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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Science Fiction
Type de document : Essai

     
 
Encore une nuit à attendre. Une nuit de plus dans cette vie faite de sang et de violence…
 
A ma montre il est exactement minuit, l’heure du démon. Le café fume dans son gobelet, il ne fait pas très chaud dans la voiture. Markus dort tranquillement sur le siège d’à coté, je ne sais pas comment il fait, moi j’en suis incapable. J’allume une cigarette pour tuer le temps et me calmer. Ça ne marche pas vraiment, le temps paraît toujours long et je suis de plus en plus nerveux…J’ai l’habitude, ça fait vingt ans que je fais ce boulot, mais je n’ai jamais réussi à me calmer. C’est peut être pour ça que j’admire autant Markus, cela fait à peine deux ans qu’il bosse avec moi et jamais je ne l’ai vu anxieux.
 
Je me fais trop vieux, j’aurais dû prendre ma retraite depuis longtemps. C’est des conneries, je n’aurais jamais pu, je vais crever en faisant ce boulot, et je n’ai même pas de famille pour me regretter.
"Arrête de t’apitoyer sur ton sort vieille baderne ! Arrête de penser et fait ce pourquoi t’es payé, ce sera déjà pas mal."
Je finis ma clope et en rallume une autre. Le café fume toujours dans son gobelet, j’entends Markus ronfler doucement. Bientôt, je vais le réveiller, il grognera comme d’habitude mais il sera prêt, et moi pas.
 
La Lune éclaire l’avenue de sa lumière pale et éthérée. Il n’y a pas un chat à cette heure-ci de la nuit, le quartier est  réputé pour  sa tranquillité, même s’il habite ici. Mais bien sûr, il n’est pas assez stupide pour faire ses petites affaires dans le coin. Ça fait plusieurs nuits qu’on le surveille, mais on a toujours rien. Il est plus malin que la plupart de ses amis. De feus ses amis plus exactement, on leur a tous réglé leur compte, plus ou moins facilement.
 
J’avoue que ça fait un bout de temps que je n’avais pas vu une telle activité de leur part. Carmodine pense qu’ils préparent un gros coup. Il a sans doute raison, mais je m’en fous un peu, mon boulot c’est pas la parlotte, moi j’agis. Je ne me plains pas, ça me fait moins de problèmes, on me dit qui éliminer et j’obéis comme un bon chien bien dressé. Le pire c’est que j’aime mon boulot…Je dois être un peu siphonné …
Enfin bref, mon boss, Carmodine, a dit d’éliminer ce type alors je vais le faire sans aucun remord et même peut être prendre un peu de plaisir quand je vais le massacrer…
 
Minuit et demi. Toujours rien, notre gars n’a pas l’air d’avoir envie de bouger son cul de chez lui. Je commence à en avoir marre. Je serre le volant tellement fort que les jointures de mes mains deviennent blanches. Je ne vais pas tarder à péter un câble. Il me faut de l’action ! Avec l’âge, il paraît qu’on s’améliore, j’ai plutôt l’impression que c’est l’inverse…
"Allez, calme toi vieux fou, ça n'ira pas plus vite si t’arrache le volant, il va bien sortir de son trou un jour ou l’autre. Et ce jour là il va morfler… "
Ça c’est le truc le plus efficace pour me calmer, quand je pense à la façon dont je vais lui refaire le portrait…Et puis ça m’évite de cogiter trop. Ce n’est pas bon de cogiter, surtout pour moi, j’imagine des choses et après je suis invivable encore plus que d’habitude… C’est sans doute pour ça qu’il y a vingt ans on m’a engagé. Ouais, en tout cas c’est sûr, c’est pas pour ma belle gueule !
 
Ah ! Ma patience est enfin récompensée. Il y a de la lumière à sa fenêtre, soit il vient de rentrer sans qu’on l’ait vu, soit il vient juste de se réveiller et il va sortir prendre son casse-dale.
Je réveille Markus d’un coup d’épaule. Il grogne et son regard se porte directement sur l’immeuble.
 
- Enfin ! me dit-il. Il montre enfin un signe de vie.
- Ouais on dirait bien. Bouge tes fesses gamin, on va lui rendre visite.
 
Il me regarde en fronçant les sourcils.
 
- Ça va pas Doryan ! T’es malade ou quoi ? On ne va pas rentrer la dedans. On ne sait même pas s’il est seul et les ordres étaient de…
 
Voyant mon air, il se tait. Il est prudent, le gosse, et il a raison de l’être.
 
- Rien à foutre des ordres ! Cet enfoiré me fait poireauter depuis plus d’une semaine. Il s’est bien marré, maintenant c’est à mon tour. Mais rien ne t’oblige à me suivre si tu fais dans ton froc, fillette !
 
Bien sûr qu’il va me suivre, il en a autant envie que moi, sauf qu’il ne veut pas l’admettre. Moi non plus au début, je ne voulais pas admettre que j’aimais frapper dans le tas et tuer. Ça m’est vite passé d’ailleurs…
Lui par contre ne se l’avouera jamais. Pour Markus, je suis un monstre dénué de sentiments et je l’effraye, mais c’est pour ça qu’il s’est porté volontaire pour écumer les rues avec moi. Je suis ce qu’il ne veut jamais devenir, et pourtant toute la violence qui est en lui le rapproche de moi. Il est comme moi, sauf que lui a une famille et c’est ce qui le sauve.
 
Je sors de la voiture et écrase ma cigarette par terre. Il ne tarde pas à me suivre. Je fais le tour de la voiture et ouvre le coffre.  Je prends du gros calibre, mon Glock spécial ne fera sûrement pas l’affaire face à ce type.
Le petit s’équipe aussi en conséquence.
 
