Chapitre 2
Je suis retourné dans ce qui me servait de maison ; tout me semblait sombre, j’avais l’impression que les murs se refermaient sur moi. Je n’avais qu’une envie : partir et retourner dans la forêt.
Pour moi, c’était une nouvelle naissance ; mais je peux vous assurer que sur le moment je ne m’en sentais pas du tout heureux de cette nouvelle naissance.
Je me trouvais dans une foule, entouré de tous les miens et pourtant j’étais seul, complètement seul. Ce dur constat pour un gamin de sept ans m’arrêta net au milieu du chemin. Ma vie avait basculé ne me laissant aucune chance de pouvoir revenir en arrière, je n’avais plus le choix, déjà je ne voyais plus ma vie comme avant.
Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, debout au milieu de l’artère principale de la Ville avec tous les autres qui me passaient à côté sans me prêter attention.
En un instant ma vie de petit garçon de sept ans avait basculé. A croire qu’avant j’étais aveugle et que le vieil homme m’avait ouvert les yeux ; et je peux vous assurer que ce que je voyais n’était pas beau ; ce n’était pas horrible mais si différent de ce à quoi je m’attendais.
Si il est vrai que ma Ville n’arrivait pas encore à la perfection, pour moi elle s’en approchait de plus en plus et je me réjouissais d’avance de pouvoir lui apporter ma contribution de travail. Mais ma rencontre dans la forêt venait de changer la donne.
Au bout d’un certain temps, je me suis tout de même remis en route. Ma jeune nature reprenant le dessus sur ma déprime. Je me suis rendu dans le Consortium, appelé aussi Cocon, l’endroit où dormaient et se retrouvaient tout les jeunes de moins de treize ans. Là je me suis directement dirigé vers la seule personne en qui j’avais encore confiance : le numéro 2648, sorti de son œuf avant moi et approchant des ses dix ans. Pour lui la vie n’était qu’une simple routine où il suffisait d’obéir pour avoir ce que l’on désire.
Il était passé maître dans l’art de piquer de la nourriture. Non pas qu’il la mange mais il me disait toujours que c’était pour le petit frisson d’angoisse qu’il faisait ça. Je n’ai jamais réussi à le coire. En fait, il était des plus différents de chacun de nous, premièrement, il est issu d’une reine capturée et qui n’a donné que peu d’œuf et encore moins de viable ; ensuite, peut-être à cause de la nature de sa mère, il ne ressemblait à aucun d’entre nous, plus grand, plus mince, le visage allongé et noble. Il avait d’ors et déjà été choisi pour le reproduction et il était choyé, tout ce qu’il voulait, il l’avait. Je n’ai jamais compris comment on avait pu devenir ami, on ne se ressemblait vraiment pas ; tant au niveau physique qu’au niveau de notre mode de pensée. Et puis, il pouvait parler avec les plus grands, les dirigeants de la Cité voir même la reine mère parfois, et pourtant il parlait le plus souvent avec moi. Etrange ? Probable. Quand je lui demandai les raisons de son amitié pour moi, il me répondait toujours que je lui plaisait et que par conséquent il voulait me voir rester près de moi, il me disait aussi que si je ne devais pas devenir soldat il aurait tout fait pour que je reste près de lui pendant encore longtemps. Je le trouvais parfois bizarre mais il a toujours été de bon conseil, il a un autre œil sur le monde et c’est la raison pour laquelle moi je restais près de lui. On peut dire que nous nous complétions tout les deux. Ce jour n’a pas fait exception à la règle. Comme il semblait dormir je me suis d’abord rapproché doucement de lui pour éviter de le réveiller, puis je l’ai secoué et dès qu’il fut suffisamment attentif je lui exposait mon problème.
- Ecoute, 2648, j’ai un problème que je n’arrive pas à résoudre. Tu peux m’aider ?
- Peut-être. Tout dépend de ton problème. Et puis je ne peux rien faire si je ne sais pas de quoi il en retourne. En tout cas, ce ne doit pas être trop grave car tu es toujours le même, il faut te comprendre à demi-mot et presque lire dans tes pensées. Tu sais qu’à part moi il n’y a personne qui en soit capable ? Que feras-tu quand tu te retrouveras seul, loin de moi ? Mais on en parlera une autre fois, petit frère. Dis moi ton problème et je verrais ce que je peux faire pour te tirer de ton mauvais pas.
- Il ne s’agit d’une faute que j’ai commise mais de quelque chose qui m’est arrivé et qui m’a grandement troublé.
