La communauté du fantastique et de la science-fiction  







 
Titre, Auteur, Acteur... 

Mercredi, jour du cinéma   -   Fête Médiévale de Sougné-Remouchamps   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Les elfes noirs sont de retour !   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Convention Arcanienne : Le Reportage !   -   Grand concours de dessin   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Mercredi, jour du cinéma   -   Mercredi, jour du cinéma

Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Littérature
Chapitres :
Type de document : Essai

     
      Notre histoire se déroule en des temps immémoriaux et très loin du monde que nous connaissons. Bien plus loin que là où pourrait nous porter notre propre imagination. Si délirante soit-elle. Nous sommes aux frontières Sud du continent de Grandterre. « A l’extrême sud, du continent de Grandterre, là-bas tout n’est que mystère ! », comme aimaient dire les autochtones, dans leurs moments de poésie. Hélas de tous les aventuriers qui partirent explorer ces terres inconnues, aucun n’en était jamais revenu.

    La ville la plus proche de cette frontière se nommait Condefonds. Port d’une importance moyenne dans l’économie du royaume, il fournissait tout de même aux marchés des cités septentrionales, des denrées de qualités. La ville était entourée par une épaisse jungle qui laissait difficilement le passage, même au singe le plus leste. Et selon les dires de certains aventuriers du dimanche, qui après avoir passé toute une soirée au bar, confiaient à ceux qui voulaient bien les écouter, il y avait au-delà de cette jungle une immense plaine fertile, qui s’étendait sur des centaines de lieux. Puis, au-delà de ces plaines, de majestueuses montagnes toujours couronnées de blanc qui s’élevaient parmi les nuages, un peu plus prés de la demeure des dieux. Mais les aventuriers qui étaient revenus de leur exploration de la jungle, brillaient par leur absence. A défaut de savoir ce qu’ils étaient devenus et ce qu’il y avait au-delà de la jungle, les rumeurs les plus folles avaient prit naissance.

    La ville de Condefonds s’était bâtie autour du port puis étendue, faute de place, tout le long du fleuve qui se jetait dans la baie. Durant les différents âges qu’avait connue la cité, aucun style architectural n’avait prédominé dans la construction de la ville. Elle était faite de bric et de broc, et seul le nombre et la taille des trous permettaient de différencier les toits des façades. Les bas-quartiers de Condefonds était dominés par le palais du gouverneur, juché sur une colline. L’immense bâtisse se dressait fièrement au-dessus du chaos de la ville. Tranchant de par son blanc éclatant avec la fange du reste des habitations, et faisant naître chez les habitants une certaine jalousie. Pourquoi c’était toujours les autres qui avaient de l’argent ? Les bas quartiers étaient un véritable labyrinthe. Les maisons ayant poussée un peu partout et n’importe comment, les ruelles n’avaient pas de tracés bien défini, si toutefois un tracé avait été recherché dans l’aménagement de la cité. L’écoulement des eaux de la ville se faisait de la manière la plus simple qu’il y ait dans l’art de l’assainissement, c’est à dire, vers là où il y avait de la pente. Bien sur, tout finissait dans le port.
    La cité existait depuis fort longtemps. Les explorateurs avaient, il y a de cela des centaines d’années, trouvés cette région lors de leurs excursions autour du continent en quête de nouveaux territoires. Selon la légende, des sirènes aux charmes exceptionnellement convaincants les avaient poussé à accoster dans cette baie où se jetait un fleuve aux eaux limpides. Et là ils vécurent heureux et amoureux de leurs femmes poissons.
    Du moins ceci était la version reconnue des habitants de la ville et ils étaient fiers de leur histoire. Les navigateurs s’étaient en fait approchés un peu trop prés de la côte et avaient touché les hauts-fonds. Contraint de quitter le navire en perdition, ils avaient atteint à la nage la côte, en évitant autant qu’ils le pouvaient les requins. Puis là, ils avaient bâti un petit village le temps de reconstruire les bateaux, et pouvoir regagner leurs foyers. Ils avaient d’ailleurs au début baptisé ce bourg « Condefonds », en hommage aux divins chants des sirènes qui les avaient mené là. Ou était-ce peut être en hommage de la guigne du capitaine, dans le domaine de la navigation ? Nous ne le serons jamais. Mais rien ne sert d’enlaidir une belle histoire.

    Le temps passa et d’autres explorateurs vinrent à la recherche des premiers partis. Eux aussi furent subjugués par le talent lyrique des habitantes des récifs, qui consistait généralement à s’y méprendre, en un affreux craquement caractéristique du bois brisé.

