Chapitre 9 : Le cadeau
Je fus le dernier éveillé ce matin, tous les démons étaient déjà debout. Voyant que j’étais conscient, ils se rassemblèrent autour de moi. Midj amorça le dialogue, il était d’humeur joviale :
- Bien le bonjour à toi, frère.
- Frère ?
- Ce sera ton titre maintenant que tu as choisi de vivre parmi nous.
- Je n’ai jamais dit que ce serait définitif.
- Bien entendu ! Tu es totalement libre d’aller et venir.
Je ne ressentais plus de peur vis-à-vis de ces démons malgré le fait que j’étais encore impressionné, eux, à contrario, semblaient sincèrement heureux de ma présence, comme un groupe d’enfants à qui on présente un nouveau camarade de jeu. Midj repris un ton sérieux.
"Par contre, maintenant que ton choix est fait, tu seras soumis à deux nouvelles règles. Tu seras condamné … à manger ta nourriture comme nous, crue…"
Je pris une petite mine de dégoût… mais rien de grave… je m’attendais à pire, comme …
"… et tu seras aussi obligé de prendre partie à nos « partages ». Nous t’avons d’ailleurs attendu pour celui de ce matin. Si tu fais vraiment partie de la famille, il est essentiel que tu participes à ces moments avec nous."
Ce fut le choc. Je pensais avoir accepté les coutumes de ces êtres, mais pas au point de les partager ! En un instant, je passai du relâchement complet, à une terrible envie de fuir. Mais, c’était trop tard, les démons m’entouraient déjà et me mettaient debout… Ce fut Sidja qui s’approcha de mon cou en premier, j’étais tétanisé.
"Tu n’as rien besoin de faire. Laisse toi porter, et apprécie …"
Elle commençait comme la dernière fois à me mordre la base du cou. Ce n’était pas quelque démon inconnu, c’était elle, Sidja. Au prix de puissants efforts mentaux, je réussi à m’abandonner à une confiance aveugle, en tentant de ne penser à rien d’autre qu’a mes sensations physiques, laissant à Sidja le soin de mon corps. Finalement, sans que j’eu le temps d’y penser, c’était moi qui léchait son sang. Mon esprit divaguait dans une brume que je maintenais moi-même, je ne comprenais pas tout ce qui m’arrivait, et c’était bien mieux ainsi. Je ne sais combien de temps j’ai léché, mais c’était fini, c’était maintenant le tour de Zidja.
Zidja était moins douce que sa sœur, je sentis mieux la morsure, et les coups de langue se firent plus rapides. A mon tour de la lécher, comme par mimétisme, je ne fis plus de tendres caresses comme à Sidja, mais je buvais le liquide doux et chaud à loisir, tentant d’en prendre le plus possible à chaque lape. Ma conscience commençait à reprendre contact avec le sol, je me sentais moins mal.
Mais j’eu un nouveau choc mental, c’était cette fois Widj qui s’approchait de moi.
Dans tout ce que j’avais appris, dans tous les arts que j’avais pu admirer et dans toutes les conversations que j’avais eux, l’amour du sexe opposé était prôné, je pu ainsi grâce à ça m’abandonner aux démones en n’ayant à contrer que la retenue de la race, que j’avais finalement réussi à surmonter. Mais c’était maintenant un mâle qui se présentait à moi, je ne savais pas quoi faire mais je me sentais obligé de réagir, devais-je refuser ? Accepter ? Devais-je me libérer ou me contenir ? Il vit que j’avais de la réticence, il me parla avec douceur.
"Laisse toi faire, ne réfléchis pas, tu avais peur de nous autres il y a moins d’une semaine, et tu as finalement accepté seul et sans pression de rester parmi nous. Je ne te propose pas de renier ta sexualité, ni même de la modifier. Je te demande juste de m’accepter comme un égal, comme un ami intime, comme un frère."
Ces paroles me calmèrent, je me concentrai de nouveau pour me relâcher totalement, après tout, partager le sang de démones était déjà sacrilège, je n’ose imaginer ce que m’aurait fait mon maître s’il avait apprit ça, que ce soit avec un mâle démon ne faisait que rajouter un peu à la note. Widj était doux, peut être même plus que Sidja, et pourtant, je ressentais sa force surhumaine dans sa morsure et dans sa succion. C’était à mon tour de boire. Je commençais à me poser mentalement des limites quand à l’acte du partage, me disant que ce que j’étais en train de faire n’avait pas de significations réellement profondes, en tout cas actuellement.
