Je tiens à dire que le masculin à la 3eme personne est voulu et que la « montée vers Barenton » a bel et bien eu lieu, telle que je la décrivis.
J'entrai doucement dans la pièce remplie d'armures et d'étoffes mangées par les mites. Pas un mouvement, pas un bruit. Un peu de lumière filtrait par les meurtrières quasiment bouchées par la poussière et les toiles d'araignées accumulées.
Je frissonnai à l'idée qu'un rat ou qu'un autre animal nuisible pût surgir de nulle part, me surprenant dans ma muette contemplation.
Autour d'une grande table qui autrefois avait été animée, vivante - joyeuse sans doute - se trouvaient une cinquantaine de chaises de tailles et de formes différentes.
Certaines avaient des formes presque animales, d'autres évoquaient les muses et les arts - certaines étaient des chaises de guerriers... Mais dans la pénombre, je ne voyais pas précisément leurs contours.
Dans un coin étaient posés des manuscrits, qui lorsque je les touchai tombèrent en pièces. Là bas, je voyais une épée, mais ma main passait au travers, car ce n'était que le fantasme rêvé d'une tablée.
Dans l'ombre au loin, je voyais le gisant d'un homme au visage fuyant, toujours différent, insaisissable.
Stupéfait, j'oubliais mes inquiétudes, et je faisais un pas de plus. Mais même mes pas étaient silencieux dans cette grande salle. Mes semelles ne faisaient aucun bruit en heurtant le sol.
Ici était le règne du silence. Et pourtant si je tendais l'oreille, j'entendais les souvenirs d'un bourdonnement.
Les joutes verbales, les discussions à bâton rompu, les forfaits de bardes, j'entendais leur écho à peine perceptible, l'ombre qu'ils avaient à jamais imprimée à cette vieille pièce.
Un autre pas me rapprocha de la table, et je fus surpris de ce que j'y vis. Sur la table, à un endroit légèrement plus éclairé que les autres, je venais de voir un bras. J'avais sursauté, bien sûr. Peut-être même avais-je un peu paniqué.
Mais, tétanisé, stupéfait, je restais là, planté raide comme un piquet, à portée de vue de ce bras. Immobile. Pâle comme un rayon de lune.
Et puis, mes yeux commencèrent enfin à s'accoutumer à l'obscurité.
Et mon coeur manqua plusieurs pulsations. Je venais de voir une chose bien plus étrange encore.
A l'autre bout de la table était posée, sur son côté, une tête.
Et alors que je me préparais à partir, mort de peur, j'aperçus une chaise vide. Cette chaise était décorée d'une bien singulière façon. D'un style presque ridiculement baroque, l'unique modernité du meuble était qu'il était peint en blanc. Au dessus du dossier, une ellipse dorée était sculptée, évidée en son centre.
Les accoudoirs, quant à eux ressemblaient à des ailes pliées. De façon on ne peut plus grotesque, le reste du siège disparaissait sous un lourd drap blanc dont les plis nombreux pouvaient dissimuler à peu près n'importe quoi: araignées, rats, scorpions, cochons, chats... et Dieu savait quoi.
Pourtant, soudain épuisé- le contrecoup de la montée d'adrénaline, sans doute, je me sentais les jambes coupées - et la nécessité de m'asseoir se faisait durement sentir.
Je me dirigeais donc vers le siège vide, et y pris place.
Il était juste à ma taille. De là, je voyais tous les autres sièges.
Et à part l'un d'entre eux, ils étaient tous occupés non par une tête, non par un bras, mais bien par des corps tout entiers.
"Mon Dieu !" Me dis-je. Sont-ils tous morts ?
Et à ce moment là, une personne à ma gauche - une jeune fille, si je me souviens bien aux cheveux noirs portés en dessous des épaules - se mit, comme pour me répondre dans son sommeil à grommeler des mots inintelligibles - si odieusement étranges qu'ils auraient bien pu être en Polonais - avant de dire d'une voix satisfaite "et c'est pour ça", et de retomber dans le silence.
En face de moi, une autre jeune fille habillée comme une Reine, assise sur un siège plus grand que les autres (mais pas trop), et tenant, en guise de sceptre, une lance très longue qui m'évoquait vaguement un stylo géant, trônait.
Elle me regardait. De toute l'assemblée, c'était la seule qui se tenait, là, vigilante. On aurait cru qu'elle avait toujours été là, et qu'elle le resterait toujours. Mais ses yeux allaient d'une personne endormie à une autre.
Alors, j'ouvris la bouche pour conter cette histoire, que j'achevais avec ces mots:
"Ouh ouh, vous dormez, ou quoi ?"