    L’économie de la ville se développa le jour où un explorateur un peu plus prudent que les autres, décida d’établir une carte maritime de la région. Les premiers explorateurs de la ville le dénigrèrent d’ailleurs dans son entreprise, en affirmant qu’il était sourd et impuissant.
    Ainsi grâce à cet homme qui n’eut pas les éloges mérités, les premiers navires marchands vinrent, en toute sécurité, chercher les matières premières qu’on trouvait dans ces terres.
    L’économie s’était développée autour de certaines denrées. Le fer et le bronze étaient des métaux très courant dans les carrières de la côte. Dans les richesses de la région on pouvait compter aussi les bois exotiques. D’immenses arbres qui faisaient de par la qualité de leurs essences, le rêve de tout ébéniste du royaume. Il y avait aussi les gemmes, tel que les énormes émeraudes, que l’on pouvait trouver dans les remous des rivières. Elles représentaient une richesse non négligeable et très prisée de gens cherchant à faire fortune en peu de temps. Il fallait bien sur faire abstraction des énormes crocodiles qui gardaient ces pierres, et qui voyaient dans les prospecteurs les plus inconscients, un repas très complet. Toutes ces matières premières étaient exportées vers les grandes cités du nord.

    Ce matin là, la brume avait envahit le port. La mer avait perdu son droit face à cette marée vaporeuse qui engloutissait les navires amarrés et n’en laissait dépasser que les mats. Le brouillard semblait avoir retiré toute vie alentour, déposant un voile de mort sur la baie. Mais, parmi les spectres effrayant de cette forêt navale, un tronc orné de voiles se déplaçait silencieusement vers les quais. A sa base nombre de lumières attestaient la présence d’un équipage vivant à son bord. Cette brume matinale, fréquente en cette période hivernale, étouffait les bruits de l’agitation des marins qui s’apprêtaient à faire accoster le navire. Seule une légère rumeur, accompagnait le clapotis de l’eau dans ce lourd silence.
    Le navire était entré dans le port de Condefond, dans la nuit. Aucun navire marchand n’était arrivé à quais, depuis que des pirates avaient prit le contrôle de la passe Nord. Ces derniers, selon l’avis général de la population, commençaient à exceller dans le domaine de la magie. Faire disparaître trois navires marchands avec leur équipage sans aucune fumée et en un temps record, et être capable de se jouer d’une dizaine de nefs royales, relevait tout simplement du grand art. Si les poissons de la passe Nord, eux avaient eu un avis à donner sur la situation, ils auraient grandement remercié les divinités de « Là où y’a plus d’eau » pour cette nourriture providentielle et cette multitude d’habitats flambants neufs.

    La nouvelle de l’arrivée de ce bateau l’avait précédé, provoquant une agitation financière que les marchands n’avaient pas connue depuis trop longtemps. Ces derniers étaient tous là, rongeant leur frein et jetant des regards assassins aux premiers de leurs confrères qui se risqueraient à les devancer. Il y avait aussi une foule de travailleurs, qui restaient pour l’instant silencieux, mais prêts faire sauter les marchandises tant attendues dans les charrettes.

    D’énormes cordes furent lancées par l’équipage et le bâtiment fut promptement amarré aux bittes qui jalonnaient la bordure des quais. Quelques instants plus tard une foule de marins se déversait du pont par la passerelle et se mêlait à la foule des travailleurs. Une fois sur le plancher des vaches ceux qui étaient exempt du déchargement ne se firent pas prier pour rejoindre au plus vite la plus proche taverne. Il fallait rattraper le temps perdu dans bien des domaines. Histoire de voir s’ils n’avaient pas oublié comment lever le coude et caresser les douceurs de la vie, ou du moins de la gente féminine.

    Deux matelots descendirent du pont en pestant l’un contre l’autre. Ils poussaient des cris, qui aux premiers abords semblaient complètements incohérents. Mais on discernait dans cette dispute, pour le moment verbale, une histoire de vol. Et le sujet de la querelle semblait de la plus haute importance. Des badauds s’arrêtèrent pour regarder la scène lorsqu’ils virent les poings se lever et le ton monter d’un cran.

   - Je suis sur que c’est toi qui me l’as fauché !
   - Non ! Et puis qu’est ce que tu veux que je fasse d’une chaussette ? Les deux encore, je dis pas, mais une !
   - Tu m’enlèveras pas de l’idée que t’est assez bandit pour le faire. Tu viens d’une famille de bandits de toute façon !
   - Une famille de bandits ? Fais attention là ! Tu vas finir par prendre une omelette de phalanges.
   - Essais seulement de me toucher, et tu vas prendre une mornifle, que même ta mère te reconnaîtra pas.

