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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Chapitres :
Type de document : Essai

     
 

Chapitre I : L'éveil d'un homme

 
Ce matin, comme tous les autres matins depuis plusieurs lunes, le froid ne cessait de devenir plus rude. La neige ne tombait plus, mais son épaisseur par endroits atteignait le demi-mètre.
Alexandre Bordais se retournait dans son lit. Le froid lui pinçait le nez et il retira le chaud édredon rempli de foin que sa mère avait confectionné avant l’hiver.
La glace recouvrait les carreaux de la petite fenêtre qui suffisait à peine à éclairer la pièce quand il faisait jour. Vraiment un temps à ne pas mettre quelqu’un dehors.
 
- Alexandre ! s’écria une voix. Alexandre ! Debout, tu vas être en retard ! Tu as promis à ton oncle de lui donner un coup de main pour réparer son toit.
- Hm, bougonna Alexandre.
 
Il se retourna en cachant sa tête au plus profond de son lit.
- Alexandre ! cria la voix avec plus de vigueur.
 
Alexandre s’étira, les membres engourdis par le froid et s’habilla à contrecœur. Il serait bien resté plus longtemps dans son nid douillet, mais il avait promis. Il tiendrait donc parole.
Une lumière filtrait sous la porte, ce qui lui permit de se guider sans allumer une chandelle. La famille Bordais était pauvre et les économies de toutes sortes étaient monnaie courante. Il ouvrit la porte de chêne qui grinça bruyamment sur ses gonds.
 
- Ha ! Te voilà ! Il est tard, débarbouille-toi et mange un bout de miche. Tu partiras après, et tu lui apporteras un morceau du sanglier que le père a tué hier. Allez le petiot, bouge-toi un peu.
 
Claire, sa mère était directive, mais elle avait un cœur d’ange. Elle avait la fâcheuse tendance à bousculer Alexandre, ce qui lui mettait les nerfs à fleur de peau.
 
- Mère j’ai le temps, il fait encore nuit. J’en ai pour deux heures de marche avant d’arriver à La Vilaine, puis deux heures pour aller chez l’oncle.
 
C’était le temps qu’avait évalué Alexandre pour faire le chemin qui le mènerait des faubourgs de LordDruides à la maisonnée de son oncle qui se trouvait en bordure de la Forêt Bleue.
 
- Oui c’est le temps qu’il faut à un homme réveillé et en forme. Et qui plus est par un temps sec, sans neige, et sans gel. Allez mange, et sauve toi.
 
Alexandre avala le bol de soupe, mangea sa tranche de pain et enfouit deux autres tranches dans sa musette ainsi qu’un morceau de lard. Il se leva et partit à grandes enjambées vers la porte de la cuisine.
 
- J’y vais maman ! À demain, je reste ce soir chez l’oncle. 
Il allait refermer la porte derrière lui quand une main le saisit par l’épaule.
- Hé ! Alex tu n’embrasses pas ta mère ?
 
Il la serra dans ses bras. À dix-sept ans, il était plus grand qu’elle.
C'est bientôt un homme, mon Alex, pensa-t-elle en le regardant s’éloigner vers l’Est.
 
La neige se remit à tomber, et elle n’aperçut plus qu’une forme qui disparut au détour d’un fourré. La bise soufflait depuis l’aube. Cela faisait bien une heure qu’Alexandre marchait le dos courbé. Il avait de la peine à avancer. Il releva la tête et regarda la végétation. Il ne reconnaissait pas le paysage. Pourtant il était sûr de lui, mais avec la neige qui tombait, il avait perdu ses repères. Je ne dois pas être loin de « La Vilaine » pensa-t-il. De chaque côté il apercevait des formes immobiles, qui, d’après lui devaient être des arbres. Il y en avait, il se le rappelait, à une demi-heure de la rivière. Ceux-ci formaient une allée d’une centaine de mètres, comme si on les avait plantés là pour forcer les voyageurs à prendre cette direction. Alexandre se trouvait au milieu de celle-ci. « Je suis sur le bon chemin, il ne me reste plus qu’à trouver le pont ».
 
