Chapitre 4 : Le retour à la vie
Arsinia se réveillait enfin. Cela faisait trois jours qu’il luttait contre la mort, contre la drogue qui ravageait ses veines, contre les blessures qui recouvraient son corps. Mais il avait enfin gagné. Enfin une bonne nouvelle pour Ilgora qui commençait à voir son seul « ami » mort. Oui Ilgora avait enfin pu ressentir quelque chose pour un être humain il avait appris dans cette épreuve qu’Arsinia était plus qu’un maître, plus qu’un professeur, c’était son ami. Il ne doutait pas non plus d'Arsinia, qui n’avait cessé de répéter son nom lors de sa lente récupération, de son lent retour à la vie. Arsinia n’avait prononcé que deux mots depuis trois jours : Ilgora sauveur.
Ilgora avait tant pensé ces trois jours durant qu’il était plein de questions, plein d’envie, plein d’espoir pour la vie sur cette terre. Il avait retracé son parcours depuis son village jusqu’à cette cité. Il avait pris conscience de son évolution et de son éloignement de la vie, il était sans aucun doute le plus puissant guerrier, mais il avait légèrement dévié de son but premier : se venger. Il avait compris aussi qui était à l’origine du complot contre son ancien régiment, contre ses anciens compagnons de nuit. Mais il n’arrivait pas vraiment à s’expliquer pourquoi son ancien maître avait agit comme cela.
Il n’avait pas envie de vengeance ; il avait changé d’ami, troqué la féminité contre la vraie amitié celle que seuls les hommes partagent après le combat, après la mort. Il pouvait enfin pardonner mais d’abord il lui fallait comprendre ; comprendre pourquoi on voulait les éliminer.
Il était temps pour le vieux mage. Son temps était venu à lui de prendre des mains d’Arsinia l’éducation d’Ilgora, et à son tour, il devrait la passer dans d’autres mains ; à lui de trouver les bonnes. Le temps de son voyage et il retrouverait l’homme qu’il avait déjà croisé une fois et à qui il devra apprendre son art : la magie. Il espérait aussi pouvoir lui apprendre le bien et le mal pour qu’il sache que le bien n’est pas forcément où on le croit. Bien il fallait préparer ces affaires, prévoir plus d’argent que pour un apprenti normal, il allait former le nouveau maître.
Il fallait à Ilgora trouver un nouveau travail, pour se reconstruire et redevenir un homme ; tout cela allait être difficile. Ils ne pouvaient plus mettre les pieds en ville sans risque de perdre la vie, maintenant qu’il y tenait, il serait bête de perdre sa nouvelle amie. Il entendit des bruits dans le bas de la grange où ils étaient réfugiés, pourtant elle lui avait semblé bien abandonnée. L’armée les chercherait-elle partout dans le royaume et donc dans cette grange ? Non, Ilgora aperçut à travers les trous du plancher un vieil homme, tout de blanc vêtu sans armes. L’homme s’installait tout simplement dans le bas de la grange. Mais cet homme Ilgora se souvenait l’avoir déjà vu, non c’était impossible, il ne pouvait l’avoir vu car il n’avait encore jamais vu de magicien.
Une voix interpella le jeune homme :
« Arrête de m’observer Ilgora ainsi et descend donc que je me présente. »
Ilgora surpris fit un pas en arrière et faillit trébucher sur Arsinia qui venait à peine de se rendormir. Mais comment cet homme savait-il son nom, comment savait-il où il se cachait ? Ilgora n’avait qu’une seule chose à faire descendre et toutes ses questions trouveraient réponses. De plus l’homme n’avait pas l’air d’avoir de mauvaise intention, il n’avait pas l’air bien fort, ni même bien agile. Ilgora pensait n’avoir rien à craindre de cet homme, et pourtant il aurait pu. Mais le Magicien n’avait pas de mauvaise intention, pour le moment en tout cas.
- Hé bien tu en as mis du temps pour descendre un simple escalier, j’ai bien cru que tu avais fui par la fenêtre du haut, enfin bon même si tu n’aurais pas pu faire sauter ton ami.
- Excusez-moi mais comment savez-vous tout cela, comment êtes-vous arrivé ici ? Pourquoi vous m’appelez par mon nom ?
- Ah désolé je vais me présenter, tout s’expliquera alors pour toi. Je suis Arlakan propriétaire de ces lieux et maître Poète. Je joue avec les mots et donne naissance à mon art … la magie !
- Hein ? La magie n’existe pas. C’est juste un amusement pour les enfants le dimanche à la foire. Jeu de passe-passe et autres tours de magie ne sont qu’illusions et farces.
