Chapitre 1
Que nous reste-t-il ? Que pouvons-nous encore inventer ? Que pouvons-nous encore trouver ? Reste-t-il encore quelque chose à chercher ?
Nous avons tout découvert, tout exploré, tout trouvé et inventé. Il ne nous reste rien. Nous avons tout et pourtant nous n’avons rien.
Autrefois, les hommes se demandaient si il y avait de la vie sur d’autres planètes que la Terre. Ils se questionnaient pour divers sujet, ils se demandaient pourquoi ils existaient et quelle était la raison de leur existence. Autrefois, les hommes étaient heureux.
Aujourd’hui, nous savons qu’il y a de la vie sur d’autres planètes, nous avons fait des traités d’amitié avec certaines et nous avons combattus d’autres.
Maintenant, nous sommes blasés, nous ne nous extasions plus sur de nouvelles inventions ou sur de nouvelles planètes. Pour tout dire, nous avons tout inventé, nous avons même vaincu la Mort en personne, nous sommes immortels… Ou du moins, nous pourrions l’être ; dès qu’une personne n’a plus la capacité de faire sa dose de travail quotidien, elle est emmenée. Où ? Personne ne le sait. Et personne ne se le demande. Nous ne nous intéressons plus à nos voisins. Nous ne nous lions plus avec notre entourage. Moi, quand je vois une personne qui disparaît, je la vois partir, mais je ne la vois pas revenir ; je ne sais pas où elle est emmenée. Je pense qu’elle-même ne doit pas le savoir même quand elle s’y trouve. Nous avons perdu notre esprit.
D’après nos inventions, nous pouvons vivre vieux, immensément vieux. Nos médecins ont inventé suffisamment de médicaments et de vitamines diverses pour que l’on puisse vivre éternellement.
Le problème, c’est que qui dit vie éternelle, ne dit pas jeunesse éternelle. Ainsi, nous vivons de plus en plus vieux mais nos corps continuent à se désagréger comme auparavant, avant le changement.
Notre mode de travail aussi a changé. Autrefois, la société respectait l’homme qui la faisait vivre, l’homme ne travaillait qu’un certain nombre d’heures pas très élevé et pouvait utiliser le reste de son temps comme bon lui semblait.
Ici, la journée est occupée surtout par le travail, on dort deux heures et on mange des sortes de pilules qui nous gavent et nous coupent la faim.
On te met à l’école dès l’âge de cinq ans, tu y restes jusqu’à tes dix-huit ans. Là, tu vas travailler, mais tu n’as pas le choix sur ton travail. Tout est déjà prévu, tu étudies le sujet qui fera ton travail pour le restant de tes jours.
La section de travail où nous serons envoyés est définie à notre naissance, il n’y a pas de choix personnel à faire, tout est décidé d’avance, comme chez les fourmis.
Et il n’y a pas que ça que nous leurs avons pris ; nos villes sont pareilles aux leurs. Ce point là n’est pas trop mauvais, ce n’est pas grave de vivre sous terre, on s’habitue. Mais l’homme ne s’est pas arrêté là, dans son envie de s’améliorer, il a décidé de se changer.
Nous sommes tous asexués. Enfin la majorité, comme chez les fourmis. Le changement c’est que jusqu’à treize ans, tous ont leur propre sexe ; mais à treize ans, ceux qui n’ont pas été choisi pour la reproduction subissent une petite opération. Ils disent que c’est pour nous éviter les problèmes dûs à la puberté, mais moi je sais qu’il n’en est rien.
Mais je suis le seul. Dès notre plus jeune âge, ils nous disent que nous sommes tous pareil et donc personne ne s’étonne de rester pareil, de ne pas changer. Parfois, quand je travaille dans les sous-sols et que je vois une longue file de mes semblables, je suis incapable de faire la différence entre un homme et une femme ; je ne peux même pas dire qui est vieux et qu est jeune, le travail que nous faisons nous vieilli prématurément ainsi il n’y aucune différence entre un jeune et un vieux même pas la vitesse de travail.
Nous sommes tous pareil, nous ne sommes que des morts-vivants, des robots, nous ne pensons plus, tout ce qui nous différenciait des autres est mort ; plus d’imagination, plus de volonté, plus de rêve. C’est tout juste si nous vivons encore, je suis sûr que si une reine disait à l’un des miens de mourir, il arrêterait de respirer pour lui obéir.