C’est à ce moment-là, que son attention fût attirée par des bruits Le souffle de la bise atténuait les sons, et des cris se mêlaient à la chanson du vent. Tous sens en éveil, Alexandre faisait tout son possible pour ne pas se faire entendre, mais la neige craquait sous son poids.
 
Il s’accroupit derrière un buisson d’épines et tenta de percer la barrière des flocons de neige. C’est alors qu’il vit un petit homme portant un casque sur lequel trônaient deux cornes de vache. Le dos contre un arbre, il tenait de sa main gauche un bouclier de bois dans lequel étaient plantées, plusieurs flèches. De sa main droite il faisait faire à une hache de grands moulinets. Il criait, hurlait, mais Alexandre ne voyait pas après qui l’inconnu en avait. La chevelure rousse de l’inconnu s’agitait au vent et sa barbe était couverte de salive gelée. C’est alors qu’Alexandre vit les assaillants. Ils étaient deux. L’un lui tournait le dos, tout en faisant face à son adversaire. Le second quant à lui, était perché sur une branche au-dessus de l’étranger. Quels étaient ces êtres ? Jamais de sa vie il n’en avait vu. Ils avaient la peau noire, velue, avec des ailes aux extrémités crochues. Ils ressemblaient à des chauves souris, mais avaient la taille d’un homme. Alexandre regarda autour de lui, il n’avait rien pour se défendre, seulement un ciseau à biseauter. Son père avait insisté pour qu’il le rende à son oncle. Alexandre posa sa musette délicatement au sol et s’empara du ciseau. Le monstre qui lui tournait le dos s’apprêtait à bondir, ainsi que celui qui était perché dans l’arbre. S’il ne faisait rien le petit homme était perdu. Sans réfléchir, rassemblant tout son courage il se leva d’un bon en criant.
 
- Attention au-dessus !
 
Il planta de toutes ses forces le ciseau entre les deux omoplates de la créature qui bâtit des ailes en hurlant. Elle s’envola, mais après quelques mètres elle s’effondra, morte. Pendant ce temps le petit homme s’était retourné, juste au moment où son adversaire se lançait sur lui. D’un magistral coup de hache il lui fendit le crâne en deux.
 
- Hoc ! Dit-il d’une voix grave, hoc. Il se frappa la poitrine du point. Hoc, voilà ce qui arrive à ceux qui veulent du mal à Herta, Hoc ! Allez venez, hoc, venez ! Criait-il en sautant sur place, vous avez peur ? Hoc.
 
Alexandre ne bougeait pas, il était pétrifié et regardait ses mains, puis le corps de l’être qu’il avait frappé. Qu’avait il fait ? Il était devenu un assassin, lui, le charpentier qui ne se connaissait pas d’ennemis. Il tremblait de tous ses membres. Le petit homme qui s’était nommé Herta, lui mit la main sur l’épaule. Alexandre sursauta
 
- Hoc, mon garçon, hoc, c’est la première fois que tu tues ? Hoc, dis-moi, hoc. Cela fait toujours ça la première fois, mais tu t’habitueras, hoc, avec toute cette vermine, hoc !
Alexandre s’était ressaisi.
- Je n’ai jamais vu des choses comme celles-ci, dit-il.
- Ce sont des Vamparus, hoc, mon garçon. S’ils te mordent, ils ne te lâchent plus, et te vident de ton sang. Ils ne sortent que la nuit d’habitude. Hoc ! Bizarre. On n’en trouve que sur les terres brûlées et ils ne s’attaquent jamais aux humains, hoc. Tu as eu de la chance mon garçon, beaucoup de chance. Tu aurais dû passer ton chemin. Je me serais bien débrouillé tout seul, Hoc !
- Ben, en voilà une façon de remercier les gens qui vous aident.
- Pardon mon garçon, merci. Hoc.
- Je ne suis pas votre garçon ! cria Alexandre. Ce petit homme l’énervait
- Je m’appelle Alexandre Bordais de LordDruides. À qui ai-je l’honneur ?
- Herta, Roi des Nains des Hautes Chaînes. Viens ! Prenons le temps de nous réchauffer, ils ne reviendront pas aujourd’hui, le soleil est haut maintenant. Ils ne peuvent le supporter, hoc. Regarde, dit-il en montrant du doigt le corps de la bête. Regarde, Hoc ! Répéta-t-il.
 
