Comme un spectre au cri déchirant
Dont les lambeaux de brume épars
Voilent le regard perdu, hagard
Je fuis en pleurant
Course éperdue dans l'abîme ténébreux
Avant-garde de ce monde odieux
Tandis que l'écho de ma douleur
Au loin se répercute et meurt
La vallée qu'entourent les rochers
Aux pointes aiguisées où sont capturées
Image de terreur, les âmes torturées
Figées dans la pierre pour l'éternité
Cette vallée s'étend
Et plus je la parcours
Plus les fantômes, sinistres amants
Dans mon sillage accourent
Tout est ténèbre et l'oeil immense
S'ouvre et sur le spectacle se fige
La terrible créature avance
Et autour de moi nul homme-lige
Seulement la réminiscence d'un songe
Ce n'était pour toi qu'un mensonge
Dans lequel tu m'as précipité
Avant de retourner vers ta belle voler
Tout se brouille, le ciel se confond
Avec la terre desséchée, craquelée
Tandis que le dragon, ailes déployés
Sur le malheureux fond
Il n'y a plus ni temps ni espace
Seulement existe le cauchemar
Et le ballet des morts avec son étrange grâce
De la Raison j'ai perdu toutes les amarres
En leur étreinte sans pitié, les serres
Me déchiquètent, me lacèrent
Et moi, j'en viens à rire autant qu'à pleurer
Plus rien n'a d'importance à mes yeux embués
Voici que les griffes attrapent mon coeur broyé
Et de la gueule avide approchent
L'organe ensanglanté qui continue de pulser
Battant à coups frénétiques, comme un reproche
Un reproche à l'acceptation de mon sort
J'ai cessé de lutter dans ce combat acharné
Où je n'étais qu'un jouet, pantin grotesque et désarticulé
Qui partout te voyait encore
Même dans cet oeil gigantesque et doré
Se reflète ton image déformée
Dernier souvenir que chantera
Le spectre que tu as fait de moi