Chapitre I
"Nuit de débauche", Nalar goutta de son esprit quelques instant ces mots. Oui, c'était exactement ça, il venait de participer à une nuit de débauche. Les prêtresses avaient appelé tous les fidèles de la Reine Sanglante pour le solstice d'été et dès que le jeune elfe noir été entré dans le temple, il avait rapidement identifié les diverses odeurs de plantes hallucinogènes qui flottaient dans la pièce. Une cascade, de vin ou de sang, son avis n'était pas encore fait à la question, répandait une liqueur enivrante et de nombreuses personnes avaient été ivres avant le minuit. Les souvenirs concernant ses activités nocturnes n'étaient plus très clairs. Il se souvenait vaguement de la matriarche prononçant le rituel évènementiel mais guère plus. D'ailleurs, mieux valait-il être ignorant de ce genre de choses.
A cette heure ci, toutes les lumières de la ville étaient orange. Le Soleil régnait donc sur les Royaumes Supérieurs. Les rues semblaient désertes, tout le monde avait préféré rentrer chez lui après la fête mais Nalar ne le pouvait pas. Les sentiers tremblaient comme des serpents et toutes les lumières clignotaient. Bien que l'elfe noir savait que rien de tout ceci n’était réel, ces manifestations le troublèrent. Phénomène plutôt normal vu l'atmosphère enfumée des brumes pas toujours très saines. L'elfe noir récita une petite incantation qu'on lui avait apprise au début de son service en temps qu'enfant de choeur. Les effets étranges des substances inhalées au cours de la nuit. Sort mineur mais utile lorsque presque toutes les cérémonies de son culte utilisaient des ingrédients des plus divers.
Ce qu'il fallait se dire, c'est que l'autre était en plus mauvaise forme que lui, peut-être même dormait-il. Qu'importait, l'action n'en serait que raccourcie. Nalar se dirigea d'un pas d'une fermeté difficilement contrôlée vers les quartiers prospères de la ville. Quartiers prospères, c'est comme ça que son père, dernier membre de sa famille appelait jadis les quartiers destinés aux riches. Il aurait d'ailleurs pu continuer à les appeler comme ça longtemps si il n'était mort la semaine précédant le solstice de manière plus que louche. L'elfe noir savait qu'il s'était embrouillé avec le doyen de la famille Dorkadel, famille qui possédait un fils, un fils assez robuste pour faire sauter son défunt père de la tour de magie. Instinct, divination, intuition, qu'importait puisque certitude. Ce fils, Graboril, avait eu la mauvaise chance d'avoir partagé la même classe que Nalar en troisième année. Pire, il avait eu la malchance de lui permettre de le retrouver dans le quartier bourgeois de cette ville périssant de l'intérieur à force d'intrigue.
C'était ici, l'elfe noir jeta un regard aux alentours, toujours personne, une vraie chance. Les gardes qui auraient dut se trouver devant le bâtiment avaient été de ceux ivres morts à la fin de la soirée. Nalar tourna la poignée. Fermé, bien entendu, il ne fallait tout de même pas attendre que le Destin se mêle de cette affaire, lui seul avait le droit de régler ça après tout. Il s'approcha d'un lampadaire et toucha sa surface froide et métallique. Ça allait lui mordre la chair mais il pourrait au moins accéder à la deuxième fenêtre si il s'y prenait bien. Son ascension commença, longue et douloureuse, il dût s'y reprendre à deux fois car il glissa au bout de quelques secondes. Accroché à la longue tige de fer, il évalua la distance qui le séparait de l'entrée qui semblait être destinée aux cambriolages. Il sauta sans hésiter au moment où il crut distinguer des bruits de pas venant vers lui. Il heurta de sa jambe droite le bord en pierre du bâtiment. Un éclair de douleur se propagea dans tout son corps. Se massant légèrement, il examina les volets. Pas de verrou mais cet étrange symbole qui semblait gravé à même le bois. Tout était fini, une glyphe! Il avait appris à reconnaître ces signes en dernières années. Il s'agissait de puissantes protections magiques aux effets des plus variés. Mais les pas se rapprochaient toujours et si quelqu'un le trouvait en cette posture, à coup sûr, il servirait de pâture pour l'une des centaines d'araignées géantes de la Matriarche, offrant ainsi un spectacle délicieux à tous les braves gens de haute classe. Mieux valait mourir de sa propre volonté, Nalar se jeta de toutes ses forces et de tout son poids sur la glyphe de garde.
Soudain, une terrible explosion de flammes et de bruits engloutit le jeune elfe noir et un éclair mauve lui perça le crâne dans un terrible cri. Nalar sortit sa dague que sa mère jadis lui avait donnée. Il avait déjà eu l'occasion de s'en servir mais jamais dans des conditions aussi difficiles que celles là. Le monde ne semblait plus visible et, plongé dans le noir, l'elfe écouta son ouïe et tenta d'ignorer la terrible douleur parcourant son âme et ses membres. Une porte qui s'ouvrit, quelqu'un qui sortit précipitamment, un bruit d'une arme blanche dégainée de son foureau. Nalar se traîna quelque mètres pour se placer derrière un meuble plein.
Une torche que l'on allumait. La vue de l'elfe noir revenait petit à petit. C'était Graboril, aucun doute puisque Nalar le savait seul dans la maison ce jour ci. Réfléchissant à toute vitesse, l'elfe noir récapitula ses maigres atouts. Il connaissait un seul vrai sort, un seul sort que ses professeurs clercs avaient dénié lui apprendre. Peut-être qu'il était l'heure de tester ça malgré l'accumulation de ses nuits de débauche et de la glyphe. Peut-être mais avait il le choix ? Grabordil avait peur, sa respiration le trahissait. Il n'était pas très frais non plus, cette fois ci, c'était sa démarche qui donna l'indication à Nalar. Alors, au moment ou Grabordil, ce traître de meurtrier, allait rentrer en ligne de vue, Nalar incanta.
Grabordil sursauta et pointa son épée vers l'intrus mais trop tard. Déjà, une ligne rouge fusait de la main gauche de Nalar. Il comprit bien trop vite à son goût que cette ligne voulait dire "mort !". Graboril s'effondra, prit, comme le savait Nalar, d'un petite torpeur qui allait se dissiper dans quelques secondes. Alors, l'elfe noir plongea sur sa victime et enfonça dans ses chairs tendres de la gorge sa lame, victoire sans honneur, sans combat.
Midi, toute la ville était en ébullition, le fils du doyen Dorkadel s'était fait assassiner tôt ce matin. Etait il obligatoire de signaler que la famille Dorkadel était la première protégée de la Matriarche ? Les rumeurs allaient de bon train, seul un inconscient, un fou ou un suicidaire aurait pu s'en prendre à ce pauvre garçon égorgé. Mais les pères de familles n'étaient pas dupes, le jeune Nalar Dzenkril était l'assassin. Ils avaient eu vent de toute l'affaire et attendaient en silence depuis déjà une semaine que le tragique incident qui devait arriver arriva. La chasse était ouverte par l'annonce alléchante de mille belles pièces d'or à qui rapporterait la tête du jeune elfe noir sur un plateau d'argent à la Matriarche en personne...