Le corps du Vamparus était étendu à l’ombre d’un rocher. Le soleil montait dans le ciel, et éclairait de plus en plus le corps du monstre, qui se décomposait sous l’effet de la chaleur en dégageant des fumées bleuâtres Après quelques minutes il ne resta plus rien qu’un tas de cendres.
 
- Bon, nous sommes tranquilles maintenant, faisons chauffer un thé et parlons un peu, hoc. Tu aimes le thé mon garçon ? Faisons connaissance veux-tu ? Mon garçon.
- Alexandre, je m’appelle Alexandre.
- Pardon mon garçon, Alexandre, oui, Alexandre ! Hoc.
 
 
Il tournait en rond, cherchant manifestement quelque chose.
 
- Ne vois-tu pas ma besace, mon garçon ? Hoc !
- Alexandre, Monsieur, Alexandre. Si ! Elle est là derrière le rocher, dans la neige.
- Hoc c’est vrai, hoc, c’est moi qui l’avais mise là. Hoc ! Où avais-je la tête ? Hoc ! Merci mon garçon.
 
Il sortit de sa besace un récipient en argent et fit fondre de la neige. Quand l’eau fut en ébullition sur le feu qu’il avait allumé avec des branchages secs, il y jeta quelques feuilles de thé blanc qu’il laissa infuser. Il servit deux gobelets et en tandis qu’un à Alexandre.
 
- Tiens mon garçon, avale, cela te réchauffera ! Hoc !
- Alexandre, Monsieur, Alexandre !
- Oui je vais y penser… bougonna le nain.
 
Les flammes commençaient à réchauffer les corps. Avec toutes ces émotions ils avaient transpiré et grelottaient de froid.
Le nain prit une pipe dans sa besace et l’alluma avec une brindille. Il aspira une bouffée et rejeta la fumée par petits nuages.
 
- Hoc ! Comme je te le disais, je m’appelle Herta. Je viens des Hautes Chaînes, à l’Est, tu connais ? Hoc !
- Non, à part la ville de LordDruides, les bords de La Vilaine, et la ferme de mon Oncle Jonathan, c’est tout ce que je connais.
- Hoc je vais me présenter, puis tu me raconteras ton histoire.
 
Herta n’arrêtait pas de regarder Alexandre. Quelque chose l’intriguait.
 
- Je suis Herta le Roi de Nains. Mon royaume se situe dans les Hautes Chaînes, là où les neiges ne fondent pas. Il domine le Golfe Sans Fond, qui est un bras de la Mer du Début. Au bout de celui-ci, se trouve la ville de Frogeville. Le Grand Prêtre Gréalphar y habitait, hoc. Tu connais Gréalphar ? As-tu déjà entendu parler de lui ?
- Non, répondit Alexandre.
- Hoc ! Nous y reviendrons.
- Mon peuple porte le nom de Smoltors. Nous vivons dans nos montagnes et il est rare que nous nous mélangions aux autres peuplades. Nous n’avons pas peur, mais nous sommes d’un naturel méfiant. Nous avons une originalité, depuis des siècles tous nos enfants naissent roux, avec comme moi, une tache sur l’épaule. Cette tache représente un dragon. Je ne sais pas pourquoi, il n’y a rien d’écrit dans nos archives. Nos habitations sont construites dans la roche. Mais bon, hoc je m’égare, hoc. Revenons à nos moutons.
Depuis quelque temps, Frogeville, et toute la région se préparent à faire face au malheur, à la mort. Depuis peu, le soleil, tiens, regarde, le soleil devient noir. 
 
En effet, en regardant celui-ci, on apercevait un croissant noir qui cachait une infime partie de l’astre.
 