- En la jouant discrète, me dit-il, devrait pas y avoir trop de casse. 
 
J’approche d’un pas tranquille de la porte de l’immeuble et je la défonce à grand coup de pompe. Je n’ai pas envie de la jouer discrète…
Je rentre là dedans en courant, j’entends Markus soupirer et me suivre.
Avec mes conneries j’ai rameuté tout l’immeuble, les gens sortent de chez eux, mais quand ils me croisent, bizarrement, ils s’enferment à double tour. Je me serrai bien arrêté pour leur faire peur, mais je n’ai pas le temps. Tant pis.
 
J’arrive au dernier étage. Le type est prévenu, ça lui laisse une chance. En plus il a dû entendre parler de moi, j’ai une certaine réputation chez ses congénères, donc il ne va pas faire l’erreur de m’attaquer frontalement.
En même temps ça m’arrangerait qu’il me saute dessus, je n’aurai pas à me fatiguer à lui mettre la main dessus.
Avec douceur, je défonce encore une fois une porte. Il fait noir dans l’appart, très noir…
J’entre prudemment cette fois, il fait bien trop sombre pour foncer dans le tas. Markus est derrière moi, il me couvre.
 
L’appartement est grand. Je lui fais signe, on se sépare. Je marche lentement, l’arme en main. L’adrénaline coule dans mes veines comme un poison. Ce n’est pas le moment de péter un câble. Je respire à fond, je me calme et je repars lentement. Je sens une présence pas loin. Il veut jouer, il pense pouvoir nous avoir facilement.
 
Un coup de feu résonne. Il a peut être raison après tout…Markus a tiré dans le vide. Je le sais car le propriétaire de l’appart est devant moi, et il n'a pas l’air content de me voir. Remarque, je comprends même moi je suis pas ravi quand je vois ma trogne dans un miroir…
La lumière de la Lune nous éclaire faiblement. Je vois son visage blafard, impassible. Il reste là, immobile, à m’observer. Il attend que j’engage le combat, il doit être plus fort que mes prévisions s’il n’a pas peur de prendre une balle. Je vois l’éclat de l’acier dans sa main. Il attend le corps à corps donc. Eh bien, je sens que je vais bien m’amuser.
 
Au moment où je lève mon arme pour tirer, je perçois son esprit qui tente de s’insinuer en moi. Je baisse mes défenses et le laisse faire. Ce qu’il voit ne lui plait pas, il sait que je n’ai pas peur et que ses pouvoirs n’ont pas d’effets sur moi…Ses semblables les ont tellement de fois utilisé sur moi que j’en suis maintenant immunisé.
En tout cas, son escapade dans ma caboche m'a appris quelque chose : c’est un échelon VI ; ça va être plus dur que prévu…
Il m’a laissé une ouverture, durant une fraction de seconde, il est ailleurs. Je tire. La balle le touche à l’épaule, je visais la tête. Il a eu le temps de bouger, il a mal mais pas suffisamment.
Tout en bougeant je tire là où je devine sa forme, je le loupe a chaque fois. Je n’ai plus vraiment le choix.
 
Je le laisse venir au corps à corps. Il me saute dessus, je tire et le loupe.
Markus est là, je l’ai entendu arrivé. Il braque son arme sur nous, mais n’ose pas tirer, il a peur de me toucher. Et à la réflexion, je préfère autant.
Je sens les crocs du vampire s’enfoncer dans ma chair. Bah c’est pas la première fois, faut juste que je lui fasse lâcher prise avant qu’il ne me vide de mon sang. J’ai une technique pour ça : je lui donne un bon coup dans les bijoux de famille. Il lâche ma gorge rapidement. Je le repousse et tire mais encore une fois il l’évite.
 
Le vampire lance ses lames. Markus saute en arrière pour l’esquiver, mais il n’a pas vu le meuble derrière lui. Sa tête cogne, il  s’assomme…le crétin !
Moi je n’ai pas autant de chance, la lame me rentre dans le bide. Pas grave, je suis tellement habitué à la douleur que je ne la sens même plus. Va falloir que je change de tactique, il est trop rapide.
Je tire une fois encore et une fois encore le rate. J’appuie sur la gâchette et j’entends un « clic »…Plus de balles…
 
Le dents-pointues n’hésite pas et repart à l’assaut. Il me saute dessus, couteau en avant.
Il a le temps de me planter sa lame dans l’estomac avant que ma balle ne lui traverse la tête et ne la fasse exploser. Pas très futé le vampire…même pas vu que…j’avais mis le cran de sécurité sur mon flingue…pour…faire croire à un manque de munitions.
Merde…il m’a touché plus sérieusement…que prévu. Je m’écroule littéralement…mes forces m’abandonnent. J’entends un bruit, c’est Markus…Il s’approche…Il laisse échapper un juron en…voyant la mare de sang où je suis allongé…
 
- Nom de dieu, Doryan ! Tiens bon, me fais pas ce coup là !
- J’aurai…j’aurai du prendre ma…retraite plus tôt…
 
Mes yeux…se ferment. Je sens la mort s’approcher. J’ai envie…de sourire…il était temps… !
J’entends Markus hurler…dans son…téléphone…il appelle les secours mais…c’est trop tard… Il revient vers moi.
 
-T’inquiète mec, les secours arrivent. Accroche toi !
 
Dans un dernier…souffle…une dernière pensée…me vient.
 
- J’ai…j’ai même pas eu le temps de boire mon café…
 
     

 
par Arésius De Falk
le 02/02/2006
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