Le regard d'un homme, le désir dans ses yeux
Quand ses mains s'égarent, là, vers ce corps à vendre.
L'homme fait une offre, pour lui ce n'est qu'un jeu
Mais pour elle ce jeu a comme un goût de cendres.
Ne sachant que faire, ne voulant accepter,
Elle pense au temps si lointain, au temps d'avant
Quand l'amour semblait beau comme un rêve éveillé
Quand, jeune fille, elle n'avait pas eu d'amants.
Elle regarde cet homme, haï, détesté,
Ne pensant qu'à se repaître de son corps nu ;
Et las ! elle accepte car comment refuser
La possibilité d'un plaisir inconnu.
Une étreinte brève, sans aucune passion,
Les paupières closes pour masquer sa détresse ;
Se laisser faire, passive, sans émotion,
N'éprouvant tout au plus qu'une infinie tristesse.
Rêvant de trouver peut-être un jour un sorcier
Ou un prêtre pouvant par sa magie divine
Lui rendre du plaisir l'empêchant de mener
Une vie dissolue telle la Messaline,
La laissant devenir une femme normale
Se contentant d'un époux aimable et aimant
Pour qui elle serait son unique vestale
Et qui ne serait jamais pour elle un client.
Mais l'homme est toujours là, son corps pesant sur elle.
Il vient de jouir, il est repu, rassasié
Et il l'abandonne à sa destinée cruelle
C'est à peine s'il l'a vaguement regardée.
Et elle reste là, seule, désespérée
Regardant dans le vide, regardant la nuit,
Sombre et désolée comme son âme glacée.
Dans les ténèbres coulent ses larmes. Sans bruit.