    L’explication continua un court instant. On put apprendre dans ce laps de temps, encore civilisé, que la chaussette volée était celle de gauche et qu’elle était d’ailleurs la seule de la paire encore en état. Avec surprise, on apprit aussi qu’une flasque de whisky avait été volée deux jours auparavant à la même victime.
    Le litige sembla passer le point de non-retour lorsque l’un des participants flanqua un coup de pied dans les tibias de l’autre. A partir de cet instant, un espace de sécurité se fit autour des deux combattants, les laissant seuls régler leurs comptes. Les deux hommes s’empoignèrent et se battirent à même les pavés de l’allée, se roulant dans les flaques de boue. Nombre de coups tous plus fourbes les uns que les autres furent distribués, avec pour cible les parties le plus sensible de l’anatomie humaine masculine.

    Derrière cette bagarre qui occupait le devant de la scène, et qui ne serait certainement pas la dernière de la journée, un jeune homme encapuchonné descendit du pont, tout en affichant une mine outrée face à un tel comportement. Il aurait pu paraître crédible dans son rôle de personne choquée devant la sauvagerie des marins, si ses vêtements ne trahissaient pas son statut social et laissaient sous-entendre qu’il avait du en voir d’autres.
    Il était vêtu d’une cape sans âge qui avait connu des temps certainement meilleurs, d’un pantalon qui n’était qu’un patchwork d’étoffes toutes plus diverses les unes que les autres et d’une paire de souliers d’où dépassaient des orteils, du moins pour le pied droit. Au pied gauche, le bout d’une chaussette presque neuve apparaissait.


    L’encapuchonné se dénommé Vidpoch. C’était un jeune homme assez beau, les cheveux châtain, coupés ras, et les yeux d’un bleu d’acier. Son visage était soutenu par une barbe où les poils se battaient en duel. Il avait toujours l’air un peu soucieux, comme si à chaque instant quelqu’un allait le prendre en chasse pour récupérer un bien disparu. Car il avait un grand défaut. Il ne pouvait se retenir d’alléger les poches d’autrui. C’était plus fort que lui. Dés qu’il voyait quelque chose briller ou pouvant représenter une quelconque utilité, dans les secondes qui suivaient, la dite chose finissait dans ses poches. Il estimait que c’était une malédiction que lui avaient jeté les dieux pour avoir volé la vie de sa mère à sa naissance. Mais il avait appris à vivre avec, et avait développé toutes sortes de techniques de fuites toutes plus efficaces les unes que les autres.

    Une fois suffisamment écarté de l’échauffourée, il fouilla un instant dans sa besace et en sortit une petite flasque de fer blanc. A la grimace qu’il tira lorsqu’il finit de boire on pouvait en déduire que le whisky n’était pas un grand cru des îles du Nord. Quelques regards sur les personnes alentours lui apprirent qu’il valait mieux quitter au plus vite les quais. Certains amis des deux matelots commençaient à chercher du regard un suspect potentiel dans la cause de cette rixe.
    Il contempla d’un regard satisfait les bâtiments qui entouraient les quais, se disant qu’il n’aurait certainement pas de grandes difficultés à trouver du travail. Et si de toute façon, la chance ne lui souriait pas, il trouverait par d’autres moyens ce qu’il lui faudrait pour faire croire à la population locale qu’il avait de la chance. Cela dit les autochtones se verraient certainement allégés de quelques biens personnels. Le tout était de rester discret. La dernière fois qu’il avait fait montre de peu de discrétion il s’était retrouvé obligé d’embarquer précipitamment à bord d’un navire, en destination d’horizons inconnus, où son avenir immédiat ne serait pas en danger. Ces horizons là semblaient prometteurs. Du moins il l’espérait avec ferveur.

 - Bon allez ! Maintenant me faut trouver un coin pour manger !

    Pendant que notre homme s’enfonçait dans les rue de la ville, les marins, eux profitèrent de cette querelle pour régler certains problèmes restés bien trop longtemps en suspens. Pas un n’eut une pensée de remerciement pour celui qui avait, par ces larcins, crevé cet abcès. Et par la même, dans l’heure qui s’en suivit, réduit considérablement le nombre de matelots à bord et mit un frein aux rivalités dans l’ascension des postes hiérarchiques sur le navire.

    Vidpoch se fondit d’un pas assuré dans la foule qui emplissait les étroites rues de la cité. Personne ne prit conscience de ses gestes furtifs vers les passants qu’il croisait. Certains par contres s’étonnèrent, un peu plus tard, de la disparition de leurs effets, tel que bourses ou bijoux. La plupart des habitants n’étaient pourtant guère mieux vêtus que lui. Le niveau de vie était assez bas dans la ville. Mais quelques personnes, qui avaient réussi dans le commerce, se pavanaient d’habits de soie et de diverses gemmes.
    Il déambula un certain temps dans le lacis des ruelles des bas-quartiers à jeter des regards envieux sur les denrées qui étaient proposées à l’étalage. Une bourse eu tôt fait de trouver le chemin de ses poches sans que son propriétaire ne puisse voir quoi que ce soit.
    Arrivé à l’angle de la rue il put l’ouvrir pour compter son profit, bien gagné. Du moins, selon ses critères à lui. S’il avait eu à courir pour le garder, il l’aurait classé dans les mauvaises affaires. Et dans la catégorie très mauvaise affaire s’il avait eu à le rendre et écopé de coups pour lui passer l’envie de recommencer. Il y avait, dans la bourse, de quoi se payer une chambre et des repas pour environs deux jours.