Vint ensuite le tour de Midj, il n’avait pas besoin de me rassurer, la voie a déjà été tracée par son frère, peut être devais-je dire à présent, mon frère …
Le rituel était terminé, ma tête était remplie de pensées diverses, je me sentais bien et mal en même temps, protégé et nu, en confiance et en danger, heureux d’être ici et désirant être loin … Mais mes esprits revinrent finalement, et Midj en profita pour me parler, je crû qu’il s’agissait de l’annonce habituelle du départ mais …
- Maintenant que tu as décidé de rester parmi nous, nous n’avons plus besoin de sortir avec Widj. Nous allons reprendre nos habitudes : entraînement le jour et chasse le soir.
- Pourquoi n’avez-vous plus besoin d’aller à l’extérieur ?
- Nous sortions pour surveiller les mouvements des démons rouges, pour qu’ils ne te gênent pas lors de ta période de décision, maintenant, tu es prêt à les recevoir.
La haine envers les démons rouges que j’avais mise de coté durant ces derniers jours me revint à l’esprit comme une mission divine, jusqu’à présent, et peut être était est-ce encore le cas, le but de ma vie n’avait été que de traquer ces êtres malsains. Comme d’habitude quand je pensais à ces eux, je portait la main à ma ceinture pour vérifier que …
- Mon épée est restée à la tour !
- Ne t’inquiète pas, nous avons tout prévu…
Sur ce, Midj se rendit au fond de la grotte, dans une partie qu’en ces quelques jours je n’avais pas pensé à explorer. Il en revint rapidement, portant un tissu rouge emballant deux objets…
"Tiens, bienvenue chez les démons de sang, ennemis mortels des démons rouges."
Je défis rapidement le tissu et … merveille, dans cet écrin étaient emballées deux magnifiques ailes de Waldriss en parfait état.
Les ailes de Waldriss sont de longs tranchants en demi-lunes, la zone coupante étant située à l’extérieur, sur la partie bombée. Elles se tiennent au centre de leur corps, le bras du porteur étant placé en perpendiculaire aux lames. Pour frapper, l’utilisateur doit donner des coups latéraux ou faire des tours complets sur soi même, créant ainsi un espace de protection offensive.
C’est l’arme favorite des chasseurs de démons solitaires, considérées comme n’étant maniables que pour l’élite, j’avais toujours rêvé de ne serait ce qu’en toucher une paire, et celles-ci venaient de m’être données, j’étais aux anges.
- Où les avez-vous trouvées ?
- Nous les avons arrachées lors d’une attaque sur un nid de démons rouges, elles ont du appartenir à un chasseur malchanceux…
- Mais je n’ai jamais appris à m’en servir.
- Je te fais confiance, en quelques jours tu les manieras parfaitement. Et de toutes façons, nous avons maintenant à nous entraîner !
Chapitre 10 : L’entraînement
Nous entamâmes donc l’entraînement, pour ne pas blesser mes partenaires, j’enroulai des morceaux de tissus autour de mes lames. Les démons combattaient pour leur part à mains nues, cela ne m’étonna pas, comme la majorité des démons que j’avais pu étudier avec mon maître, leurs uniques armes étaient leurs griffes. L’erreur à ne pas commettre était de sous-estimer cet armement pour le moins archaïque, j’ai pu me rendre compte que chacun de leurs ongles était aussi tranchant que mon ancienne épée.
Durant la journée, nous avons mis en pratique un grande nombre de situation de combat : chacun pour soi, équipes, un contre tous avec handicaps… je ne m’étais jamais autant amusé de ma vie. Contrairement à ce que j’avais imaginé, Midj et Widj ne frappaient pas avec forcément plus de force que leurs sœurs, ils comptaient eux aussi principalement sur leur vitesse, qui était impressionnante. Mais ce qui m’intriguait le plus dans toute cette famille, au-delà de leur vitesse d’exécution, était leur temps de réaction. Etre physiquement très rapide est une chose, arriver à utiliser le maximum de cette vitesse en était autre chose, surtout à ce niveau. Chacun de leurs mouvements paraissait avoir été longuement calculé, et leurs changements de direction étaient presque instantanés. Je mis ça sur le compte de leur entraînement régulier et de leurs capacités psychiques largement au-delà de celles des humains, si ils pouvaient prendre mon contrôle, ils avaient certainement un mental capable de réagir à la vitesse de la foudre.