Jusque là, 2648 était resté à moitié couché, appuyé sur un coude mais à l’énoncer de mes paroles, son intérêt s’éveille et il se relève pour s’asseoir avant de me faire signe de me poser à côté de lui. Une fois, installé je lui contai mon histoire sans omettre un détail. Puis j’attendis avec une certaine anxiété son avis. La peur me pris quand il tourna son visage vers moi. C’était un mélange de peur, d’envie et de tristesse. Dès ses premiers mots mon cœur se glaça au fond de moi.
"Je crains de ne pouvoir t’aider cette fois, petit frère. Tu as fais un choix dans cette forêt et tu dois t’y tenir maintenant, même si tu le regrettes. Je vais te parler une dernière fois, petit frère, et après nous ne nous verrons plus car ton choix t’éloigne trop de moi pour qu’on reste ami. Ecoute donc, je vais te raconter ce que ma mère m’a dit la seule fois où je l’ai vue. Une histoire de chez elle, une vieille histoire comme elle disait aussi. Le jour où je suis allé la voire, elle m’a demandé de m’asseoir à côté d’elle, comme tu l’es maintenant, puis elle m’a serré contre elle avant de commencer à parler d’une voix douce et triste. Il y avait une immense tristesse dans ses paroles mais dans ses yeux, aucune tristesse, juste de l’amour pour moi et de la haine pour le monde existant. Mais j’ai gardé précieusement ses paroles durant toutes ces années et je vais te les dire pour que tu comprennes.
Autrefois, le monde était différent. Et il n’y avait pas que le monde qui différait, nous aussi nous étions différent. Mais vois-tu, le chaos s’installait peu à peu. Les hommes d’autrefois avait une chose à laquelle il tenait énormément, cette chose fut leur perte car dans leur envie de la sauvegarder, il la tuèrent pour fonder le monde que nous connaissons maintenant. Cette chose si précieuse se nommait la liberté. Tu te demandes ce que c’est je suppose ? En fait la liberté permet à un individu de faire ce qu’il veut dans la mesure où il ne gène pas les autres. Mais vois-tu, à vouloir trop de liberté, ils ont oublié qu’il fallait aussi des limites pour empêcher le monde de s’effondrer et quand ils l’ont vu, c’était trop tard. Beaucoup trop tard. Le chaos s’était installé, les gens se sautaient dessus au moindre problème disant qu’on attaquait leur liberté et qu’on les empêchait de vivre comme il le voulait. Le monde s’effondrait sur lui et rien n’allait plus. Tout était corrompu, la justice et le bonheur avaient disparus au profit de cette sacro sainte liberté. Et quand le monde va mal, certaine personne en profite pour le meilleur comme pour le pire. Un jour un groupe d’hommes et de femmes décida qu’il fallait rendre au monde son éclat d’antan et pour cela il ont instauré une discipline de fer pour faire face au chaos environnant. Peu à peu de plus en plus de monde fut convaincu que leur système était le bon et que c’était le seul moyen de sauver ce que pouvait l’être. Ainsi est née notre époque. Mais vois-tu, mon fils, malgré tout, leur idée n’était pas la bonne. Trop de liberté est néfaste mais il en faut quand même pour permettre au monde de se développer et de ne pas finir dans l’oubli. Il faut réussir à arriver à un juste milieu…
Pourquoi je te parle de ça à toi ? Toi qui n’est encore qu’un jeune enfant et qui a tout ce qu’il désire ne voulant par conséquent voir aucun changement survenir dans sa vie. C’est simple mon fils, malgré le fait que je sois enfermé toute la journée dans cette pièce en attente dans mon prochain amant, je réussi à me tenir au courant des agissements de mon unique enfant. Ainsi j’ai appris que toi qui pouvais manger ce que tu veux et quand tu le veux tu vas voler de la nourriture. J’avoue que je m’interroge. Pourquoi as-tu volé cette nourriture toi qui n’en nul besoin ? La réponse m’est apparue un soir, c’est parc que tu désires une vie différente de celle qui t’est offerte, n’est-ce pas ? Je suis désolé de te décevoir, mon fils, mais tu ne pourras jamais devenir ce que tu n’es pas. Le destin ne fut pas aussi généreux avec toi. De départ, ton seul rôle consiste à être un reproducteur mais ce n’est pas tout. Parfois, naissent des enfants qui voient le monde d’un regard différent du nôtre. Ma mort est proche et je sais donc qu’un tel enfant va bientôt naître. Il sera pareil aux autres, il pourra être triste, heureux, il pourra donner la vie comme la mort. Mais surtout, ce qui va le changer des autres c’est le fait que lui, il aura le choix…Le choix de quoi ? De sa vie. Même si il ne le verra pas, même si il ne verra pas, il sera le seul à pouvoir choisir qu’elle sera sa vie. Ce sera à la fois son fardeau et sa chance. Et toi mon fils, tu vas le reconnaître."