    Quelques pas plus loin, une enseigne en piteux état annonçant une taverne, se balançait au vent, dans un grincement sinistre. On pouvait lire en grossières lettres « Aux Chants Des Sirènes ». Les habitants étaient très fiers de leur folklore local. Bien qu’aucun n’ait jamais pu se vanter d’avoir vu ces créatures à la beauté divine.
    Il put constater que la rue était tout à coup plus déserte et  peu rassurante. Il devait avoir pénétré un quelconque quartier mal famé, mais il était habitué à de tels lieux. L’estomac vide, il entra confiant dans ce bouge.
    Un silence pesant régnait dans la taverne. Les habitués du bar, plongés dans la contemplation de leurs verres, attendaient tous qu’une bonne âme accomplisse le miracle de remplir leurs pintes sans qu’ils aient à débourser la moindre pièce. Ils levèrent le regard sur Vidpoch, nourrissant le maigre espoir de voir un messie dans l’entrée du jeune homme. Sentant qu’ils attendaient tous un signe de sa part, un acte dont ils auraient pu parler pendant des siècles, ne serait-ce une parole qu’ils auraient pris pour évangile, il se hasarda à un timide bonjour accompagné d’un signe de tête. Voyant que leurs espérances étaient vaines, ils se replongèrent, tous, dans leurs silencieuses suppliques éthyliques.

    Vidpoch trouva une place à une table jouxtant la seule fenêtre de l’établissement. Il avait pour habitude de rester le plus proche possible d’une issue. Au cas ou une bagarre impromptue se déclencherait dans un rayon de moins de deux mètres de lui. La fuite était pratique courante dans sa vie où le danger prédominait.
    L’établissement avait du connaître des périodes fastes, en attestaient de nombreuses gravures artistiques sur les poutres et les deux piliers principaux. Mais la fumée de la cheminée, les innombrables verres renversés, et les estomacs vidés, avaient atteint un peu trop profondément les reliefs. Une couche de sciure recouvrait le sol, mais sa capacité d’absorption avait semblait-il atteint ses limites. Vidpoch, fréquentant pourtant assez souvent des lieux comme celui-ci, ne préféra même pas savoir la nature des liquides qui sourdaient ça et là dans les coins de salle. L’odeur y était difficile à supporter, mais il ne s’en fit pas, car une minute de plus dans cette atmosphère aurait tôt fait d’obliger le cerveau à débrancher l’odorat et ainsi à pouvoir déguster une bière sans aucune gêne.

    Le tavernier s’approcha de la table où Vidpoch avait prit place. L’homme était de stature imposante, du moins juste au-dessus de la ceinture. Il était affublé d’une surcharge pondérale impressionnante. A première vue il n’était pas du genre à gaspiller, et peu de restes devaient trouver le chemin des caniveaux dans la rue de derrière.  Il avait la figure rougeaude, des heures passées au-dessus de ses soupes et ragoûts. Son tablier, lui, attestait du menu de la semaine. L’air mécontent d’avoir du travail plus loin que de l’autre coté du bar il s’adressa au jeune homme d’un ton sec, tout en essuyant la table avec un bout de torchon qui devait, dans un lointain passé, avoir eu une couleur blanche.

 - Je te préviens ici on ne fait pas manger à l’œil. T’as intérêt à avoir de quoi payer.
 - Oui, oui ! J’ai de quoi vous payer. Servez-moi….. un ragoût, un peu de fromage et un pichet de vin je vous prie.
 - Mouais ! Ma fille vous servira quand j’aurais préparé ça. J’ai pas que ça à faire, moi.

