Chapitre 1
Les flammes montaient par-dessus la colonie. Ilgora courait tant qu’il pouvait, il venait d’avoir un mauvais présage comme si aujourd’hui marquait son passage de l’enfance à l’âge adulte, comme si aujourd’hui était l’aube d’une nouvelle vie.
Une lumière rouge orangée couvrait le village qui n’était plus qu’un brasier où même le Baron Cornu n’aurait pu survivre.
Son bras qu’il ne contrôlait déjà plus saisit sa dague, l’arrachant de son nid. Mais lorsqu’il pénétra dans le village, il ne vit que les capes noires des chevaliers s’en aller. Un détail le frappa : un triangle d’or surmonté d’un soleil rouge. Le bruit sourd de leurs sabots se mêlait aux cris et aux râles s’échappant des flammes. Ilgora sombra dans un désespoir total lorsqu’il vit la chaumière de son père réduite en cendres. Il n’imaginait pas ses parents morts mais il découvrit le corps gisant dans la cour de son père. Brûlant encore mais le pire n’était pas là, sa tête était empalée sur une torche, le feu sortait de ses orbites. Il s’effondra en larmes, imaginant le sort de sa mère, de Bekia sa sœur aînée, et Sartos son jeune frère. Quand il reprit ses esprits, la masure comme le village n’était plus qu’un lointain souvenir. Le corps de son père était entièrement consumé, tout comme sa tête d’ailleurs.
Après une longue errance de son esprit, et ces questions "Pourquoi ? Qui ? Pourquoi, lui, avait-il survécu ?" il retrouva ses esprits mais il n’était plus le gentil garçon que son village avait tant connu et aimé. Aujourd’hui il enterrait ces parents, toute sa famille, tout son village, c’est comme si en un soir les dieux avaient voulu qu’il n’ait plus de passé, plus d’attache. Il ne restait que ses habits et sa dague comme passé, comme souvenirs. Il ne restait rien d’autre, si une blessure qui venait de s’ouvrir : une vengeance à accomplir, une douleur à apaiser. Sur la tombe de son père il mêla son sang à la terre calcinée de son village. Il passa un pacte avec cette terre jurant de la venger quelqu'en soit le prix à payer, même si il était jeune et sans formation, il atteindrait sont but.
A peine sorti de son village, il croisa un vieil homme, tout de blanc vêtu, il ne savait pas encore à qui il avait à faire. Cet homme était l’un des plus grands mages des terres. Ilgora le salua. Le Mage lui répondit d’un hochement de tête et continua son chemin. Il n’était pas encore temps de lui parler. "Quand le jour viendra, il sera près à recevoir mon enseignement" pensa le vieux mage avant de disparaître dans un tourbillon de vent.
Où aller ? Que faire ? Par où commencer pour chercher ? Le jeune homme ne savait pas quoi faire. Soudain une idée éclaira la noirceur de ses pensés. Commencer une formation militaire voilà ce qu’il devait faire car oui il procédait une dague, mais à part chasser il n’avait jamais fait autre chose. Cette dague lui avait été offerte par son père, forgeron de son vivant pour son 17ème hiver.
Ses vêtements recouverts de suie, de terre, signe d’un passé inoubliable, le démarquaient du reste de voyageurs qui se rendait à Sirga, capitale de la province de Sirkol. Ici il pourrait devenir militaire sans peine car le Seigneur en place à l’heure actuelle aimait avoir une armée toujours active : conquête, défense du territoire, croisade, rien ne manquait pour assouvir son désir de sang et de gloire. Il y trouverait bien une formation militaire. Le plus dure serait de partir d’ici une fois le temps venu de poursuivre sa quête de vengeance. Mais pour le moment il n’en avait que faire…
Chapitre 2
Cela faisait plusieurs mois que Ilgora était arrivé dans la cité de Sirdar. Il avait bien changé depuis son départ de sa terre. Il vivait dans une petite pension près de la fortification extérieure appelée la ceinture noire. Ses murs étaient fait de pierre de lave ; ils étaient les seuls signes d’une activité volcanique dans la région. Même d’après les anciens, nom donné à tous ceux qui touchaient de près ou de loin à la science, il ne pouvait y avoir eu d’activité d’un volcan dans ces lieux. Le mystère de ces murs dit magiques restait entier pour tous ceux qui avaient franchi les lourdes portes de la ville.
Depuis son arrivé il s’était rendu au bureau de recrutement : il servait maintenant dans l’escouade des écorcheurs. Boulot où il ne fallait pas avoir de moral, ils servaient dans les bas fonds de la ville comme à la cours : tuer, détruire tous ceux qui complotaient contre le Seigneur de Sirdar. Il avait suivi comme tous la formation initiale d’aspirant, tous devaient passer par-là. Elle permettait de mieux connaître l’élève et de pouvoir l’attribuer à la bonne escouade ou au bon corps d’armée. La majorité des aspirants partait pour l’armée régulière, les plus chanceux quant à eux étaient attribués à la garnison de la ville ou de la région, ceci leur permettait de rester auprès de leur famille et de leurs amis. Mais ceux qui étaient attribués à l’armée régulière ne pouvaient espérer revenir à Sirdar qu’un fois tous les deux hivers au mieux. Mais peu d’hommes étaient affectés aux écorcheurs, autrement nommés « Les assassins rampants ». Ils servaient le Seigneur sans discuter et sans dire un mot. Ils n'étaient là que pour tuer et apeurer ceux qui voudraient s’opposer au Seigneur. Leur existence n’était pas officielle ce qui rendait leur vie plus facile ; ils pouvaient se dire serveurs ou encore artistes. Bon nombre de notables qui, par leur engagement politique, pouvaient craindre pour leur vie engageaient une bonne escorte de mercenaires. Mais même les meilleurs mercenaires du monde n’auraient pas pu arrêter les écorcheurs.
