Une aube rouge se lèva sur la ville capitale de l’autorité arcanienne, les gardes se promènaient sur le chemin de garde et surveillaient l’horizon. Un nuage de poussière surgit de l’horizon et se diriga rapidement vers l’entrée de la ville. L’alerte fut rapidement sonnée, des dizaines de gardes se mirent en positon, le capitaine de la garde fut rapidement prévenu, chacun se demandait ce qui se passait. Les femmes et les enfants étaient bouclés dans les caves, les trésors cachés sous les oreillers, les nains mis en prison comme à chaque suspicion d’attaque armée. Alors que le nuage redescendait à peine vers le sol encore humide de rosée, et que les chevaux reprenaient haleine, un homme en surgit.
Grand, fort, il était l’incarnation du terrible guerrier craint par ses ennemis. Son visage rude, taillé à la serpe et couturé de cicatrices, son unique oeil droit gris et froid, l’autre étant dissimulé par un bandeau, son crâne surmonté d’un casque cabossé, tout laissait présager l’habitué des massacres. Il portait une longue cape crasseuse, qui masquait un plastron couvert de boue, percé en mille endroits de traits et de coups d’épées. Un mouvement de son bras dévoila une épée dénuée de décorations, avec une garde en bois renforcée de cuir. L’archétype du vieux routard du combat qui en a vu des tonnes et en verra encore d’autres.
Je suis Jaon Tranor, shérif de Vlanira, paroisse dépendant de la très sainte Palidor. Le grand maitre et prince du royaume m’a envoyé à la pousuite d’une des plus grandes criminelles du royaume, connue sous le nom d’Orcusnf. Surgie du néant, elle a rassemblé autour d’elle une troupe de mécréants, de pourceaux, de bandits de grand chemin qui a terrorisé ma circonscription durant des années. Après avoir devasté un village, pillé plusieurs autres, et avoir tué quelques saints soldats, on m’a envoyé à sa poursuite, pour que son corps repose enfin sur le gibet de la capitale de Palidoria.
Et encore, les crimes commis dans mon royaume ne sont rien, par rapport à ceux commis plus à l’est, loin de votre paisible ville. On m’a rapporté l’extinction d’une tribu gobeline, la fuite des elfes sylvestres, ainsi que l’exploitation de plusieurs villages nains. Grande était sa puissance, et il nous a fallu de longs mois pour la débusquer. Après une bataille des plus épiques, nous avons réussi à éliminer ou capturer ses compagnons, mais elle a réussi à passer entre les mailles du filet. Heureusement, nous avons trouvé dans notre longue course-poursuite, un de ces compagnons qui en savaient long sur elle.
Deux gardes palidoriens arrivèrent en trainant avec eux un individu décharné, et dont on devinait aisément le statut, vu le nombre d’hématomes parsemant son corps exposé à l’air libre. Le prenant par le col, le sherif le poussa entre lui et les gardes de la ville.
Deux gardes palidoriens arrivèrent en trainant avec eux un individu décharné, et dont on devinait aisément le statut, vu le nombre d’hématomes parsemant son corps exposé à l’air libre. Le prenant par le col, le sherif le poussa entre lui et les gardes de la ville.
Cet homme, et encore, je dirais même plutôt ce mécréant, cet ignoble individu, est un de leurs meilleurs archers, d’ailleurs mon oeil gauche me le rappelera jusqu’à ma mort. Par contre, il est d’une lâcheté inouie, il s’est fait passer pour un troubadour pour échapper à la répression. Mais je l’ai tout de suite reconnu, impossible d’oublier un regard aussi perçant, surtout quand il vous vise. Allez misérable, pousse un peu ta chansonnette, décris leur ta maîtresse.
"Volutes de poussière dans le ciel bleu,
Coeur brûlant d’un ardent feu.
Une hache comme un marteau,
Qui vous plie en deux comme un roseau.
Ô quelle terrible et belle Némésis,
Aussi vive et mordante que la bise.
Voici que vient la terrible Orcusnf,
Pleine, envers vous, de griefs.
A la tête de ses lansquenets,
Villages rasés, femmes humiliées, hommes tués.
Elle ne peut maitriser leur désir,
D’ailleurs, elle a fait bien pire.
Accompagnée, d’une jeune et naïve trolle,
Qui peut sembler, à beaucoup, un peu folle.
Dans leur sillage se répand la peur,
Là ou régnait le bonheur.
Quand ils traversaient un paisible village,
Bonheur et paix aiguisaient leur rage.
Ecarlates et abondantes rivières de sang,
Qui teignent de rouge les fertiles champs.
Ancienne citoyenne d’Arcanes,
Elle a voulu échapper à ces ânes.
Exilée par ses congénères,
Elle a choisi la voie du fer.
Traversant la vie comme dans un songe,
Absorbant la souffrance comme uné eponge.
Elle n’a fait qu’hurler un seul cri,
Qui la poursuit dans la nuit.
Elle a cédé à ses criminelles pulsions,
Devant la Mort, elle devient un lion.
Se mettre en travers de sa route,
C'est de sa propre force, n’avoir aucun doute.
Seul, abandonné, sur un petit chemin
Gisait, les veines ouvertes, un gamin.
Elle le prit dans ses noueux bras et
Comme une mère, le berça.
Bravo mon enfant, tu as su éviter la décheance
Et contrairement à moi, exécuter la dernière danse.
Mais moi, moi, je suis bel et bien condamnée
A vous y préparer, et à expier."
Tout est dit, savez vous ce qu’il est advenu d’elle ? Elle aurait apparemment vécu chez vous, vous devez bien connaître quelque chose d’elle, la sécurité d’Yria en dépend.
Une vague de terreur submergea les gardes présents, le souvenir de ces jours sinistres, remontant à plusieurs années, où ils avaient du combattre cette terrible naine. Celle-ci, à la tête d’une armée de nains, avaient décidé de combattre les disciples de Palidor, puis d’imposer sa loi. On avait même cru à une tentative de putsch. Heureusement, une coalition entre les elfes, les palidoriens, l’armée des Arcanes et les nains sains d’esprit avaient réussi à la ramener à la raison. Mais son procès n’avait jamais eu lieu, la principale accusée ayant disparue quelques jours avant. D’ailleurs, elle n’était jamais revenue et tous en étaient soulagés. Mais, alors que le capitaine allait répondre à son collègue, on entendit une cavalcade dans les rues de la ville, et une estafette se précipita vers le capitaine.
Capitaine, c’est urgent, il paraîtrait que la naine Orcusnf est revenue pour rebâtir la cité naine d’Orcana. Elle aurait en outre été vue à la taverne et près de la guilde des assassins. Elle traine derrière elle une troll de trois mètres de haut. En ce moment même, le mage Pyrithe essaye de lui faire enlever une arme de l’autre phase, il faut se dépêcher avant que la situation ne vire au tragique.
La folie s’empara des gardes, les images issues d’un passé que tous voulaient oublier leur revinrent promptement à l’esprit. Des dents claquèrent, des calvities précoces se déclarèrent, des ongles furent rongés jusqu’au sang, mais rien n’y fit. Elle était passée sous leur nez, et semblait ne pas leur vouloir du bien.
Des armes tombèrent par terre, des ceintures furent détachées, des insignes jetés dans la boue, un panache d’officier roula dans la fange, le nuage de poussière renaquit à nouveau, mais composé d’hommes en fuite cette fois, alors que les chevaux de la première fois commençaient à brouter l’herbe bordant les chemins.