La jeune fille aux cheveux noirs portés en dessous des épaules sursauta et termina une phrase cette fois plus compréhensible:
"Et c'est à cause du froid et de l'isolement moral ou social de certains que notre Table est ce qu'elle est! C'est pour ça!"
Je compris qu'un drame terrible avait du avoir lieu sur place!
Les légendes s'emmêlant, la malédiction jetée sur la Belle au Bois Dormant" s'était aussi abattue par une des portes du temps, si fréquentes de nos jours, sur les Chevaliers et le Roi Arthur, sur Merlin caché, et les toiles d'araignées, les rats et autres petites bêtes avaient élu domicile sur les restent d'un festin même pas consumé!
La chaise sur laquelle j'étais "sis", devait être celle du Chevalier Maudit,
El Desdicado? Je frémis! Non, il ne fallait pas que cette situation durât plus avant!
Cela n’était que fiction et mon esprit embrumé commençait à perdre toute notion de temps ou d’espace !
C'est alors que l'autre jeune fille au stylo géant se tourna vers moi et me tendit son énorme stylo!
J'eus l'impression que j'allais recevoir comme un coup de massue, mais au moment où le stylo touchait ma main, il prit une taille normale!
C'était en fait une sorte de stylo, enfin un ustensile pour écrire mais cela ressemblait plutôt à une longue plume d'oie, utilisée par les calligraphes modernes pour tracer ces délicates courbes sur des parchemins "reproduction naturelle" ou à ces pinceaux utilisés en héraldique pour enluminer les blasons des nobles ou des moins nobles, des Rois et des Ducs, bref, une "plume" dirons-nous!
Une brise légère passa au-dessus de moi et tout à coup, un parchemin se trouva sur la table, vide de toute écriture, comme appelant à y aligner des signes ou symboles!
Je me souvins que ma jeune soeur Anne, m'avait toujours posé des questions sur mon goût pour CES légendes Arthuriennes ou celtes et que je n'avais jamais répondu de façon bien précise!
Les questions me revinrent à l'esprit, j'attrapai la "plume" et soudain le papier devint d'une brillance incomparable!
Les question de ma jeune soeur demandaient pour la plupart des réponses faciles mais d'autres se rouvraient devant moi!
Je décidai de commencer par le plus simple et je laissai la plume courir sur le parchemin.
Anne me demandait toujours comment j'étais entré en contact avec la légende Arthurienne!
Je lui parlait tant des Chevaliers et combien j'eusse aimé en être un que ma réponse coula de source!
J'avais depuis ma plus tendre enfance lu des romans sur ces "Chevaliers de la Table Ronde" et lors de mes études d'anglais, je fus appelé à plus ou moins les rencontrer dans mes lectures, les questions se posant souvent de déterminer l'emplacement exact d'AVALON!
Je lisais donc, avec des périodes "vides" Markale mais surtout chrétien de Troyes et son Chevalier à la Charrette, les lais de Marie de France et les récits d'ancien Druides, ayant approché le Graal, selon leurs dires !
Je m'étais construit un monde merveilleux où les rois côtoyaient les fées et les sorcières, les fées aidant les preux chevaliers et les sorcières défaisant tout ce que les fées tissaient bien entendu !
Je me prenais souvent pour Merlin, avec son bâton et son casque d’argent !
J’eusse aimé connaître les secrets enfermés en Brocéliande, car j’avais fait dans la « mystique Forêt » une expérience plus qu’étonnante :
En effet, en visite en Bretagne, à Rennes, un ami et sa fille furent mes guides en Brocéliande !
Nous partîmes tôt le matin, mais c’était l’été et le soleil, même breton, dardait ses rayons telles des piques de feu tandis que nous escaladions le chemin qui mène à la Fontaine de Barenton. Le sol était « rosé » et faisait un contraste étonnant avec la couleur « sinople » des arbres environnants. Le chemin montait sans cesse et je sentais la fatigue peu à peu m’envahir, mais la petite fille de six ans qui nous accompagnait me dit qu’il ne fallait pas s’arrêter car le BUT était là-haut !
Une fillette aux longs cheveux et habillée de cette même couleur verte, qui, tout à coup s’assit sur une branche d’arbre en travers du chemin, me sembla tout à coup venir d’ailleurs ! Une fée ? Nous continuâmes, mais malgré mon habitude à la marche, je sentais des odeurs étranges, de fruits murs ou de baies écrasées, de champignons. Une légère brise agitait un côté du chemin, mais l’autre côté demeurait immobile ! Comment cela était-il possible ? Une brise agite les deux côtés des arbres d’un chemin pensai-je ! Tout en progressant, je sentis des présences mais non hostiles, presque amies ! Nous atteignîmes le plateau !Enfin ! Vaste étendue d’herbe séchée et de sapins, sable conduisant vers un « tas de pierres », que je considérais être la fameuse Fontaine !