    L’homme s’en retourna vers le bar en balançant le torchon sur son épaule.
Devant un si chaleureux accueil Vidpoch préféra se plonger dans ses pensées, non sans oublier de feindre un dernier sourire au tavernier, histoire de ne pas lui donner matière à pester contre sa personne. Il lui fallait faire le point.
    Il était arrivé ce matin, dans une ville qu’il ne connaissait pas, par un bateau où il avait détroussé les marins tout le long du voyage. D’ici quelques heures lorsque l’étincelle de bon sens des matelots s’allumerait, ils n’auraient aucune difficulté à faire le rapprochement entre ces vols et le jeune inconnu qui voyageait avec eux. Il devait lui rester grosso modo deux ou trois heures tranquille avant qu’ils ne se lancent à sa recherche, pour lui faire regretter son vice. Mais au bout du compte la situation était bien meilleure ici, à Condefond, qu’à Bourleroi. Là-bas, à la capitale, il avait aux trousses, avant son départ, un bon nombre de personnes.
    En premier il y avait son employeur, qui était le chef des voleurs de la ville. Comme à sa fâcheuse habitude il n’arrivait jamais à se résigner à partager ce qu’il avait volé. Bien sur la réaction de son patron ne se fit pas attendre. Pour récupérer son du, il lui avait envoyé deux hommes de main à la stature très dissuasive. Selon les dires de certains, chacun mangeait pour le petit déjeuner, un nain en armure. Et il ne comptait pas finir sa vie comme plat de résistance.
    Il y avait aussi, l’épisode de la petite visite nocturne dans le château royal. Cette idée lui avait valut de faire le plein d’objets de valeur mais aussi, d’avoir un grand nombre d’hommes de la garde à sa recherche.
    Et enfin il était aussi poursuivi par l’inquisition de la ville. Ces derniers pensaient que parce qu’on volait des reliques dans les temples on était forcément un hérétique. Loin de lui cette idée. Vidpoch était un assidu des lieux saints. Il participait à chaque quête en fin d’office. Bien sur le chemin que prenait son argent était différent de celui que donnaient les adeptes. Et il ne manquait bien sur jamais, de remercier les dieux de le laisser faire sans le foudroyer sur place.
    C’est dans l’urgence de quitter la ville, qu’il avait trouvé une place à bord du bateau et avait enfin eu la possibilité de se faire un peu oublier de la population de Bourleroi. La dernière bourse qu’il avait volée contenait la somme suffisante pour son voyage.

    Faire son chemin dans la ville de Condefonds ne serait certainement pas si difficile. Il allait pendant un temps travailler seul. Puis un jour de gros bras viendraient revendiquer le territoire de leur chef, il serait donc embauché et devrait partager ses larcins. Non ! A bien y réfléchir, il lui fallait trouver une autre solution que le vol pour réussir sa vie. Il aimait bien voyager mais il y avait des limites.
    Son plus grand rêve était de se faire, d’une quelconque façon, une petite fortune qui lui permettrait de vivre dans le luxe et l’opulence jusqu’à sa mort. Ce rêve n’avait rien d’original, mais il avait le mérite d’avoir beaucoup de succès dans la pensée de la plupart des races de ce monde ; Hommes, nains, elfes, faery, et diverses autres créatures pensantes.
   
    Plongé dans les pensées qu’il nourrissait sur un meilleur lendemain, il n’entendit pas approcher la serveuse. Lorsqu’il prit conscience de sa présence à ses côtés et qu’il posa le regard sur elle se fut un choc. La jeune femme semblait avoir hérité de tout le potentiel de laideur de la famille. En cherchant bien ce devait être une charmante demoiselle. Mais tout bien considéré cette quête de beauté devait être vouée à l’échec.
    La jeune femme avait une corpulence qui tendait à prouver qu’elle aidait son père à finir les restes. Ses dents jaillissaient d’entre de grosses lèvres brillantes de graisse, donnant l’impression qu’elle devait avoir de lointains aïeux équidés ou peut-être avait-elle prit accidentellement un coup de masse en surprenant le forgeron dans son travail. Ses yeux étaient d’un noir d’ébène, mais l’un semblait dire merde à l’autre. Il fut difficile à Vidpoch de déterminer si elle s’adressait à lui ou à son voisin. Elle déposa l’assiette de ragoût et le pichet sur la table et lui décocha un clin œil, qui lui confirma qu’elle le regardait bien lui. En partant, elle se fendit d’un large sourire charmeur. Enfin il pensait qu’il s’agissait d’un sourire car il n’avait encore jamais vu un tel rictus, même sur le visage des hérétiques qui étaient au bon soin de l’inquisition lors de la question.

    Le ragoût en lui-même n’était pas mauvais. La viande y était en quantité et avait à peu prés bon goût. Dans un tel bouge la question à éviter, était de chercher à savoir de quelle viande il s’agissait.

    Il commença à manger, plongé dans ses pensées, au sujet de son avenir dans cette ville. Il trouvait vraiment désagréable l’idée de ne pas savoir de quoi serait fait le lendemain. Et sachant que dans l’immédiat certaines personnes devaient commencer à le chercher pour ses vols sur le navire et dans la rue, il ne voyait à l’horizon du jour suivant, que les murs d’une geôle. Il lui fallait en premier lieu trouver un endroit où dormir en toute sécurité, puis le moyen de vaincre son vice.
    Il était décidé à en finir avec ses vols qu’il commettait maintenant sans même s’en rendre compte. Il avait comme l’impression de ne pas arriver à avoir le dessus sur son corps et les biens d’autrui finissaient inexorablement dans ses poches. Peut-être trouverait-il un homme en ville capable, sans tortures, peine de prison, ou amputation de bras, de le guérir de ce mal. S’il fallait même en venir à la magie il n’hésiterait pas un instant. Oui, son avenir devait prendre un tournant majeur au plus vite.