Je suis intervenu pour la première fois dans la conversation. Jusque là elle m’avait presque hypnotisé mais là je fut comme réveillé.
- Mais, comment pourrai-je le reconnaître si je ne le connais pas ? Et je ferai quoi de lui. Je ne comprends pas les garçons de mon âge alors pour un plus jeune ça ne va pas aller. Et puis si je m’intéresse trop à lui, on va se poser des questions et je ne serai plus tranquille. En plus, ils sont tous bêtes ici. Ils ne font rien qu’obéir à ce que je dis. Si je voulais qu’ils meurent, ils le feraient sans poser de question. Ce n’est pas drôle.
- Alala, tu restes malgré tout un jeune enfant. C’est tant mieux. En fait, ce n’est pas tes yeux qui vont le reconnaître mais ton cœur. Ton rôle est simple, tu vas devoir lui apprendre la joie de vivre et de se poser des questions. En plus, tues le seul à voir le monde différemment du fait que tu n’es pas totalement comme eux. N’oublie pas que tu viens d’un autre pays et quand tes veines coule un sang différent tout en étant semblable. Tu ne comprends, n’est-ce pas ? Mais un jour tu comprendras. Maintenant, tu vas partir et on ne se verra plus. Mais avant ton départ laisse moi te dire encore deux choses.
Tout d’abord, je peux t’assurer que tu ne regretteras pas de l’aider. Tu trouveras en lui un ami fidèle et attentionné. Il mettra un peu de soleil dans tes sombres journées alors que toi tu lui apprendras les valeurs de l’ancien monde, tu les connais même si tu ne t’en rends pas comptes.
Ensuite, ce que je vais te dire, va te faire souffrir mais il vaut mieux que tu le saches par avance pour que tu évites de trop t’accrocher le moment venu. Quand tu le verras, tu le sentiras tout de suite. Pour toi, il sera comme ton complément, ta deuxième moitié si tu veux. Mais le contraire serait faux, il ne verra en toi pas plus qu’un bon ami sans ressentir la même à se trouver à tes côtés. Et puis, un jour, il devra faire son premier choix. Pour ce choix, tu ne seras pas présent et je crains pour que tu doives prier qu’il fasse le choix de t’abandonner. Car si ton aide lui sera précieuse dans ses premières années, elle deviendra néfaste par la suite. Quand le moment sera venu pour lui de faire ce choix, tu le saura, de la même manière que tu as su le reconnaître mais si la première était signe de joie et de bonheur la seconde ne sera que tristesse et solitude.
Maintenant, vas-t’en. Je dois me faire belle pour ma nuit et tu devrais être parti depuis longtemps.
A la fin du récit de mon ami, je suis resté silencieux bien longtemps. Je ne comprenais pas. J’avais l’impression que le monde que je connaissais s’écroulait autour de moi. Je trouvais ça injuste. Pourquoi moi ? Cette question était la seul chose que restait fixe dans mon esprit. Tout le reste partait en fumée. Je regardais mon ami, quêtant une aide quelconque. Mais rien, il me regardait, avec dans les yeux une immense tristesse, telle que je n’en avais jamais vue et que je n’en n’ai plus vue. Il tenta de me faire un de ses sourire, comme lorsque qu’on était complice dans un vol de nourriture. On est poursuivi et on doit se séparer. C’était le sourire qu’il me faisait toujours, style « pas de souci pour moi, file. Je te rejoins bientôt. » Mais là, je savais que je ne le verrais plus. Je ne voulais pas partir. C’était on ami. Pourquoi aurais-je dû le quitter alors qu’il ne me faisait aucun mal. J’allai le lui dire mais il me devança.
