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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Science Fiction
Type de document : Conte

     
 
« Tu m’appartiens… »
Une voix susurre à mes oreilles.
Dans un demi-sommeil, je sens une brise légère, presque une caresse. Elle enveloppe mon corps, enlace mes seins et mes flans frémissent alors qu’elle embrasse mes cuisses.
 
Le baldaquin remue autour de moi…  « Tu m’appartiens ma douce… » Quel doux murmure ! Un frisson court sur mes épaules « A moi, toute entière… » Une brûlure dans le cou me sort de ma transe. Je m’éveille, engourdie par ses étranges sensations. Les draps bordeaux se confondent avec les épais baldaquins. Je m’assoie et écarte les tentures : il fait encore nuit…
J’allume la bougie sur la table de chevet… Un courant d’air m’effleure le visage et la bougie s’éteint… La baie vitrée qui donne sur le balcon est grande ouverte et les légers rideaux s’envolent vers la ville.
Je me lève et passe une robe. Le balcon… Sous mes yeux les lumières de la ville scintillent jusqu’à l’horizon.
Je sors. La brise me submerge comme une caresse et la pierre froide sous mes pieds me fait frissonner. « Tu n’as donc peur de rien ? » Cette voix dans ma tête…  « Non, viens, montre-toi. » J’hésite : « je suis à toi, à toi et à tes semblables.» J’ai à peine remué les lèvres, même pas un murmure.
 
Soudain, des mains froides et fortes m’attrapent les épaules et puis cette brûlure froide dans mon cou. Et mon sang s’envole. Des images m’emplissent l’esprit pour remplir le vide dans mon corps. Il me sert plus fort : « A moi, seulement à moi. » Que sa voix est dure à cet instant… Je tressaille… Les crocs se retirent, une goutte coule de mon cou…
J’ouvre les yeux. Quand les avais-je fermés ? Les lumières de la ville s'éloignent...
Je veux voler ! Voir jusqu’où s’étendent les lumières… Savoir combien de temps il mettra à réagir !
D’un pas rapide je me rapproche de la large rambarde de pierre. Je soulève les pans de ma robe et monte. Debout… Cette brise…caresse-moi encore ! J’écarte les bras et ferme les yeux, je sens le vide sous mes orteils… La tentation est trop forte… Je tombe dans le vide et l’air me porte et je le sens sur la moindre parcelle de mon corps : dans mes cheveux, sur ma peau, dans mes poumons… Et puis ses mains m’effleurent… Elles me retiennent à présent mais la brise, cette caresse ne cesse pas…
Et je vois, je vois les étoiles au-dessus, les lumières de la ville en dessous… Je vois avec mes yeux fermés…
La vie m’appartient ou plutôt ma vie lui appartient…
 
Cette brûlure… Ce froid dans mes veines, cette fièvre sur mon corps ! Et puis, l’herbe sous mes pieds, la fraîcheur sur le reste de mon corps. J’ouvre les yeux : les étoiles ont une lueur étrange, comme si un voile s’abaissait. Mes yeux se ferment tout seul, la vie me quitte…
Si seulement... si seulement j’avais pu revoir le  soleil une dernière fois, si seulement la flamme ne s’éteignait pas…
Des gouttes tombent sur mes lèvres, une pression humide sur ma bouche. L’odeur… puis le goût… et enfin la vie au bout de son poignet tendu.
La brûlure est dans mon ventre maintenant, dans mes veines. C’est moi qui fais s’envoler son sang à présent !
Et puis cette caresse sur la moindre parcelle de ma vie… j’aspire plus fort, le goût est trop bon !
Le poignet s’en va : non ne me laisse pas !
 
« Viens » le flou sur mes yeux ne s’est pas dissipé. Juste une ombre, aucun détail, en contre-jour… Il m’agrippe, la chaleur sur ma peau me fait mal maintenant. L’herbe frôle à peine mes pieds. Il court, peut être que l’on va voler ? Oh oui, voler… j’aime ça. Mon corps me brûle, quelle horrible sensation !
Il m’attrape la taille et le vent me fouette le visage. Quelle horreur cette brûlure dans mon ventre ! C’est trop ! Cette mort, cette vie gâchée ! Je sens un cri qui monte de mes entrailles. Non, n’ouvre pas la bouche, meurt en silence ! Ne montre pas que tu as mal ! Retiens-toi !
Trop tard... j’ai ouvert la bouche, il est sorti en même temps que le reste de mes entrailles. Je n’ai plus de vie, plus de corps, plus d’âme…
Quel goût âcre dans ma gorge et dans ma bouche ! La brûlure vient jusque dans mon ventre, tout mon corps s’enflamme et tout mon cœur fond ! L’odeur me pique le nez. C’est insupportable en fait ! Quelle souffrance ! Quel tourment ! Je dois être maudite à présent!
Et puis... l’humidité et la fraîcheur de la pierre sous mes pieds… Où est-on ? Mes yeux ne voient que du flou et ma peau me consume !  Peu importe, l’obscurité est là, enfin ! Et la douceur de ce havre m’apaise…
 
Je me serre contre lui, ses bras pour unique protection. « Dors, le jour se lève » Je n’ai de souvenir d’aucunes aubes en particulier, ni même d’un coucher de soleil… Quel dommage...Je somnole... Il y a cette brise, encore, cette caresse, encore… encore.
 
     

 
par Sabat Tailor
le 26/02/2006
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