Chapitre 1 : La rencontre
- Anne, pourras-tu passer à la boulangerie acheter deux baguettes ?
Je fais la sourde oreille car avec Marie, c'est sans cesse la même histoire : si je l'écoute je vais être chargée comme une mule.
Comme à mon habitude, je peaufine mon maquillage dès neuf heures du matin devant le miroir, du noir sous les yeux ainsi que sur mes lèvres. Je me trouve trop maigre, il me faudrait quelques centimètres de tour de poitrine en plus. J'ai dix-sept ans et je suis plate telle un garçon !
Ma mère me regarde.
- Tu es bien jolie ce matin ! dit-elle ironique
- Comme si les gothiques étaient faites pour être belles, répondis-je d'un ton sarcastique
- Ce n'est qu'un style ma chérie, rétorque-t-elle
Et voilà qu'elle recommence avec ses allusions. Je prends mon skate pour me rendre au lycée; ma mère me hèle d'un ton enjoué pour me rappeler de ne pas oublier le pain. Comme si j'allais ne pas m'en souvenir. Elle est en permanence sur mon dos! A mon arrivée au lycée, j'entends quelqu'un m'appeler: c'est mon frère Tony ! C'est une vraie conspiration! Avec eux deux, je ne peux pas vivre en paix. Je me retourne et l'envoie sur les roses.
- Tu n'en as pas marre de me suivre partout ? On dirait un vrai petit chien qui suit son maître. Maman, puis toi, je ne peux donc pas souffler !
Au lieu de se fâcher il éclate de rire. Au fond il est gentil, indiscret, envahissant, mais sympa. Il faut se rendre à l'évidence, après tout il est mon frère !
Tony me demande :
- A quelle heure finis-tu?
- A dix-huit heures, pourquoi?
- Veux-tu que je vienne te chercher à la fin des cours ?
- Non ça ira, lui dis-je, j'ai déjà un chauffeur. Max a gentiment proposé de me raccompagner.
Mon frère s'éclipsa. A ce moment-là Max me rejoint, le sourire aux lèvres :
- Salut, ça va?
- Oui, bien merci.
Max est un de mes meilleurs amis d'enfance, il est juste sympathique, tolérant c'est à dire il est le seul à m'accepter comme je suis: une gothique coincée. Physiquement, il est roux avec des tâches de rousseur plein le visage, il ressemble à un joueur de basketball car il est très grand et a un sourire angélique. Nous rentrons en cours de français avec Madame Chau, quand soudain je remarque un nouvel élève. Je distingue difficilement ses traits du visage car il est de profil mais je sens mon coeur battre la chamade. Ma tête comme une danse se met également à tourner et je m'évanouis. A mon réveil je me trouve à l'infirmerie. A mon chevet se tiennent Max et le bel inconnu. Mes yeux se posèrent sur lui, je ne peux détacher mon regard de son attrayant visage.
- Bonjour, balbutie-je.
- Salut, me répond-il gracieusement, te sens-tu mieux ?
Je n'ai pas le temps de répliquer que l'infirmière les met dehors prétextant que je dois me reposer.
- J'aimerais qu'ils restent !
- Il en est hors de question ! Ce n'est pas une garderie ici ! dit-elle sèchement
- Alors je retourne en cours !
- Tes parents ont été prévenus, ils vont arriver d'une minute à l'autre. Alors ne bouge pas !
Ma mère va encore me chouchouter pendant des heures ! Alors je demande si le beau jeune homme peut venir me voir un instant. Il s'approche de moi, je ne peux prononcer un mot devant son regard si pénétrant. Il me regarde et repart sans me dire un traître mot. Je suis déçue de cette première entrevue avec lui. Je reprends des forces quand ma mère arrive. Me serrant dans ses bras je rougis subitement. Je rentre furieuse avec Marie. Il m'a totalement ignorée, lui qui m'aurait emmenée à l'infirmerie d'après Max ! Il est resté indifférent bien qu'il m'ait sauvé la vie! Arrivées à la maison, je demeure muette face aux questions de ma mère. Puis armée d'une paire de lunettes je m'expose aux chaleureux rayons du soleil. Tout en me faisant bronzer je m'efforce de ne point penser à lui, c'est plus fort que moi. Il parait si mystérieux, je m'interroge à son sujet. Quel genre de garçon peut-il être pour ignorer de la sorte une fille ?
A dix-neuf heures, ma mère m'annonce que c'est l'heure du dîner. Elle vient à nouveau de gâcher un de mes rêves... Elle a concocté un succulent repas composé d'une salade verte suivit d'un plat de spaghetti maison pour me redonner des forces ! Je finis mon repas quand soudain quelqu'un frappe à la porte. Ma mère avance jusqu'elle et l'ouvre. J'observe avec stupeur puis vois apparaître Max apportant mes devoirs sous la pluie, il est tout mouillé ! Je suis heureuse et surprise à la fois de sa visite. Cela ne fait que quelques heures que j'ai quitté l'établissement scolaire. Je propose à Max de déguster le dessert avec nous. Ma mère me soupçonne d'entretenir une liaison avec celui-ci. Ce n'est pas possible étant donné que c'est mon meilleur ami. Je ne désire pas lui briser le coeur, je veux conserver notre si belle amitié ! Je suis en générale une fille assez froide vis à vis du sexe opposé. Je suis déjà intéressée par quelqu'un d'autre...
Le lendemain matin à huit heures j'arrive au lycée avec vingt minutes de retard. Je présente mes excuses auprès de Max de l'avoir fait patienter. Il me regarde m'indiquant que je suis pardonnée. J'acquiesce d'un signe de tête. Nous nous installons à nos places respectives quand tout à coup je sens son regard se poser sur moi, je me retourne pour en avoir le coeur net .Il me toise, cela me semble irrationnel. La veille il n'avait ni jeté un seul regard sur moi ni adressé une parole. Je le trouve vraiment incompréhensible. C'est le plus mauvais cours de la journée ! Je me pose d'innombrables questions sur ce mystérieux jeune homme. Madame Cora m'interroge, étant donné que je n'ai pas appris ma leçon, j'obtiens une mauvaise note qui s'ajoute automatiquement à mon palmarès. Max et moi sortons de cours pour déjeuner, il me paie mon repas. Je détourne mon regard quelques instants mais je ne peux m'empêcher d'observer cet élève inconnu. Après le déjeuner nous passons la porte de la salle de science, Madame Chouler m'interpelle et m'ordonne d'aller au tableau. Les mathématiques ont toujours été mon point faible. J'ai l'impression que cet inconnu cherche à attirer mon attention. Son teint pâle qui laisse apparaître sous ses cheveux d'ébène un regard de braise. Je suis de nouveau éblouie. Après le cours il m'adresse la parole une seconde fois :
- Pourquoi m'observes-tu en cours ? demande-t-il d'un ton sarcastique.
- Mais toi aussi tu m'observes, rétorquai-je
- Tu es vraiment quelqu'un de lâche pour ne pas affronter mon regard.
D'un ton menaçant il me dit :
- Ne t'approche plus jamais et fuis moi !
- Pourquoi donc?
- Tu n'es pas en mesure de savoir ni de comprendre.
-Tu es une vraie énigme!!! m'exclamai-je
- Ne m'approche plus, s'écria-t-il, ne me regarde plus !
Et il reprend son chemin vers l'étude. Je reste bouche bée après ses propos. Je suis écoeurée de ces garçons. Je suis condamnée à rester seule toute ma vie. Je me sens blessée dans mon amour propre: c'est mon destin.