- Allez, petit frère. Il est temps pour toi de partir et de commencer à vivre par toi-même. Ma mère avait raison sur toute la ligne. Depuis le jour où je t’ai vu j’ai passé mes nuits à prier pour que ton fasses le bon choix, celui de partir, et mes journées je les passais à prier pour que tu fasses le mauvais et que tu restes près de moi. C’est nul, hein ? Je n’ai jamais aimé personne ici. Je les trouvais fade et sans envies personnelles. Mais quand je me compare à toi, je me sens fade et sans envies personnelles. Comme ces personnes que je déteste tant. Pfff, vraiment pathétique.
- Moi, je ne veux pas te quitter. D’ailleurs je ne vois pas pourquoi je devrais te quitter. Tu m’as toujours aidé. Tu n’as qu’à venir avec dans la forêt la prochaine fois. Je suis sûr que le vieil homme sera d’accord. Il est très gentil, tu verras. Et puis, il donne toujours le sourire. Dès que tu le vois, tu ne penses plus qu’aux bons côtés de la vie. Viens avec moi.
Je suis perdu sans toi. Qui vas m’aider quand j’aurai un problème ? Et qui va me remonter le moral quand je serai triste ? Et puis toi ? Qui sera là pour t’aider à chiper la nourriture ? C’est pas une bonne idée. Et puis ta mère était en train de mourir quand elle t’a parlé. Elle a pu se tromper.
Il a secoué la tête, l’air encor plus triste qu’avant. Puis, son regard changea et se fit plus dur
"Tu compliques vraiment tout, petit frère. Si tu dois partir, c’est parce que je ne peux plus t’aider. C’est tout. En plus, toi tu ne peux plus m’aider. Je vais bientôt commencer à faire de la reproduction et dès ce moment je sera trop occuper à copuler pour m’occuper de toi. Tu vois ce que je veux dire, petit frère ? La raison de notre séparation est simple, je n’ai plus besoin de toi. Et toi tu n’as plus besoin de moi, bien que ce ne soit qu’un détail. Tes besoins m’importent peu. Au fond, tu es presque pareil aux autres. Juste un peu plus imaginatif, peut-être. Et j’en doute vu ton comportement présent. Tu es resté un pauvre gamin qui ne comprend rien à rien. Je pensais te laisser un bon souvenir de moi en récompense de ton investissement envers moi mais comme tu fiches tout en l’air, je crains de devoir me montrer sous mon vrai jour.
Je vais être simple. Tu quittes cette chambre et tu n’y reviens pas. Compris ?"
Je ne comprenais pas. Pourquoi faisait-il ça ? Sur le coup je l’ai hait comme je n’avais jamais hait. Aujourd’hui, après tant d e temps j’ai enfin compris que de nous deux c’est lui qui avait le plus souffert de notre séparation et de son attitude envers moi. J’ai aussi compris que c’était nécessaire. A la longue, on se serai ralenti l’un l’autre et on n’aurait rien fait de notre vie. Mais ce que j’ai pu souffrir. Comme j’ai eu mal. J’ai eu l’impression que je venais d’être trahi par mon seul ami. Imaginez un peu. Celui que vous preniez pour votre seul ami vous dis qu’en fait il ne vous aime pas et qu’il est resté juste parce que vous le faisiez bien rire par vos idioties. Affreux. Il me fallu du temps pour parler et les paroles que j’ai prononcée, je les regrette aujourd’hui. Maintenant que j’ai compris.
"Pourquoi tu dis ça ? Moi je ne lais pas partir ! Je voulais rester avec toi ! Puisque que c’est comme ça et bien je te déteste ! Je te hais ! Tu veux plus me voire ? Très bien ! Pour moi tu n’existes plus dorénavant. Mon ami est mort ! Toi tu es quelqu’un d’autre ! J’espère que tu vas mourir jeune et que tu souffriras beaucoup ! Sal rat ! Vlog puant !"
Après ces paroles haineuses, plus le fruit d’une grande tristesse que d’une haine réelle, je suis parti en courant. Si je m’étais retourné peu après j’aurai vu mon pauvre ami effondré sur son lit pleurant autant qu’il le pouvait mais le faisant en silence pour ne pas m’alerter.
Arrivé dans mon dortoir, je fais la même chose que lui. Je me suis effondré pour pleurer autant que je le pouvais A la différence que moi je pouvais au moins le faire sans devoir me cacher. Combien de temps je suis resté ainsi, étendu sur mon lit ? Une heure ? Une minute ? Plus ? Moins ?
Aucune idée. Mais quand j’eus séché mes larmes, ma décision était prise. J’allais suivre les cours du vieil homme dans la forêt et le moment venu, quand j’en saurai assez, je partirai pour ne plus revenir.