Chapitre II
Nalar venait de commettre son meurtre. Rien ne semblait plus compter à présent. Il venait de tuer un protégé de la Matriarche et il en avait pleinement conscience, seulement voilà, l’étrange sorcellerie qu’avait contenue la glyphe semblait encore faire effet et se répandre tel un pernicieux poison dans tous ses membres. Plus gênant encore, des sortes de brumes immatérielles semblaient flotter tout autour de lui et le traverser dans un murmure répugnant. Chassant de son mieux ce problème, il commença à réfléchir, et vite, il le fallait ! D’ici quelques heures, tout le Royaume Souterrain serait à sa recherche, là-dessus, pas de doute. Avait-il le temps de passer chez lui pour prendre ses affaires ? Non, pas possible. Le seul choix s'offrant à lui était de foncer presque tête baissée mais sans attirer l'attention vers les Royaumes Supérieurs...
L'elfe noir jeta un dernier coup d'œil vers le garde obèse et rougeaud qui gardait le tunnel 3-ED. Respirant un grand coup, il sortit de sa petite cache et marcha d'un pas tranquille vers le danger potentiel que représentait maintenant ce père de famille quelconque.
"Eps mon garçon ! Où c'est que tu vas comme ça ? Ce tunnel est réservé aux commerçants."
Un bras imposant barra la route au fugitif. Il le regarda dans les yeux, une pensée terrifiante se logea dans son cœur : il savait, tout était foutu. Avalant sa salive et essayant de se donner la meilleure contenance possible, Nalar souleva de sa chemise l'insigne de la Reine Sanglante que le culte lui avait donné dès son entrée en temps qu'enfant de choeur. L'effet fut immédiat et le garde recula d'un pas, les yeux figés sur le pendentif. Profitant de la crainte qu'imposait l'objet, ou plutôt ce qu'il signifiait, l'elfe noir décida d'en rajouter un peu pour récolter de meilleurs fruits.
"Je suis en mission pour la Reine et dois aller convertir un de nos partenaires. Il ne tient qu'à vous de finir dans des estomacs arachnides..."
L'homme ventripotent se rangea sur le côté tout en semblant vouloir disparaître dans la roche de la paroi. Nalar lui jeta un regard méprisant mais en réalité, c'était pour mieux contenir la vague terreur que lui inspirait la vue de cette araignée qui était apparue comme un fantôme en transparence dans les yeux du garde. Ne voulant s'éterniser, l'elfe noir continua sa route et, dès qu'il pût, se rua à toute vitesse dans le couloir jusqu’à ce que le souffle lui manque.
« Stop les gars, j’entends quelqu’un qui approche ! » Tous les membres de la Troupe Rouge s’arrêtèrent car nul n’avait jamais désobéi au chef féroce et cruel qu’était Zarknin. Les contrebandiers d’armes en tout genre sortirent les armes du fourreau, seul geste civilisé qu’ils semblaient avoir appris. Les six membres de la troupe fixèrent avec hargne le bout du tunnel. Une silhouette s’y profilait, un elfe semblait il, maigre, plutôt grand pour sa race, la peau crépusculaire, un elfe noir ! Nalar aussi les avait vus. Ses illusions d’évasion tranquille s’étaient envolées au moment où, loin derrière lui, la trompe de la Chasse avait résonné, plongent son cœur dans un bain de peur gluante et profonde. Sa vie ne tenait plus qu’à un fil, un simple fil perdu dans la vaste toile d’araignée qu’avait tissée son peuple par les siècles et les sangs. Dégainer sa dague ridicule aurait était le signal de sa mort face à la Troupe Rouge et il le savait. Contre six hommes armés et violents, la ruse polie était le seul échappatoire.
- Bonjours nobles marchants, ravis de vous rencontrer. Le Royaume n’est plus qu’à quatre heures de route dans cette direction, courage !
- Attends toi ! Qu’est que tu fais seul ici à presque cavaler ? Tu crois que l’on n’a pas entendu la trombe tout à l’heure ? Et si c’était toi que les autres recherchent là bas, on pourrait se ramasser un sacré paquet de pognon…
- Sur, d’ailleurs si vous le trouvez, la Matriarche sera ravie de vous offrir elle-même une montagne de pièces d’or. Cependant, pour vous faciliter la recherche, il se trouve que le fugitif a les cheveux longs, blancs, les yeux verts, le sourcil droit fendu. Excusez-moi mais j’ai à faire.
- Tu nous prends pour des débiles ou quoi ?! Tu dis que la cité est à quatre heures de route, la trompe a sonné il y a un quart d’heure, comment tu aurais pu savoir tout ça ?
Zarknin lui avait empoigné le col et toute la troupe le regardait avec des rictus de haine sadique et vicieuse, prête à l’égorger au moindre geste. Nalar comprit qu’il fallait maintenant prendre des risques, jouer son existence aux dés, faire croire qu’il était maître de la situation et plus puissant que toute la troupe réunie. Se calmer était indispensable mais voir que toute la paroi de la caverne tournait à toute allure autour de lui ne l’aidait pas dans cet effort. Le magie de la glyphe l’avait semble-t-il maudit de visions et hallucinations.
- Figurez vous que je suis mage et que vous m’avez gêné dans ma téléportation bande de cloportes. Laissez-moi passer où je vais m’énerver, je dois signaler le fugitif à la ville d’à côté.
- Pour qui tu te prends, rugit le chef, mage, c’est ça, moi je crois que c’est plutôt toi le monsieur à la récompense !
- Votre vie ne tient à rien entre mes mains, regardez tous, la vie…
Nalar incanta rapidement et jeta son sort d’assoupissement sur Zarknin qui n’eu le temps de réagir.
« … et la mort » continua l’elfe noir tandis que son agresseur tombait endormi à terre. « Poussez vous maintenant avant que je commence seulement à m’énerver. » D’un seul mouvement, tous se plaquèrent contre la paroi laissant passer l’elfe. La ruse fonctionnait jusqu’à ce que le chef se relève alors que Nalar n’avait que vingt mètres d’avance. « Tuez le ! » hurla-t-il tandis que ses cinq collègues se ruaient sur l’elfe noir qui avait déjà commencé à courir…
- Tromgèl, je te charge personnellement de trouver ce Nalar, tu es le plus expérimenté et le plus intelligent de tous ces chasseurs prétentieux, rapporte moi sa tête !
- Bien, Matriarche Suprême.
L’elfe noir aux cheveux noirs et aux yeux d’un orange électrique s’inclina puis sortit de la salle d’un pas leste. Personne n’avait réussi à lui survivre jusqu’ici et il ne comptait pas connaître l’échec cette fois ci. La mission lui semblait facile : proie faible, inexpérimentée et jeune. Cela relevait presque de la distraction. Première chose à faire, se mettre dans la tête du futur mort, que ferait il si il devait quitter cette cité ? Le tunnel 3-ED bien entendu.
Un citadin elfe noir se poussa pour laisser passer le Prédateur de la Cité comme on l’appelait ici. Il le regarda partir, vêtu de son armure noire et légère, sa terrible épée « Buveuse » dans le dos. Un frisson le parcouru lorsqu’il le vit pousser le garde du Tunnel des Commerçants. L’avis était unanime, le fugitif n’allait pas faire de vieux os. On pouvait dès à présent tenir paris sur le temps qui lui rester à survivre…