- Tous les jours, le noir gagne du terrain. C’est pour cela qu’il fait si froid. Il y a une prophétie qui en parle. Tu la connais ? Hoc !
- Non
- Hoc, je vais te la dire :
" Après des millénaires de paix, lorsque le soleil deviendra noir, le froid, la peste et le vent de la mort régneront en maître.
Les hordes du mal, déferleront sur la Calme Prairie. Seul, l’argent, lié au sang du Fou et le feu sacré éteint à jamais dans le Puits sans Fond, pourra appeler le bras vengeur du maître des brumes aidé par l’héritière du Fou."
Vois-tu, depuis quelques jours des évènements étranges ont lieu. J’ai quitté mon royaume, que j’ai confié à Gréalphar mon fils aîné. En effet, j’ai eu pendant mon sommeil la visite d’un sorcier, et ce, plusieurs nuits de suite. Il me disait :
" Herta, pars vite, seul, laisse les tiens et rejoins la Forêt Bleue. Demande, Jumif l’Elfe, il est prévenu et il t’attend. Ensemble, partez à la recherche du Feu Sacré ; lui seul vous dira que faire."
Alors je suis parti. Ne me demande pas pourquoi, hoc, je ne le sais pas moi-même. Quelque chose me pousse. Voilà la raison de ma présence ici. Hoc Et toi, que fais-tu là ? Hoc !
- Moi, je suis en route pour rejoindre mon Oncle. Il habite de l’autre coté de La Vilaine, en bordure de la Forêt Bleue.
- C'est mon chemin, faisons la route à deux. Nous serons, Hoc, plus fort si nous rencontrons de nouveaux des Vamparus.
- Il faut que je me dépêche, mon Oncle m’attend.
- Alors partons ! Dit le nain.
 
Il jeta le reste du thé sur le feu qui s’éteignit en crépitant. Les deux hommes rassemblèrent leurs affaires, et se mirent en marche. La neige tombait moins dru, mais la bise avait redoublé de violence. Alexandre ouvrait le chemin, et Herta le suivait avec peine. Depuis leur départ ils n’avaient échangé aucune parole. Cela faisait une demi-heure qu’il marchait, quand le jeune homme se retourna en direction du nain. Il étendit la main en montrant une masse recouverte de neige. C’était le pont qu’ils recherchaient. Ils touchaient au but. Encore deux où trois heures de marche et ils seraient chez l’oncle Jonathan.
 
- Hoc, mon garçon, dit Herta le souffle court, pouvons-nous ralentir un peu. J’ai de courtes jambes, moi, mon garçon, et je n’ai pas ton âge. Quel âge as-tu, au fait ?
- Dix-sept ans demain.
- Hoc, bientôt un homme, mon garçon !
- Combien de fois devrai-je vous le dire ?
- Tu n’es pas mon garçon, je sais. Tiens regarde on aperçoit une Forêt.
- Oui ! Dit Alexandre, c’est le début de la Forêt Bleue. Mon oncle dit qu’elle est sacrée, et qu’une partie de celle-ci est interdite aux Homorisons.
- Les Homorisons ? Demanda Herta. C’est quoi ? Jamais entendu parlé !
- Et bien, je suis un Homorisons, comme mes congénères, les habitants de Calme Prairie. Tu ne nous connaissais pas ?
- Hoc, déjà entendu parlé mais non je n’ai jamais eu l’occasion de côtoyer des Homorisons, je te l’ai dit, nous ne nous mélangeons pas aux autres peuplades, d’accord, hoc. Un jour peut être, je te raconterais pourquoi hoc.
 
Sans rien demander d’autre, le nain repartit de l’avant. Le chemin était sinueux et bordé de haies d’épines. Alexandre pensait à ce qui lui était arrivé quelques heures plus tôt. Il ne s’était pas rendu compte que son compagnon était arrêté, immobile au milieu du chemin. Il faillit le renverser et le rattrapa par la ceinture.
 
- Hoc, jeune homme, fais voir attention !
- On ne s’arrête pas sans prévenir ! Lui rétorqua Alexandre.
 
Le nain regardait devant lui. Au milieu du sentier se dressait une énorme pierre taillée en forme de pointe, dressée vers le ciel. Le sentier qu’ils suivaient se divisait en deux.
 