Le soir, les deux filles partirent chasser, et je n’avais pas eu le temps de récupérer entièrement qu’elles étaient de retour, le menu du soir dans les bras. Il était maintenant clair pour moi qu’ils ne passaient pas la journée entière à traquer les lapins…
Comme l’avait définit Midj le matin même, je dus manger mon animal cru. J’étais au début un peu réticent, mais ne voulant pas générer une disharmonie je cachais ma gêne, je prévoyais que je n’accorderais plus d’importance à ce détail les jours suivants. Après tout, tellement de choses avaient déjà changé en si peu de lunes…
A la fin du repas, j’eu pour devoir de me plier à nouveau à la seconde règle, participer au partage. J’étais moins passif que le matin, refoulant ma gêne et trouvant mon plaisir. Ce qui semblait sincèrement plaire à mon nouveau groupe. Et à la fin de ce rituel, épuisé aussi bien physiquement que mentalement, je fus heureux de me coucher dans le cercle formé par mes amis.
***
Trois jours et trois nuits passèrent de cette façon, partage du matin, entraînement la journée, lapin cru en soirée, partage du soir et corps serrés la nuit. Je n’avais plus de réticences dans quoi que ce soit, mais j’étais toujours le même, je reprenais enfin mes aises et mon caractère, n’hésitant plus à parler, à répondre et même à insulter gentiment pendant les combats. De plus, j’avais l’impression d’utiliser mes ailes de Waldriss comme si j’étais né avec, et ma technique se perfectionna à un point que je n’aurais jamais pensé atteindre, a fortiori en si peu de temps.
J’aurais pu me satisfaire de ce bilan, mais justement, mes performances me faisaient plus peur qu’elles ne me satisfaisaient. Dans mon ancienne équipe, même en m’entraînant avec encore plus d’acharnement et avec un maître spécialisé dans ces armes, je n’aurais jamais su utiliser ces objets au maniement complexe aussi vite.
Toute ma tactique évoluait trop rapidement. J’avais l’impression que chaque fois que je trouvais une technique, je l’assimilais immédiatement et ce pour chaque nouveau cas de figure que je rencontrais. La situation, sa parade et sa riposte s’inscrivaient directement dans mon esprit, sans effort mental de ma part comme cela devrait être le cas.
Plus troublant encore, la vitesse de mes nouveaux partenaires que je trouvais surnaturelle il y a si peu, m’apparaissait de plus en plus accessible. Mon physique n’avait pourtant que peu évolué, mais en fait, il me semblait que c’étaient eux qui ralentissaient. Et petit détail étrange, j’avais l‘impression que ma vision nocturne s’améliorait.
Je n’aurais pas pris garde à ces détails si ils m’étaient arrivés de manière séparée, mais cette grande addition et surtout la vitesse à laquelle elle est apparue me semblaient trop étrange pour être naturelle. Bien que tout m’était bénéfique, je doutais sur mes compagnons, surtout que je commençais à développer une certaine accoutumance à leurs rituels, comme s’ils étaient devenus une drogue.
Je fis part à Midj de mes observations durant le repas du soir, entre deux bouchées sanglantes.
"Intéressant…"
Il m’avait écouté sans mot dire, il semblait un peu soucieux, c’était une situation que je ne lui connaissais que peu.
- Tu t’en es déjà rendu compte, je pensais que ce serait plus lent…
- De quoi parles tu ?
- Ecoutes, je sais que tu ne vas pas apprécier, mais il faut que tu attendes un peu avant que je ne t’explique tout.
En effet, je n’appréciais pas. Je m’attendais à ce qu’il me réponde quelque chose de banal, ou même, qu’il n’en sache rien. J’avais l’impression d’avoir mit le doigt sur un point sensible. Cela semblait être un effet voulu, et il est gêné de m’en parler directement … Me rapprocherais-je de la raison pour laquelle ils m’ont amené ici ?
- Mais pourquoi donc ? Je suis avec vous depuis assez de temps, je me suis habitué à toutes vos coutumes. Vous m’appelez frère. Qu’avez-vous donc à me cacher ?