    La porte de l’auberge s’ouvrit violemment. Le client qui avait d’ailleurs prit place derrière la porte, mit plusieurs minutes à s’en remettre. L’homme qui entra était assez grand, maigre et les cheveux hirsutes. Il avait une barbe qui devait remonter à bien des années, tant par sa longueur que par sa propreté. Il était vêtu d’une longue robe de bure en piteux état. Un sac de pomme de terres aurait, à coté, eu des allures de riche étoffe. Une corde de chanvre tressée lui entourait la taille. Et il portait des sandales que le moine le plus humble aurait cachées de honte. L’homme semblait au départ complètement affolé. Il jeta un regard rapide sur la salle, cherchant quelqu’un. Son regard se posa sur Vidpoch qui finissait sa bouchée de ragoût. Mais après un examen un peu plus attentif, l’homme ne sembla pas éprouver de frayeur quelconque. Il semblait plongé dans une transe qui le portait bien au-delà de la réalité. Le visage crispé dans un affreuse grimace, il se dirigea d’un pas rapide vers le jeune homme, tout en le montrant du doigt.

    Vidpoch ne savait plus trop quoi faire face à cette furie en approche. Il avait repéré en entrant trois possibilités d’évasion. Une fenêtre qui donnait dans la rue principale, juste à coté de lui. La porte d’entrée, mais cette dernière était sur le trajet de l’homme, et donc s’avérait inutilisable. Il y avait aussi la porte qui menait aux cuisines, mais dans l’absolu à choisir entre fuir par cette issue, avec le risque de croiser la fille du patron, et attendre de voir ce que voulait l’homme, le choix était vite fait. Dans le pire des cas, il ne restait plus que la fenêtre, comme échappatoire, si besoins était. L’homme ne semblait pas porter d’armes. Vidpoch se défendait plutôt bien à mains nues et il pourrait peut-être s’en sortir sans trop de casse.

 - Toi ! Toi !

    Les mains de l’homme s’abattirent violemment sur la table et il plongea un regard dément, aux yeux injectés de sang, dans celui du jeune homme.

 - Toi ! Toi, l’homme qui ignore les lois !
   Toi qui viens de Bourleroi !
   Une grande destinée s’offre à toi !
   De courage et de vaillance tu ne manqueras !
   Dans la quête que tu entreprendras !
   Le chemin, tout droit tu arpenteras !
   Des pièges de la forêt, tu te joueras !
   Le chef des Canards, le chemin te montrera !
   Sur la route le Yaya te portera !
   Et aux racines des montagnes, un trésor tu trouveras !
   Car de cette quête, la civilisation en ces terres prospérera !

    L’homme finit ses obscures paroles le souffle court, puis il écarquilla subitement les yeux comme sortant d’un rêve, d’une transe, où il n’était plus maître de lui-même. Il regarda autour de lui, l’air un peu étonné, considérant les lieux avec beaucoup de surprise. Certainement ne comprenait-il pas ce qu’il faisait là et comment il y était arrivé. Il posa un regard interrogateur sur Vidpoch dans l’espoir que ce dernier éclaire sa lanterne sur cette fâcheuse situation. Mais le jeune homme était suspendu dans son mouvement, la bouche ouverte  au-dessus d’une cuillère de ragoût qui attendait patiemment d’être ingurgitée. Et les traits de son visage étaient sans équivoque. Il n’en savait pas plus sur la situation, que l’étrange bonhomme en robe de bure. Il attendait surtout, la suite des événements, subjugué par les paroles qu’il venait d’entendre, ne sachant trop que faire. La fuite était-elle la seule alternative ? Ses muscles tendus comme une corde d’arc il attendait la moindre alarme qui allait mettre en branle son instinct de survie. La voix du tavernier, forte et chargée de colère, retenti tout à coup dans la salle.
 
 - Nilrem ! Arrête avec tes conneries. Fout la paix à mes clients.
 - Mais , mais….j’ai..j’ai …Enfin…Je.. ! Balbutia Nilrem en affichant une profonde incompréhension devant la situation.
 - Tu commences à sérieusement me les chauffer. Je vais finir par te fermer la porte de mon établissement.
 - Mais…. Mais…..  L’homme semblait chercher une explication à son comportement. Mais sous le regard assassin du maître des lieux, il préféra capituler.
 - Y’a pas de mais ! Tu fous la paix à ce client et tu viens t’asseoir au bar en silence. Compris ? Sinon je vais te servir une soupe de mon cru qui devrait te faire tomber les dents avant l’âge.