Ilgora ne se plaignait pas de sa nouvelle vie. Sa solde était bonne et il avait beaucoup de temps libre qu’il passait soit dans des tavernes, soit dans des duels qu’il gagnait haut la main ou encore à s’entraîner à un nouvel art de tuer. Son art préféré restait le couteau. Tapi dans l’ombre, il était invisible pour sa malheureuse proie. Il hésitait parfois à lancer au dernier moment son couteau mais il préférait sentir le souffle de sa victime s’éteindre contre son oreille. Le corps à corps était sans doute son art de tuer préféré, mais il était le meilleur : lors des duels c’est comme si il pouvait parler avec son arme, il ne faisait plus qu’un avec elle. En quelque mois il avait dépassé ses maîtres et ne trouvait plus aucun plaisir à tuer de cette manière mais c’était une belle façon de passer son temps dans les bas quartiers où il escrimait de sa main faible : la gauche ; laissant ainsi une chance à son adversaire de fuir avant une mort certaine.
Le mage qu’il avait croisé sur sa route pour Sirdar l’observait en secret, se réjouissant de la progression fulgurante de son protégé. Il avait bien fait de choisir cette âme pour devenir son élève. Il pourrait aussi le servir pour la destruction de l’ordre ennemi du sien. Le sage attendait patiemment son heure, il n’était plus à une année près. Prendre trop tôt sous son aile Ilgora serait un trop grand risque qu’il ne pouvait prendre. Ilgora le surpasserait sans doute en puissance et en maîtrise mais un apprentissage trop rapide mettrait en péril la stabilité de sa magie et donc de sa puissance. Le jour viendrait où il serait temps.
Ilgora avait tout de suite séduit le maître d’arme Gorniak. Gorniak avait senti que le passé de son jeune élève avait détruit en lui toute pitié, ainsi que tout sentiment de peur. Dès le premier jour il avait senti qu’il serait un des excellents écorcheurs. Il l’avait montré au bout de quelques jours à Arsinia, chef des écorcheurs qui avait été du même avis. Un large sourire s’était dessiné sur ses lèvres lorsqu’il avait vu à l’oeuvre le jeune mais très prometteur aspirant. Il avait battu d’abord tous ses compagnons de promotion à l’école militaire de Sirdar puis avait commencé à défier ses maîtres seulement au bout de deux mois d’enseignement. On aurait cru qu’il avait déjà vingt ans d’enseignements de l’art de manier le couteau ou l’épée, même les plus redoutables chasseurs n’avaient pas ce niveau de maîtrise même à l’arc. Il était né pour se battre et même plus avaient pensé les deux maîtres. Ils se doutaient vraiment qu’il n’avait pas un simple destin, il deviendrait grand. Eux pensaient qu’il serait le plus grand écorcheur, là ils se trompaient.
"Ce soir là, encore une mission de routine", ce dit Ilgora en se rendant à la masure qui servait de caserne aux écorcheurs. Les voisins devaient se demander ce qui se passait dans cette maison de trois étages crasseuse, ne se démarquant pas du reste du quartier d’ailleurs, car il n’y avait aucune entrée et sortie en tout cas par les portes visibles ; car oui l’entrée était souterraine, il fallait descendre dans les anciennes catacombes de la ville depuis le cimetière qui était à l’extérieur de la ville à quelques lieux. Ilgora aimait passer par le quartier des mercenaires, il y avait toujours un ou deux hommes ivres près à défier qui passerait par-là ; une sorte d’échauffement pour lui et sa lame qui buvait leur sang, se réchauffant de leur fluide coulant sur sa garde. Puis il se glissa dans l’entrée des catacombes située juste après la dernière taverne. Il naviguait dans le royaume des rats et des mendiants sans torche préférant l’obscurité. Si il pouvait occire un ou deux hommes de plus lui et sa lame ne s’en plaindraient pas. Le voilà enfin arrivé à l’entrée souterraine de leur repaire. La battisse de l’extérieur faisait vieillie et vide, mais de l’intérieur on n’y était comme dans un petit palais, nombre d’écorcheurs vivaient dedans. La pièce centrale était percée : sur les trois étages un braisier était positionné au centre. Elle servait de salle de réunion il y avait un grand tapis pourpre barré par deux épées noires qui donnait à toute la pièce ainsi qu’à toutes les autres une lumière pourpre apaisant mais commençant l’appel au sang. Tous les écorcheurs étaient déjà dans la pièce… Ilgora se pressa de prendre sa place. Arsinia pris la parole ce qu’il avait annoncé n’était pas une mission de routine mais un vrai massacre qu’il allait réveiller en Ilgora des souvenirs bien douloureux, lui qui pourtant n’avait jamais éprouvé un sentiment depuis près d’un an. Bientôt il fêterait son 19ème hiver seul.