendant aveugle
L'espoir pourtant est juste là, qui palpite
Prêt à reprendre son vol pour des cieux plus cléments
Que les funestes horizons des traîtres démons
Entraîné dans l'antre de leurs perversions
Aux châtoyants mensonges qui se referment et vous étouffent...
Pitié, un peu d'air, de lumière, je bascule, je vertige
Leurs voix sont les drogues trompeuses du plaisir
L'ivresse de leur parole finit toujours par se muer
Serpent de l'horreur aux reflets irisés qui vous enlace, vous étripe
Oui, je t'en prie, fouaille dans ce coeur décharné
Par les griffes avides, après les griffes il faut y planter les crocs
Qu'attends-tu pour t'y glisser, pour t'y lover
Hideux et sublime reptile, enlace-moi, détruis-moi
Je veux t'aimer et te haïr, te caresser et te dépecer
Corromps-moi comme tu l'as fait avec Eve
Etouffe-moi sous le venin en crue de tes baisers empoisonnés
Frisonner de désir et de dégoût tandis que tu t'enrouleras
Autour de mes membres meurtris
Susure-moi les hallucinations de ce que tu ne peux offrir
Tu es grandiose, et je te préfère aux vulgaires mortels
Je veux souffrir et jouir dans le même instant
De ta langue qui se lie, se délie dans sa lie
Ta salive se déversant à flots immondes
Dans mes oreilles sourdes à la vérité
Broie-moi dans tes anneaux rutilants
Cercles vicieux d'un jeu odieux
C'est tout ce qu'il me reste
Et tant que tu ne délaisseras pas ma carcasse insipide
Prend grand soin de bien lui faire du mal
Avec application, mesure et précision, tout entier à ton sordide ouvrage
Les proies sont nombreuses mais tu n'en trouveras d'aussi divertissantes que moi
Alors je te conseille de me suivre jusqu'au trépas
Quel beau couple: victime et bourreau, intriguant intrigué
Qui est le plus dépendant de l'autre: tourmenteur ou tourmenté?
Mais ne parlons plus, ne songeons plus même: soyons fou.
Fou à lier au mécanisme de votre dérisoire raison
Qui fait tourner le monde à gauche, à droite
Les pauvres qui décapitent les riches
Puis les riches qui mangent sur les cadavres des pauvres
Quel poids encombrant sur leur conscience...
Vite: quelqu'un à qui se confier et qui vous offrira l'absolution de vos péchés
Vous ne le voyez pas, le plus précieux des trésors?
Là, ce petit enfant qui s'émerveille de tout
Ou ce vieillard qui dispense son savoir
Cette fleur qui s'éveille à l'aurore
D'un amour de jeune fille et qui se fânera bien avant elle
Les innombrables bruits et couleurs écrasés
Par la grisaille du capitalisme monstrueux
Subsistant en ilôts rares dans ce monde soumis non pas à un
Mais à des centaines de serpents mesquins
Je préfère le mien: sa ruse, sa sournoiserie, sa perfidie
Sont dévouées à un seul être à la fois
Soit: accaparons jalousement son intérêt
Cela en fera d'autant plus que le malheur épargnera
S'il me considère comme digne d'être malmené
C'est que je ne suis rien.
Et personne pour se dresser, s'intercaller,
Entre mes cauchemars matérisalisés et mes rêves martyrisés
Il n'y a plus rien à sauver?
Alors c'est la fin : autant crever