     L’air dépité Nilrem s’approcha du bar, vers le tavernier, qui essuyait un verre, tout en affichant une colère non feinte à l’adresse du fauteur de trouble. L’homme s’assit à un des antiques tabourets et baissa la tête face aux paroles chargées de colère, que Vidpoch ne parvenait pas à comprendre de si loin. Une chose était sure : l’humeur n’était pas à la fête.
    Enfin Vidpoch prit conscience qu’il était peut être temps de fermer la bouche. Du moins avant qu’une mouche n’y ait élu domicile. Un homme vint s’asseoir à la table du jeune voleur sans demander quoi que ce soit. Une fois assis, il s’adressa au jeune homme.

 - Je peux me joindre à toi ? Tu es nouveau ici ? Non ? Je me présente Croher. Je suis charretier de mon état, dans  cette magnifique ville. Il se fendit d’un large sourire comme ceux qu’on pouvait voir sur le visage des inquisiteurs qui affirmaient que leur religions était ce qu’il y avait de mieux pour sauver votre âme.

    L’homme avait l’allure qu’ont tous les habitués de tavernes. Un visage rendu bouffi par une trop grande consommation d’alcool. Sa peau offrait une magnifique palette de couleur rouge avec une dominante tirant un peu plus sur le cramoisi au niveau du  nez. Ses vêtements montraient qu’il ne roulait pas sur l’or mais aussi qu’il n’était pas le mendiant du coin de la rue. Le métier de charretier pouvait dans cette ville nourrir son homme. Il semblait quelqu’un de jovial même un peu trop. C’était le genre de personnes que l’on qualifiait la plus part du temps de boulet. S’impliquant dans toutes les conversations sans pour autant y apporter quoi que ce soit d’intéressant, du moment qu’ils arrivaient à attirer l’attention mutuelle sur eux, ils étaient les plus heureux.
    Les idées encore un peu perdues face aux étranges paroles de l’homme dénommé Nilrem, il jeta un regard interrogateur au charretier.

 - Qui c’était ce type ? Et, qu’est qu’il a dit ? J’ai pas tout compris !
 - Oh lui ? Non c’est rien laisse. Il fait ça à tous les nouveaux clients qui passent dans cette taverne. Il dit depuis des années qu’il est le messager des dieux et qu’il doit trouver l’élu qui fera naître la civilisation la plus puissante de Grandterre. Pfff ! Que des foutaises. Il était druide autrefois.
 - Mais quand on est druide on le reste. Non ?
 - Ben en fait ! Il était druide dans un village à quelques kilomètres de Bourleroi. Et y paraît que c’était un druide très efficace. Enfin ça, c’est ce qu’il dit. Moi j’ai appris, de mon coté, par l’ami d’un copain, qu’un jour le maire du village s’est rendu compte que de toute façon il ne disait que des âneries et qu’il était pas capable de soigner quoi que ce soit. Alors du coup vu qu’il vivait à leur dépends, il l’on foutu dehors. Il est arrivé ici, par bateau, il y a une dizaine d’année en prétextant à qui voulait l’écouter qu’il était le messager des dieux. Tous les matins quand il arrive ici, s’il voit un nouveau, il lui ressert le couplet de la prophétie. L’écoute pas va, t’est pas plus l’élu, que moi cette saleté de gouverneur.

    Vidpoch jeta un regard un peu déçu à l’ex-druide accoudé au bar. Il aurait bien aimé voir sa vie changée et être effectivement l’élu d’une épopée qui lui aurait certainement apporté richesse et renommée. Les paroles de l’homme continuaient de danser dans son esprit, faisant naître l’étincelle de rêves tous plus riches les uns que les autres.
    Ce qui le troublait le plus c’est que l’homme avait touché juste, dans ses paroles. Il reconnaissait qu’il ignorait les lois. Surtout celle de la propriété d’autrui. L’homme avait vu juste aussi, au sujet de sa provenance. Une explication au sujet de ses paroles lui aurait fait plaisir. Mais quelque chose lui disait de s’abstenir. Et de toute façon à la tête qu’avait le-dit prophète, il ne devait certainement pas se rappeler de ses propres paroles.

 - Alors ? T’es arrivé avec le navire marchand de ce matin ? Y’a un bon bout de temps qu’on en avait pas vu, avec ces saletés de pirates. Comment vous avez fait pour passer ? Il paraît qu’ils tuent tous les passagers. Ah si j’étais le gouverneur ! Je te leur flanquerais toutes les nefs de guerre que je pourrais avoir. Qu’est ce qui t’amène ici ? Tu connais quelqu’un en ville ?