- À droite, ou à gauche ? Demanda Herta.
- Chez mon Oncle, c’est à droite. À gauche, c’est le Sentier des Druides. Je n’y ai jamais été, c’est interdit. À cinq heures de marche, il paraît qu’on y trouve une porte qui donne accès à la Clairière aux Dolmens. Celle qui est réservée aux Druides et aux Sorciers. C’est là-bas que les élus qui nous gouvernent siègent. Personne à part eux ne peut franchir cette porte. Herta fait comme tu veux, moi je tourne à droite, c’est mon chemin !
- Hoc ! Je te suis. Personne ne m’attend, à part l’Elfe. Hoc, de plus tu me plais mon garçon.
- Mm, fit Alexandre.
- Je sais, hoc, je sais ! Alexandre ! Dit le nain en riant aux éclats, ce qui fit sourire le jeune homme. Ils marchèrent d’un bon pas malgré l’épaisseur de la neige.
- Tu vois, Herta, encore deux collines à franchir, et nous arriverons. Tu verras, c’est un véritable paradis. Jonathan ne m’a pas vu depuis plusieurs mois. Je suis content de le revoir.
 
Ils arrivèrent au sommet de la dernière colline. Le sentier, serpentait jusqu’à une clairière où trônait une ferme. Derrière celle-ci, on apercevait un jardinet entouré d’une clôture en bois. Sur le côté droit de la maison, un peu en retrait, venant de la montagne, s’écoulait un ruisseau. Des canards barbotaient, dans une marre partiellement gelée. Tout semblait paisible, un calme presque étrange régnait.
 
- C’est bizarre ! S’étonna Alexandre. La cheminée ne fume pas, et la porte est ouverte ! Vient Herta, allons voir ce qui se passe. La main du nain se posa sur l’épaule du garçon.
- Attends mon garçon, je sens un danger, hoc, fais-moi confiance. Cachons-nous derrière ce rocher et attendons un moment.
 
On aurait entendu une mouche voler. Les deux compagnons regardaient en direction de la ferme. Au bout de quelques minutes, Herta regarda Alexandre.
 
- Tu ne remarques rien, mon garçon ? Dit-il à voix basse. Regarde, derrière la maison, là-bas, vers les chênes qui jonchent le sol. Tu vois, il y a dans la paroi de la montagne, à deux mètres du sol, une sorte grotte. Regarde bien, on distingue quelque chose.
 
En effet Alexandre vit au bout de quelques instants, ce que Herta voulait lui montrer. À l’entrée de la grotte, provenant des entrailles de la montagne, s’élevait de la buée.
 
- Il y a quelqu’un où quelque chose, dans la grotte, je la connais bien, j’y ai passé des journées à m’amuser quand j’étais enfant.
- Oui il y a quelque chose, répondit Herta. Regarde la neige à l’entrée de la grotte, elle est toute fondue, comme si on avait voulu effacer des traces. Attention ! Il y a du mouvement dans la ferme.
 
En effet la porte d’entrée qui était entrebâillée s’ouvrit violemment. Un homme d’un âge certain fut projeté au sol par d’eux géants aux muscles saillants. Ceux-ci étaient monstrueux, leurs visages, dépourvus de tout sentiment, étaient hideux. Ils avaient un seul œil au milieu de leur front, et leur énorme mâchoire laissait apparaître deux canines qui recouvraient la lèvre inférieure. Ils possédaient quatre bras. Autour de leurs biceps, on pouvait voir des bracelets de cuir sur lesquels dépassaient de grandes pointes acérées. Ce devait être des armes redoutables.
L’homme à terre, se retourna et rampa. Visiblement blessé, il essayait d’échapper à ses tortionnaires. L’un des deux lui saisit une jambe et le leva à la verticale comme si le malheureux ne pesait pas plus qu’une plume.
 
 - C’est Jonathan ! S’écria Alexandre. Viens allons le secourir !
- Non ! Nous n’avons aucune chance. Ce sont des ombres. Des choses créées par un sorcier mal intentionné. Ils ne sont pas venus seuls et ils cherchent quelque chose.
 
Le malheureux hurlait. Alexandre se mit debout, et avança en direction de la ferme. Herta, se leva aussi, la hache à la main. Mais il la positionna pour que le plat de celle-ci frappe Alexandre sans le blesser. Celui-ci s’écroula.
 
- Excuse-moi, mon garçon, c’est pour ton bien.
 
