Il pleuvait, un mince rideau d’eau argentée filtrait le ciel nocturne et une douce bise caressait les murailles de la ville de Baltora. Un grand cavalier approchait lentement sur un bel étalon brun. Il portait une grande cape à capuchon qui cachait son visage, un carquois et un arc dans le dos et une grande épée attachée à sa ceinture. Il passa les portes de la ville et chevaucha jusqu’à une petite auberge. Il confia son cheval à un palefrenier et entra. La pièce était chaude et chaleureuse, les conversations y était animées et la bière abondante. L’homme retira son capuchon, il avait les traits fins, de longs cheveux bruns qui lui arrivaient au cou et un nez cassé ; le silence se fit dans la salle et tous les regards se tournèrent vers lui. L’aubergiste prit la parole après un petit moment:
- Herdar, est ce bien toi ? dit-il.
- Oui, en effet et j’aimerais bien manger quelque chose, je meurs de faim, répondit l’intéressé.
- Je t’en prie assied toi! Thalit, apporte une bonne bière et un repas chaud, ordonna l’aubergiste à un serveur
Et il s’assit avec le dénommé Herdar, qui était maintenant l’objet de tous les regards et de toutes les conversations. Et dès que la bière et le repas furent apportés, plusieurs personne s’approchèrent de la table et lui demandèrent de raconter d’où il venait et ce qu’il avait fait. Et Herdar parla, parla longuement. Deux heures plus tard environ, il reprit son cheval et partit. Il arriva bientôt à une grande battisse, un peu en dehors de la ville et y entra.
Le lendemain, Herdar se réveilla, effrayé ; il faisait nuit noire et il ne voyait rien. Il lui semblait avoir entendu un bruit mais seul le hululement d’une chouette troublait le profond silence de la nuit. Il se leva, chercha à tâtons une bougie et l’alluma ; une douce lumière éclaira la pièce. Il n’y avait personne, il devait avoir rêvé. Il sortit de la chambre et se dirigea vers une autre pièce. C’était une grande salle d’entraînement ; il y avait des collections d’armes un peu partout, un dojo au centre et des mannequins de bois criblés de flèches était adossés aux murs. Il avança, prit un grand arc en bois d’if et quelques flèches, se dirigea au fond de la salle et commença à tirer. La pièce était sombre et pourtant chacune de ses flèches touchait un mannequin en pleine tête. Dès qu’il n’eut plus de flèches, il se tourna vers le mur et attrapa une dague, puis, avec une rapidité fulgurante, il se remit face aux mannequins et l’envoya pile entre ce qui représentait les deux yeux du mannequin. Puis il attrapa une épée et fit avec quelques mouvements complexes dans le vide.
Vers midi, il finit son entraînement et alla manger. Puis il décida de faire le tour de sa salle d’exposition ; c’était une très grande pièce, peut-être deux fois plus grande que la salle d’entraînement et pourtant elle était entièrement remplie : il y avait des vitrines adossées à tous les murs et des tables au milieux de la salle. Les vitrines exposaient toutes sortes de colliers, amulettes ou autres bijoux et sur les tables étaient posées des armes de tous types, beaucoup d’armes. Tout ce qui se trouvait dans cette pièce était le fruit de ses aventures ; car en fait, cet homme d’environ quarante-cinq ans n’avait qu’un seul regret dans sa vie : il la trouvait monotone, trop banale. Dès son plus jeune âge, il avait dit que rien de spécial, rien qui sorte un tant soit peu de l’ordinaire n’était arrivé dans sa vie ; c’est pour ça qu’il était plusieurs fois parti à l’aventure. Il était allé dans de nombreux pays et avait traversé les Terres Sauvages, le royaume de Siin, les terres nordiques, Kargâths et la république de Sayadinha. Il en avait rapporté de nombreux objets dont ceux qu’il préférait étaient exposés dans la vitrine de sa chambre. De plus, il avait acquis une grande connaissance, notamment en magie ; la magie était une chose étrange, à la fois relativement facile à maîtriser et à la fois incontrôlable quand elle se mettait en colère, elle était l’essence de Karthag, le monde où il vivait. Cependant, malgré ses voyages, sa soif d’aventure n’était pas étanchée, il voulait faire toujours plus.
Il remonta dans sa chambre, s’allongea sur son lit et contempla le ciel d’un noir d’encre parsemé de petits trous scintillant, les étoiles. Il poussa un soupir repensant à tout ce qu’il avait vécu sous leur regard bienveillant et se dit qu’il n’y avait qu’elles qui, malgré le temps qui coulait, restaient les mêmes, toujours à contempler le monde de l’espace infini, comme des anges gardiens ; alors que le monde lui, changeait sans cesse, mais sans apporter la moindre satisfaction à Herdar. Il se laissa emporter par sa rêverie et tomba dans un profond sommeil.
Quand il se réveilla, l’éclatante lumière du Soleil illuminait la chambre et le jour était levé depuis longtemps. Il se leva et sortit dans le couloir. Mais le corridor était rempli de fumée noire et étouffante, un feu s’était déclaré dans la maison. Il essaya d’avancer à tâtons mais l’air vicié rentrant dans ses poumons et l’épaisse fumée noir obstruant sa vue l’en empêchaient. Cependant, il resta calme ; il dirigea la paume de sa main vers l’écran de fumée et prononça des paroles étranges ; une bourrasque de vent jaillit de sa main, chassant toutes les sombres vapeurs. Il continua sa progression et descendit au rez-de-chaussée. Mais dès qu’il avança dans le vestibule, les flammes l’entourèrent. Ses yeux reflétaient l’immense barrière de flammes qui dansaient autour de lui. Des nouvelles paroles étranges, et un torrent d’eau déferlant de la pomme de sa main éteignit quelques flammes devant lui ; il courut et sortit dans le jardin.
Il s’approcha d’une fenêtre et aperçut au milieu des décombres et des cendres, une grande gemme rouge sang, luisant d’une belle couleur orangée au milieu de petites flammes dansantes. Et dès qu’Herdar posa son regard dessus, la pierre trembla, elle se dilata et une onde de choc se propagea sur des centaines de mètres aux alentours, rasant tout sur son passage, tel une vague rouge déferlant sur le sol. Herdar fut projeté par la puissance de l’onde de choc et perdit connaissance.