    L’homme se dénommant Croher donnait l’impression d’avoir un gros défaut. Une fois qu’il posait une question on ne pouvait plus l’arrêter et il partait dans un monologue ou les réponses à ses questions n’avaient pas leurs places. Vidpoch leva la main devant le flot de question espérant l’interrompre là. Le charretier se fendit d’un large sourire.

 - Oh ! Excuse moi je suis un peu curieux. Si tu  ne veux pas m’en parler je ne t’en voudrais pas pour autant.
 - Il me faudrait d’abord avoir le temps de répondre à une question !
 - Euh… ! Oui ! Pardon. Et sinon, tu ne chercherais pas un travail par hasard ?
    Vidpoch releva la tête s’attendant à voir venir un nouveau flot de questions. Il leva un sourcil semblant demander à son interlocuteur s’il n’avait pas d’autres questions. Mais Croher gardant le silence, il en déduit qu’il serait, après ce silence un peu trop long, temps de répondre.
 - Eh bien ! tout dépend du travail que vous pourrez me conseiller. Mais je n’y cracherais pas dessus effectivement.

Enfin l’opportunité de gagner sa vie honnêtement se présentait à lui. Nourrissant tout de même une certaine méfiance, il écouta attentivement le charretier espérant que ce dernier ne lui demanderait pas de détrousser les passant pour le compte d’un quelconque truand.

 - Comme je t’ai dit je suis charretier et j’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider à décharger les marchandises que je transporte. Tu toucheras salaire et je te propose de loger dans mes locaux si tu as un problème de logement. Ça te dit ?
   
L’occasion  était trop belle. Cela faisait à peine quelques heures qu’il était en ville. Il était parvenu à détrousser des passant sans se faire prendre. Avec ces larcins il avait pu se payer un repas qui n’était pas mauvais. Un inconnu l’interpelle mais plutôt que de lui sauter dessus pour récupérer son bien, il lui prédit une destinée grandiose. Même si le charretier lui disait de ne pas croire en ces foutaises, il espérait quand même que sa vie prendrait ce tournant radieux. Et enfin Croher lui proposait un travail, tout ce qu’il y avait de plus honnête. Avec un peu de chance il parviendrait à se coucher sans avoir à fuir une bande de matelots enragés.

 - Pourquoi pas. Effectivement, ça m’intéresserait. Quel sera mon salaire ?
 - Quinze sous par semaine.

    Tentant sa veine, Vidpoch s’essaya à un petit marchandage.

 - Non ! vingt sous par semaine.
 - Quinze ! fit Croher en agitant la tête.
 - Allez ! dix-huit sous par semaine et je t’économise de me loger.
 - Non quinze ! Et le logement ce sera deux sous par semaine.
 - Deux sous la semaine ? A ce prix là je peux certainement loger au palais du gouverneur.
 - Dans cette taverne il loue des chambres à quatre sous. A toi de voir.
    Sentant que pour le logement il n’aurait pas d’autre alternative que de prendre ce qu’on lui offrait, il s’essaya à une ultime tentative.
 - Ok pour le logement, mais tu me paye dix sept sous, semaines.
 - Non ! Quinze !
 - Seize ?
 - Quinze.
 - Bon ben ! va pour quinze ! ! fit-il d’un ton de déception.
Croher fit un grand sourire et une joie non feinte illumina son visage.
 - Ah ! ben ça fait plaisir de faire des affaires avec un gars comme toi !
 - Ouais ! Ouais !
    L’homme se leva en tapant des mains, tout content de cet accord professionnel.
 - Depuis le temps que je bosse seul, j’en ai le dos brisé. Un peu d’aide sera la bienvenue. Rendez-vous demain matin au lever du soleil. Mon atelier et au bout de la rue en direction des quais.

Il serra la main que le charretier lui tendit et le regarda sortir de l’établissement. Il replongea son regard sur son assiette qu’il venait de finir. Il ne lui restait au bout du compte plus que peu de problèmes. Premièrement, arriver indemne au soir. Pour ce faire, il lui faudrait visiter les quartiers les plus éloignés du port. Afin d’éviter d’entendre au détour d’une rue un marin l’interpeller. Et deuxièmement, venir à bout de son vice. Il lui fallait à tout prix en finir avec ses mauvaises habitudes et cesser ses larcins dont il ne se rendait même plus compte ! Mais chaque chose arriverait en son temps et il ne doutait pas de son succès à trouver un vrai moyen.
    Il finit son ragoût ainsi que le pichet de vin, puis régla le repas sous l’œil méfiant du tavernier. Finalement il sortit de l’établissement et se mêla à la foule prenant bien soin de se diriger dans la direction opposée à celle des quais.

 
     


Chapitres :  
par Keavalor
le 23/07/2006
page visitée 455 fois.