Il posa son arme et tira le jeune homme à l’abri du rocher, et regarda ce qui se passait dans la cour de la ferme. La brute avait reposé sa prise au sol. Une ombre passa au-dessus de la cachette d’Herta. Un cri strident perça le silence. Les deux ombres mirent un genou à terre, le poing droit fermé contre la poitrine. Un énorme dragon rouge, décrivait des cercles au-dessus de la clairière. Il était chevauché par un homme, tout de noir vêtu. Une capuche cachait son visage. L’homme tira sur les rennes qui muselaient la bête. Celle-ci cria plus fort, encore et laissa échapper de sa gorge, une langue de feu qui embrasa le toit de chaume de la petite maison. Le dragon déposa dans la clairière, non loin des deux ombres. Son cavalier mit pied à terre et se dirigea vers les deux êtres. Son large manteau flottait au vent. Il leva le bras gauche, et ne prononça aucune parole. Les deux ombres secouaient négativement la tête. L’inconnu entra dans une violente colère. Il se concentra, l’air autour de lui devint instable et se chargea d’ondes d’une couleur orangée. Il avança en direction de la petite ferme et étendit les bras, et une boule de feu jaillit de ses mains. Elle passa par la porte de la petite maison, et explosa en une multitude de petites boules. Il ne restait plus rien de l’habitation de Jonathan que de la fumée et des poutres calcinées qui attestaient de la présence d’un bâtiment L’étrange personnage s’accroupit près du malheureux Il se pencha et lui parla à l’oreille tout en posant la main gauche sur le coup de sa victime pour lui tâter le pouls.
 
- Jonathan, lui dit-il, tu as refusé de parler à mes ombres, pourtant, ils ont été gentils avec toi, non ? Tu ne trouves pas ? Mais tu vas bientôt mourir, ton silence ne m’empêchera pas d’arriver à mes fins. La prophétie ne se réalisera pas je te le promets. Je ferai tout ce qui est possible de faire pour qu’elle n’arrive pas à son terme. Je te le demande une dernière fois, où est ton fils ? Il y eut un long silence. Tu ne réponds pas ?
Adieu, meurt, j’espère que mon maître t’appellera dans son royaume des morts après une longue agonie.
 
Il se remit debout en riant. Après avoir étendu les bras, il s’éleva dans les airs en lévitation et rejoint son dragon qui décrivait des cercles au-dessus de lui. Il enfourcha la bête. Une violente rafale de vent fit tomber sur son épaule la capuche qui lui dissimulait le visage. Il la remit en place et regarda à droite et à gauche comme s’il avait peur d’être reconnu.
 
Herta était pétrifié, il avait eu le temps d’apercevoir l’horrible visage de l’inconnu. Des veines noires lui lézardaient la peau couleur de sang. Mais le plus impressionnant, c’étaient ces yeux. Des yeux persans, acérés comme des couteaux, qui plongeaient au plus profond de votre âme
Il disparut en direction de l’ouest en frappant les flancs du Dragon. Les deux ombres sortirent de la grotte chevauchant eux aussi des dragons. Ils partirent à la poursuite de leur maître
Le silence était pesant. Alexandre se mit à gémir, il se réveillait en se frottant la tête.
 
- Que m’est il arrivé ? Demanda-t-il
- Tu t’es évanoui lui répondit le nain.
- Évanoui avec une bosse grosse comme un œuf. Ça me revient !
- Il regarda en direction de la clairière, où fumaient encore des cendres.
- Où est la maison ? Et Jonathan ?
 
Quand il aperçut le corps de son oncle il sauta debout sur ces jambes. Il vacilla, la tête était lourde et lui faisait mal
 
- Attends lui dit Herta, en le retenant par le bras. C’est moi qui t’ai assommé, tu serais mort à cette heure si je ne l’avais pas fait. Tu te rappelles les deux monstres qui en avaient après ton oncle, hoc ?
- Oui je me rappelle.
- Ce sont des ombres hoc, à la solde d’un homme, d’un sorcier. Mes ancêtres, m’ont raconté, après le conseil, que les sorciers qui ont une aura orange sont les instruments du Maître des Morts, hoc. Herta se tut, il se rappelait, le visage, non ce n’était pas possible.
- Il est mort depuis des milliers d’années, pensa-t-il.
- Ce ne peut être « Barcalus le Maudit »
- Oui et alors ?
 
Le nain quitta ses pensées.
 
 
     


Chapitres :  
par ALEXIS
le 11/02/2006
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