- Je ne te parle pas de cette magie, magie de pacotille qui ne devrait porter ce nom mais je te parle de la vrai de l’unique source de pouvoir connue à ce jour. La force ne vaut rien contre-elle même le meilleur guerrier du monde ne pourrait me vaincre. Il me suffit de prononcer quelques mots, mais pas n’importe-les quels …
- Abracadabra ?
Ilgora éclata de rire cela lui fit un bien fou, voilà presque deux ans qu’il n’avait pas ri.
- Non, je ne te parle pas de folklore mais bel et bien d’un pouvoir immense. Je ne te demanderai rien en échange de mon instruction telle est la règle des magiciens. La deuxième règle est que tous ceux qui connaissent l’existence de la magie sont des magiciens. Si tu refuses tu devras mourir.
- Quoi ?
Ilgora venait de perdre son beau sourire, lui qui ne voulait plus de mort, voilà qu’il la recroisait.
- Je crois que je n’ai pas beaucoup le choix. Mais je ne veux plus me battre. Même si je n’ai aucune preuve de son existence, j’accepte votre offre j’ai beaucoup de temps libre devant moi. Mais avant toute chose je veux une preuve, donnez-moi en une !
- Avec plaisir mon jeune élève.
L’intonation de la voix du maître avait bien changé ; une fine fumée blanche sortie de sa bouche lorsqu’il prononça ces mots. Ilgora crut qu’il allait brûler vif mais le mage disparut et réapparut en quelques secondes. Ilgora reconnut alors le vieil homme, il l’avait croisé sur la route de Sirga.
Maintenant il savait que son destin serait lié à celui d'Arlakan. Mais pour combien de temps ? Personne ne pouvait répondre, même le mage ne connaissait pas le futur.
Quelques heures plus tard, Ilgora ne s’était toujours pas remis de ce qu’il avait vu. Pour lui tout cela était impossible, la magie ne pouvait exister. Mais si elle était là et apparemment partout dans notre monde. Impossible répétait la conscience d’Ilgora, mais son cœur ne pouvait qu’y croire. Il lui tardait d’apprendre cet art inconnu du public, mais déjà bon nombre de questions lui traversaient l’esprit. Il monta prendre des nouvelles d’Arsinia, mais il dormait toujours.
- Ne t’inquiète pas, ce n’est pas réel, souffla le mage.
- Quoi ? Comment est-ce possible ? C’est, c’est mon seul ami, ma seule mémoire … Ilgora blêmit, il ne comprenait pas, il ne pouvait comprendre cela.
- Je suis désolé mais ton ami n’est qu’un phage, un être créé par la magie capable d’être humain. Sa mission est finie ici, il ne sait plus quoi faire alors il veille. Il nous servira de garde. Je sais que c’est dur moi aussi je suis passé par-là, moi aussi j’ai cru avoir un ami très proche, mais lui aussi n’était qu’un phage. Tous les futurs magiciens rencontrent un phage c’est le début de leur initiation, elle est différente pour chacun de nous. Unique on ne peut prévoir l’épreuve qui nous attend. La tienne était d’oublier ta haine, mais pas ceux qui l’ont provoquée.
- Mais pourquoi ? Pourquoi devoir subir tout cela ?
- Je n’ai pas toutes les réponses mais je crois qu’il nous faut être testé par la magie, c’est elle qui créée les phages à nous de les reconnaître. Et de comprendre leur but. Mais tu apprendras à les reconnaître, à ce moment là tu maîtriseras la magie.
- Mais tu as dis qu’il nous servira de garde, tu ne le maîtrises pas ? Tu ne peux grâce à ta magie le faire revivre.
- Je n’ai pas ces pouvoirs, seule la magie le peut. S’il n’avait pas une nouvelle tâche il serait déjà parti, comprends-tu ?
- Non ? Je ne comprends pas cette magie, ne fait-elle que le mal ?
- Non. Elle n’est ni bonne ni mauvaise, elle poursuit seulement son but. Et personne ne sait qui il est. Peut-être que tu le découvriras un jour. Il se fait tard, allons nous coucher demain une nouvelle vie commence pour toi, tu vas devenir magicien.
Ilgora ne pouvait s’empêcher de croire que son ami vivait toujours, qu’il serait toujours là pour lui. Peut-être qu’un jour il le ferait revivre, rien n’était sûr dans ce monde pour lui. Il pouvait tout voir, tout entendre ; mais il allait croire peu de chose.