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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Chapitres : 1 2 3
Type de document : Conte

     
 
Exténué, le front en sueur et les jambes flagellant, l’elfe noir décida malgré tout de continuer à marcher, même à allure de récupération mais ne pas s’arrêter, plus jamais s’arrêter… Cette fois ci, il s’en été fallu de peu. L’elfe noir supposa que si il avait eu le temps de prendre plus d’affaire avec lui, l’avance qu’il avait gagné mètre par mètre sur ces mercenaires pendant une heure n’aurait pu avoir lieu et à ce moment, ils l’auraient eu. Des fois, le fugitif sentait un brin d’air effleurer sa peau, signe que les Royaumes Supérieures ne devaient être très loin…
 
Tromgèl venait quant à lui de rencontrer un des six mercenaires, complètement largué dans cette course poursuite à cause du poids monstrueux que devait représenter son armure. Un sourire carnassier illumina son visage. Encore une fois, son instinct ne l’avait pas trahi lorsqu’il avait décidé d’emprunter ce tunnel. Sa proie était maintenant quelque part juste devant lui. Il saisit le mercenaire et d’un coup sec d’épée, lui fit quitter ce monde, déjà bien trop rempli d’incapables. Puis, il repris sa course d’une allure endurante « Mon petit, prie pour gagner la surface avant que je t’attrape, prie… »  
 
Nalar se trouvait devant une faille amenant dans une grotte. Il en était sûr, la liberté était juste derrière mais comment faire. De tout temps, les elfes noirs avaient craint la lumière du soleil et ce n’était pas aujourd’hui que ça allait changer. Certaines rumeurs disaient que toutes leurs possessions se désintégraient à la lumière de celui-ci. Les pires parlaient d’elfes réduits en cendre après avoir été baignés dans ses rayons. Il surveillait avec crainte le tunnel plongeant dans les ombres. Parfois, quelques rumeurs lui parvenaient et l’état de paranoïa dans lequel il avait sombré grandissait toujours, encore et toujours plus. Le dilemme était de taille. Il jeta encore un coup d’œil par la faille. Oui, il faisait jour ! Si seulement on le laissait attendre la nuit, il serait hors de danger. Mais allaient-ils le laisser ? Soudain, il sentit plus qu’il ne vit que quelqu’un le guettait dans le couloir, tout proche, son cœur se sera…
 
« Que fait-il ? » se demanda le Prédateur embusqué dans l’ombre du tunnel lorsqu’il vit l’autre elfe noir se jeter dans la faille. « Et comment m’a-t-il repéré ? Pas par vue, l’ouïe impossible… » Sa proie avait regardé dans sa direction sans pour autant le voir et s’était alors précipité vers cette damnée lumière. « Pauvre fou ! » hurla-t-il avec rage lorsqu’il vit sa proie s’enfuir. « C’est à moi de te tuer ! » Il dégaina dans un arc d’argent sa « Buveuse » et bondit à toute vitesse vers la faille.
 
Nalar sauta, la lumière commençait déjà à dilater ses pupilles. Il sentit la Chose que la glyphe avait glissée en lui se réveiller. Ce n’était plus lui qui allait au soleil mais bien le soleil qui allait à lui. L’espace s’avança dans un grand bond en arrière et il perçut les couleurs que produisaient les bruits de pas de son poursuivant. La Terre s’ouvrit alors et l’engloutit...
 
- Matriarche Suprême, le dénommé Nalar m’a échappé…
- Quoi ! fulmina la reine de l’empire souterrain.
- Mais je ne comprends toujours pas ce que mes yeux ont vu. Il est parti en courant sous l’Astre Jaune.
- Tu essayes de m’embobiner pour me cacher ta cuisante défaite Tromgèl, tu me déçois…
- L’Astre Jaune ne l’a pas affecté comme il aurait dû le faire.
- Ce fugitif a brisé l’antique glyphe de la maison Dorkadel, tu aurais dû te montrer plus perspicace. Certains effets secondaires puissants doivent maintenant l’affecter… à tout jamais.
 
Le Prédateur écarquilla les yeux.
 
- Gardes, saisissez vous de ce misérable. Tromgèl, jamais tu ne rejoindras notre Royaume tant que tu n’auras fait justice.
- Non ! Vous ne pouvez me livrer à l’Astre !
 
Les gardes saisirent le Prédateur sous les bras et le traînèrent vers la surface. Cela ne servait à rien de lutter. D’une certaine manière, il avait eu de la chance. Mieux valait ça que les estomacs arachnoïdes…
 
Nalar marchait dans un pays inconnu où le ciel vert toisait une terre nue et bleue foncée tandis que des rafales de vent pourpre lui claquaient ses habits contre son corps meurtri. Rien ! Rien à perte de vue. Seules ces silhouettes indistinctes et immatérielles qui parfois le croisaient, des fantômes. L’elfe noir était depuis une semaine dans cet enfer, une semaine où d’irrépressibles sanglots soulevaient son torse.
 
Le gobelin qui le transportait sur son chariot depuis presque une semaine se retourna lorsqu’il l’entendit hurler et secouer les bras dans l’air. Etrange cet elfe noir. Le soleil n’avait pas eu d’effets physiques sur lui mais de très graves dégâts mentaux apparemment. Il l’avait trouvé évanoui au beau milieu de la route menant à une des entrées pour le Royaume Souterrain. Il l’aurait bien abattu sur place tant son état était critique mais l’alliance elfe noir-gobelin avait retenu son geste. Et c’est ainsi qu’il se voyait sur les routes, transportant un elfe noir complètement fou, devant s’en occuper comme d’un enfant. Mais n’allait il pas être la risée de tout le campement gobelin qu’il allait rejoindre d’ici quelques heures ? Si ! Jamais ! Jamais il ne serait la risée de sa communauté. Il saisit l’elfe noir et le jeta sur la route, puis, s’éloigna sans se retourner.
 
Ce n’est que presque deux jours plus tard que Nalar reprit connaissance, tiraillé par la faim et la soif, aux portes de la mort. Il se releva avec difficulté et recommença sa marche, arborant un air totalement étonné en regardant le paysage alentour.
 
Le Prédateur déchu se regarda dans le lac. Son lourd masque de bronze était désagréable mais il lui fallait cacher au monde son visage à la peau décomposée et décolorée par le Soleil. Il avait fait un Promis Suprême en versant un peu de son sang dans l’eau : Son unique but serait désormais de trouver ce damné fugitif, dû-t-il lui en coûter la vie. Et, à ce moment là, il le tuerait de ses propres mains et rentrerait en héros chez les siens.  Jusqu’à ce jour, ni l’un ni l’autre ne connaîtrait jamais le répit, jamais ! Il reprit son épée fichée dans le sol et la remis dans son dos après avoir coupé son reflet dans l’eau…
 
La suite de l’histoire est un jeu incessant d’un cache-cache mortel entre deux elfes, une chasse sans issue, sans repos, sans arrêt, sans pitié. Deux âmes perdues dans les chemins de  l’affrontement et de l’effondrement qui durent encore jusqu'à ce jour... 
 
     


Chapitres : 1 2 3  
par Nalar
le 18/02/2006
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