- Il vaut mieux attendre que le phénomène s’achève avant que je te l’explique. Si je t’en parle maintenant, tu risques de prendre peur. Hors il faut que tu sois en pleine confiance pour que tout se déroule normalement.
- Moi ? Peur ?
J’émis un petit rire pour détendre l’atmosphère, bien que c’étais surtout moi qui était tendu, Midj savait maintenant ce qui ne me faisait pas peur, et forcément, ce qui est susceptible de me le faire…
- Combien de temps cela prendra t-il ?
- Cela ne devrait plus être long.
Il hésitait. Il se tourna vers Widj et semblait lui parler en n’utilisant uniquement le regard. Et finalement, il ajouta.
"Mais avant que je ne t’explique, il y a quand même un détail qui pourrait grandement te servir. Sache que lors d’un affrontement, si tu déploies ta concentration sur une action décisive, tu auras alors la certitude vaincre."
Après cette annonce, les questions dans ma tête se multiplièrent. Je n’étais plus sur de rien, j’aurais parié que lorsque ce « phénomène » serait achevé, je saurais pourquoi j’étais là, mais d’un autre coté, j’avais l’impression que ce phénomène donnerait un caractère plus définitif à notre « famille »… Je me demandais si je ne devais pas prendre l’offre de partir maintenant. Mais je savais que si je partais, je le regretterais toute ma vie. Maintenant que j’avais fait un pas, il fallait voir ce qu’il y avait de l’autre coté du chemin.
Nous finîmes de manger rapidement. Le partage se fit de manière un peu moins passionnée qu’à l’accoutumée, mais j’y puisais maintenant ma force. Nous nous endormîmes comme d’habitude, ma tête sur le ventre de Widj, et la tête de Sidja reposant sur le mien.
Chapitre 11 : L’attaque
Je fus réveillé au milieu de la nuit par Widj, il forçait sur ses abdominaux pour bouger ma tête. J’ouvris les yeux, il me fit signe de ne pas faire de bruit, je sentais autour de moi que les autres étaient aussi réveillés, bien que leurs mouvements étaient quasiment imperceptibles.
Je ne comprenais pas pourquoi ce réveil, et d’un coup je le vis dans un trou entre les ailes qui me recouvraient, un démon rouge. Je me tournais vers Sidja sans que mon mouvement ne fût visible de l’extérieur. De sa main, elle m’indiqua qu’ils étaient sept et me montra celui que je devais attaquer. Je montrais mes mains vides pour signifier que je n’avais pas mes armes, elle me les montra de la tête, elles étaient posées entre nous, je me les équipai. Elle fit ensuite un décompte avec ses mains. 5 … 4 … 3 … 2 … 1 …….. 0 !
Je me levai le plus rapidement possible, en même temps que mes partenaires. Les démons rouges ne nous encerclaient pas, cinq d’entre eux s’avançaient vers le fond de la grotte à pas silencieux et deux autres étaient restés en arrière pour surveiller l’entrée. Midj, Zidja et Sidja se jetèrent sur ceux allant vers le fond et Widj attaquait le démon sur la gauche de l’entrée alors que j’engageais le combat avec le dernier restant.
J’étais autant pressé de me battre qu’un animal enragé, c’était un grand moment pour moi. Durant le temps passé avec maître Razorwhite, je n’avais jamais eu de combat direct ou égal avec un démon rouge, j’en avais abattus de loin à l’arbalète ou avait combattu au corps à corps en équipe, notre maître s’étant préalablement assuré de notre surnombre. Il me fallait maintenant en affronter un seul à seul, j’étais prêt, et pressé d’en découdre !
Il était petit, comme tous les représentant de sa race, je lui donnais un mètre vingt au maximum, et il se battait comme les démons mauves, avec ses griffes. Mais je savais que sa taille modeste et son absence d’arme en plus de faire croire à un adversaire facile permettaient une bien plus grande mobilité et facilitaient l’esquive, même mon maître évitait d’en avoir à combattre deux simultanément, bien que ce fut le plus grand guerrier que j’avais pu imaginer.
