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Sujets concernés par ce texte : Fantasy
Type de document : Conte

     
 
Le soleil avait disparut depuis une bonne heure, derrière l’horizon. Les étoiles commençaient à parsemer le ciel de leur pâle lueur, dominées par l’éclat de la lune rousse.
La rivière qui courrait dans le val, dans le froid de cet hiver naissant, laissait échapper une brume épaisse qui envahissait peu à peu le vallon. Réduisant les toits des maisons, à de simples îles perdues dans une mer de coton. On pouvait encore distinguer les faibles lumières sortant des fenêtres des habitations, les plus proches.
Prés de la forêt qui semblait représenter le dernier bastion à résister au brouillard, se trouvait la maison de Bul-waïr chasseur de son état.

En entrant, la chaleur régnant dans ce gîte était tout ce qu’il y avait de plus apaisant. La femme du maître de maison faisait un peu de ménage alors que le chasseur était plongé dans ses pensées. Assis confortablement dans son fauteuil prés du feu, il fumait sa pipe. Une douce fumée s’exhalait autour de lui.
Un bruit soudain, de l’étage, détourna son attention et celle de sa femme de leurs pensées. Les enfants descendaient de l’escalier en courant. Inaïa et Keavalor  devaient être au lit, mais avaient tenté d’endurer le courroux de leur mère en rejoignant leur père prés du feu.

"Père ! Père ! Peux-tu nous raconter une histoire comme tu l’as fait l’autre soir ?" disaient les enfants.

Bul-waïr sourit devant tant de hardiesse sachant qu’il valait mieux éviter d’attiser le mécontentement de sa femme. Alors que celle-ci s’apprêtait à menacer les enfants de les attacher à leur lit, le chasseur adressa un regard à sa femme, lui demandant de les laisser s’installer à ses coté. Sa femme non sans lui jeter un regard de désapprobation obtempéra.

"Oui les enfants je vais vous conter une histoire."

La petite fille pris ses aises sur les genoux de son père et le garçon prit place prés du feu dans une petite chaise. Le chasseur pris une longue bouffée de fumée puis plongea son regard dans les braises de l’âtre.

"Vous connaissez mes enfants le village de Piepic ?"
 
 Les enfants acquiescèrent vivement en sachant que les habitants de ce village n’étaient pas réputés pour leur subtilité d’esprit, et que l’histoire risquait d’être des plus cocasse.
 
"Eh ! Bien, je vais vous conter l’histoire d’un âne qui voulait manger un chardon bien mal placé."

Bul-Waïr commença son récit.

"Un beau matin, un fermier de Piepic menait son âne au pacage. En passant devant le sanctuaire, le baudet s’arrêta et se mit à braire, le museau en l’air. L’homme leva les yeux aussi hauts que ceux de son âne, et il vit un superbe chardon qui se balançait au gré du vent, au sommet d’une des flèches de la bâtisse.
Comme le maître avait l’âme bonne et qu’il s’agissait à la fois de satisfaire la gourmandise de son compagnon et de supprimer la plante qui déshonorait l’édifice, il décidât de demander à ses voisins de l’aider.

Le plus adroit de tous attacha un caillou à l’extrémité d’une corde, et il le lança vers la pointe de la flèche. Après deux ou trois essais infructueux, la corde s’enroula autour du sommet, et elle glissa jusqu'à terre, entraînée par le poids du caillou. L’un des bouts, en nœud coulant, fut passé autour du coup de l’âne et, à l’autre bout, tous les hommes s’attelèrent.

L’animal fut hissé vers le sommet pour qu’il pût manger le chardon. Quand il perdit pied, il joua des quatre fers et se mit à braire.  

"Voyez l’impatient", criaient-ils tous, "il brait et agite les pattes d’empressement."
 
En arrivant en haut du toit, il ne disait plus rien, élevé au niveau du chardon, il tirait la langue.

"Voyez le gourmand", criaient-ils tous, "il tire la langue, il veut lécher le chardon avant de le manger."

Hélas ! L’âne ne mangea pas le chardon, et quand on le descendit de sa potence, il était étranglé net.

Et voilà comment les habitants de Piépic voulurent faire manger un chardon par leur âne au sommet d’une des flèches du sanctuaire."
 
     

 
par Keavalor
le 20/01/2006
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