Mais pour moi, tout a été différent. Au départ, je suis pareil aux autres, la même tête, les mêmes bras et ainsi de suite. Je n’ai pas de véritable nom, ce n’est qu’un numéro parmi d’autres, personne n’a de nom, de toute façon, ils s’en fichent, ils ne le remarquent même pas. Mais j’ai changé, maintenant je pense différemment, je me suis trouvé un nom et je suis devenu quelqu’un.
Tout a changé le jour où je me suis perdu à l’extérieur de la Cité, normalement je n’aurais pas dû sortir mais je me sentais comme attiré par la forêt que j’avais déjà aperçue une ou deux fois. J’ose dire qu’il s’agissait d’un acte prémédité, voilà plusieurs semaines que je préparais ma sortie, pourtant je me suis trouvé désemparé devant la grandeur de la forêt. Bientôt je me suis perdu, je me sentais près à fondre en larmes. C’est à ce moment que j’ai entendu un bruit étrange ; je ne voyais pas d’où il provenait, mais je sentais qu’il ne m’était pas hostile.
Aujourd’hui, j’ai beaucoup appris, je sais ce qu’était ce bruit qui me semblait si bizarre.
Il s’agissait du rire.
Il faut comprendre que dans ma Cité, personne ne riait, personne n’avait le temps de rire.
J’étais intrigué et curieux comme n’importe quel gamin de mon âge ; j’étais aussi effrayé mais ce n’était qu’un vieil homme, un vieil homme qui devait être là depuis toujours et qui n’avait pas l’air méchant. Quand il me parla, sa voix était à la fois douce et tranquille. On y entendait la confiance et l’amour, comme on le voyait sur son visage.
- Donc c’est toi ? C’est toi que j’attends depuis si longtemps ? Etonnant, je pensais voir un garçon plus vieux. Mais tu es bien un garçon au moins ? Je ne te vois pas bien, approche je ne vais pas te manger.
J’hésitais à m’approcher, je n’étais qu’un jeune garçon et je n’étais pas bien différent des autres alors, il est normal que j’aie hésité à me rapprocher de lui.
Je me suis pourtant approché. Pourquoi ? Je ne le sais toujours pas. Peut-être le vieil homme a-t-il usé de magie. Il me fallut du temps pour arriver jusqu’à lui et lui parler mais il avait une patience infinie.
- Je ne sais pas qui vous attendez. C’est la première fois que je sors de la Ville. Normalement je ne dois pas, mais je suis quand même sorti. Et je ne sais pas ce qu’est un garçon, je ne suis pas un garçon je suppose. C’est une race de quelle planète ? J’étudie bien mais je n’ai encore jamais entendu parler d’une planète peuplée de garçons.
- Pourtant tu es un garçon, je te vois mieux maintenant et je sais que tu es un garçon. De plus je te ferais remarquer que les garçons n’habitent pas une autre planète puisque que celle-ci est leur planète d’origine. Garçon n’est que le moyen d’appeler un futur homme. Ce que tu es.
Mais dis moi, mon garçon, désires-tu apprendre ?
- C’est que je vais déjà à l’école vous savez. Depuis deux ans. Je sais déjà pleins de choses.
Il rit, aujourd’hui encore ce rire a le don d’amener un sourire sur le visage de n’importe qui. Je ne fis pas exception.
- Je te parle de choses que tu ne pourras pas apprendre à l’école. Des choses nouvelles et excitantes. Mais il faut que tu sois d’accord, je ne veux pas donner un cours à quelqu’un qui ne le désire pas.
- Je suis d’accord…Je crois…
- Parfait, j’en étais sûr. Bien, mon garçon, reviens demain ici à la même heure.
Je m’éloignais lorsque que j’entendis de nouveau sa voix qui m’appelait
- Au fait, je ne peux pas t’appeler toujours « mon garçon ». Quel est ton nom ?
- Je suis le numéro 13521.
- 13521 ! Ce n’est pas un nom ça ! Donc tu n’as pas de nom. Tant pis, je t’appellerais « mon garçon » jusqu’au jour où tu trouveras ton nom.
- Vous n’avez qu’à m’appeler comme vous voulez, ce n’est pas important.
- Oh si, c’est important un nom ! Mais il se fait tard et ils vont se poser des questions si tu ne reviens pas. Nous verrons la question des noms demain. Alors pars mais reviens demain, même lieu, même heure.
N’oublie pas de revenir demain !