Le combat était entamé, le fait que nous utilisions tout les deux des armes extrêmement courtes donnait une allure étrange à la lutte, il n’y avait jamais de parade ni de contact, notre défense était basée uniquement sur l’esquive. C’était ma spécialité, mais la sienne aussi. Nous nous approchions, attaquions sur la défensive, esquivions et remettions la distance entre nous. Le tout donnant l’impression d’une danse macabre. C’était très différent de ce que ce que je faisais habituellement à l’épée, j’avais l’habitude de me placer très proche de mon adversaire pour l’empêcher de placer ses coups et d’abuser des esquives, mais aussi des parades. Mais je m’étais parfaitement entraîné durant ces trois jours et je menais dans ce combat, bien que je n’arrivais pas à porter le coup final.
Mon rythme cardiaque était à son maximum, la haine me donnait une force supplémentaire, mais je ne faisais plus assez attention à ma défense, je voulais vaincre ! C’est alors que les paroles de Midj me revinrent en tête « si tu déploies ta concentration sur une action décisive, tu auras alors la certitude vaincre ».
L’opportunité d’une telle attaque ne venait pas, assaut, riposte, esquive, je n’arrivais pas à me créer d’opportunité… Et d’un coup, je la vis, l‘ouverture. J’étais proche, tous mes membres étaient prêts et l’ennemi était en train de ramener ses bras sur son corps. Je donne un coup du pied sur sa griffe droite et en même temps je bloque son autre main avec mon aile de Waldriss gauche. J’avais l’impression que tout se passait au ralenti, j’avais le temps de calculer tous mes mouvements et d’imaginer tout ce que pouvait éventuellement faire le démon, mon attaque était totalement imparable. Ca y est ! Ses deux bras sont écartés, mon élan est largement suffisant, il ne me reste plus qu’à abattre mon aile droite ! C’était lent, j’avais l’impression que mon bras mettait une éternité à accomplir mon ordre, mais le démon ne pouvait rien faire, il commençait à peine à remarquer que c’était fini. La lame toucha enfin son ventre et lui fit une profonde entaille à travers toute sa paroi abdominale, il tomba en arrière, son sang s’échappait à gros flots… Il était hors de combat, le temps se remit à couler à vitesse normale.
Je regardais la bête écarlate se tordre de douleur, je repensais à l’enseignement de mon maître, « toujours achever un ennemis à terre » … Mais à quoi bon, j’étais vainqueur et il le savait, je n’en avais pas besoin. En désobéissant à cet enseignement, je penser marquer une nouvelle étape dans ma séparation, je me créais une éthique de guerre personnelle. Aussi, me retournais-je pour voir mes amis, il n’y avait plus de bruits de batailles, tous les démons rouges étaient morts, la tête séparée du corps, du sang coulait sur les griffes des quatre démons mauves.
J’allais les rejoindre, mais Sidja regarda derrière moi et se jeta à terre ! Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose … Je me baissais le plus vite que je pu, le temps s’était à nouveau ralentis. Ainsi, j’entendis lentement un petit sifflement venant de derrière ma tête, je sentis lentement un petit objet passer entre mes cheveux, et je vis lentement la fléchette entrer dans mon champ de vision pour aller se planter dans le mur en face de moi …
Je me retournai vers mon adversaire vaincu, il était en train de rire, il se tordait par terre, perdant son sang et incapable de résister au rire horrible qui l’assaillait, il tenait une petite sarbacane dans sa main.
Il avait essayé de me tuer en traître alors que je lui avais laissé la vie sauve, mon sang me monta à la tête, je m’approchais de lui, il riait encore plus, il était devenu fou. Cette attaque et ce rire me firent profondément ressentir une chose, j’avais peut être quitté mon camp en quête de nouvelle philosophie, mais il ne fallait pas que j’oublie, que c’était le même monde. Le même monde de traîtrise, de haine, de peine, de mort…
J’arrivai à sa hauteur en lui jetant un regard de pitié, il continuait à rire. Je n’y teins plus, je lui plantai mes lames dans le ventre, j’observais ses yeux jaunes, il ne riait plus du tout, la fin était venue. J’écartai les bras le plus que je pu. Le démon éclata et s’éparpilla en d’innombrables morceaux à travers la grotte.
J’étais épuisé, pas tant physiquement que mentalement. Pendant les entraînement, le temps ne s’était pas ralenti de manière aussi prononcée, dopé par la soif de sang, mon cerveau à du dépasser ses limites. Je commençais à me baisser pour ramasser les morceaux de nos adversaires malchanceux, mais ce fut pour mieux tomber, au sol, profondément endormi.