Et alors elle apparût et de plus, elle bouillonnait, signe assez rare !
Les pierres étaient bien là, et même LA pierre qui selon les dires, avait été volée et remplacée par une autre de la même grosseur ! Vraie Pierre de Merlin ou pas, je vis le filet d’eau qui s’échappait du « trou » de la fontaine et en prit un peu dans ma main !
Je courus la jeter sur LA pierre ! Et à ce moment précis, le ciel s’assombrit, il faisait soleil cinq minutes auparavant et là, les nuages plombaient le ciel !
Un éclat de tonnerre se fit entendre ! Quelques gouttes de pluie, puis de nouveau le soleil réapparût ! Et moi, pauvre visiteur en ce pays magique et qui connaissait bien la légende, je commençai à me poser des questions !
A cet instant précis, la forêt s’entrouvrit et la couleur verte fit place à un rouge sang, tirant sur le brun ! Tout le fond de la clairière de Barenton devint rouge et ma tête se mit à tourner, tourner, je voyais les arbres au-dessus de moi mais le rouge dominait tout !
C’est alors qu’un homme, à la chevelure châtain et barbu s’approcha, tout habillé comme pour aller à quelque festivité ! Il était grand, sa démarche royale, et je le vis qui partait dans la direction opposée à la nôtre !
Mon regard ou bien mon esprit le suivit ! Il s’engagea dans un fourré touffu puis disparût !
En une fraction de seconde il revint une épée à la main, et je reconnus Excalibor, l’épée du rocher que seul le Roi à venir (dans la légende) pourrait dessertir de la roche !
Je ne savais pas si je rêvais ou si tout cela se produisait car tout d’un coup, les arbres reprirent leur forme et leur couleur et mes amis me demandèrent où mon esprit louvait bien encore se balader ! (Ils connaissaient mon goût pour les légendes Arthuriennes). Ce ne fut que beaucoup plus tard que j’osais raconter, devant une galette de blé noir farcie aux champignons et au petit salé, que je pus leur raconter ma « vision » car pour moi cela restera une vision ! Tout le monde s’attend à voir le Chevalier Noir à Barenton, moi j’avais vu :
ARTHUR…
Tout en attestait et je me dis que je ne raconterai mon histoire qu’à un groupe de gens déjà un peu initiés à ce monde, sous peine de passer comme souvent pour le professeur « foldingue » !
Nous étions entre temps sortis de Brocéliande en passant par l’arbre d’or et le miroir aux fées ou de nombreuses libellules d’un vert brillant attirèrent mon appareil photo ! Par la suite bien sur, on ne vit que du feuillage, mais elles étaient bien une dizaine a danser sous mes yeux à ce moment là !
Je rentrais à mon hôtel, épuisé, et hésitait ce soir-là à m’endormir, ce qui arriva pourtant et mes rêves furent peuplés de Viviane et Morgane se lançant des piques, de Gauvain arrivant a la rescousse, d’un Lancelot en piteux état, d’une Guenièvre fade et sans passion, enfin la légende « trop connue » défaite en morceaux de puzzle que j’aurais du mal à reconstruire seul !
Des questions revenaient sans cesse pour moi !
Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Brocéliande et Brécheliant (les mêmes sonorités), Avalon et Gladstonbury, le Royaume Arthurien était-il en France ou bien en Grande-Bretagne ?
Ce royaume dominé par des femmes bien souvent rappelait bien la société Celte, ce qui n’était pas surprenant du tout : Un Roi, un magicien (Dagda et son chaudron chez les premiers peuples Celtiques), une fée, une sorcière, les Triades Celtiques, les Nornes Scandinaves, les filles du Rhin, tout était mêlé pour donner une HISTOIRE !
Cette HISTOIRE pouvait-elle être vérifiée et rendue véridique ?
Les Chevaliers n’étaient-ils pas encore en train de chercher le Graal ?
Sous quelle forme ? Morale ? Matérielle ?
Les Chevaliers modernes existent mais ils ne portent pas d’épées !
Plutôt bardés de cuir comme Mad Max, ils s’en vont à la conquête d’un « monde perdu » ou d’un « deuxième monde » meilleur, ou encore d’un monde parallèle au nôtre possédant des portes permettant le passage spatio-temporel à tout moment !
Je me mis à penser tout haut et c’est alors que le stylo-plume m’échappa des mains et alla se replacer, GEANT, dans la main de la jeune fille qui le tenait au début !
J’en déduis que j’avais du sans doute écrire assez à son goût, puis j’entendis su bruit dans la pièce à côté, on festoyait ! Un trouvère était revenu et avec un petit groupe parlait justement de l’honneur des chevaliers et des valeurs Moyen-Ageuses !
Je m’approchais pour ne rien perdre de ses paroles !