Chaque matin je me reveille, je regarde autour de moi, souvent je vois des corps sans vie alongés dans la rue, des elfes, des humains, des gobz, toutes les races, tous les sexes. Je m'aperçois que la guerre a encore fait des ravages mais que moi je me tiens là, debout, armes à la main. Cyran, tel est le nom que mes parents m'ont donné. Je n'ai jamais pu vraiment les connaître, la guerre a éclaté depuis 17 ans, j'en ai aujourd'hui 23 et la chose qui a detruit ma famille m'a emporté dans sa furie. Je me suis juré de ne jamais faire la guerre car elle m'avait enlevé ma famille, mais 17 ans après je me trouve à detruire des villages entiers en espérant tuer l'homme qui a abattu les miens sans pitié. Chaque soir nous avançons de 6.5km et chaque soir nous sommes dans un nouveau village, je m'endors sans savoir si je vais réouvrir les yeux, mais la rage que je mets à abattre chaque homme barbu, brun, grand, une voix grave et un regard perçant c'est là mon souvenir de cet homme ou plutôt de ce monstre...
23 avril 1964, j'ai 6 ans, je suis dans la salle à manger, ma mère fait la cuisine, mon père est dans l'atelier, d'un coup un grand bruit, je n'ai pas le temps de courir jusqu'à l'abri à peine j'ouvre la porte, il se tient là devant moi, me pousse contre le divan, un peu sonné j'arrive à aller jusqu'à la cuisine. L'homme venait d'abattre ma mère à l'aide d'un coup de couteau dans le dos et plusieurs sur le visage. Il me regarde et ces mots sont sortis de lui comme si c'était tout naturel : "Désolé, je viens de tuer tes parents, ton père doit encore soufrir mais les loups s'occuperont de ses boyaux. Petit, la guerre fait des ravages et ça, à tout le monde...". Il est sorti de chez moi en rigolant. J'étais effrayé mais en même temps je me disais qu'il avait peut être raison, et je me suis juré de ne jamais faire la même chose à d'autre famille, mais, 10 minutes après, ces paroles étaient déjà bien loin. Je monte pour préparer un sac et fuir mais en passant devant la chambre de ma soeur, je vois du sang qui coule le long de son landeau. 9 mois ! Si jeune et déjà victime. Je me suis approché et je l'ai vue eventrée mais elle avait sur son visage un air si paisible que je me suis dit que si un homme avait le coeur de tuer un bébé qui n'avait pas connu la définition de la guerre, alors je trouverais un jour la force de tuer chaque être qui pourait être celui qui a mis ma famille au cimetière. Je pris un sac rempli d'affaires avant de partir j'enterrais ma famille au fond du jardin, je faisais une prière et je partais pour un endroit inconnu.
Pendant 10 ans, je suis resté dans une grande ville à proximité de mon village. Je ne sais pas le nom, je n'ai pas voulu faire connaissance avec qui que se soit pour ne pas m'attacher. Une fois que j'ai eu assez d'argent pour m'acheter des armes et des habits, je suis parti à la rencontre de la guerre, j'ai marché pendant 4 ans dans les montagnes et à travers des déserts. Le jour de mes 21 ans, j'ai enfin trouvé un village en ruines, je savais que j'étais sur la bonne voie. J'ai donc demandé par où étaient partis les soldats et quand quelqu'un ne voulait pas parler je l'abattais.
Je suis aujourd'hui dans l'armée des demi-elfes exterminateurs. Au départ, c'etait une armée qui devait combattre les injustices mais maintenant nous les créons, nous pillons des villages, nous tuons des gens avec autant de haine que l'a fait l'homme et à chaque fois que je voyais un gamin prendre la fuite ça me rappelait ma propre histoire. Ca me rappelait ce jour où j'ai ravalé mes larmes pour les transformer en une haine invincible et c'est à ce moment que je me suis aperçu que je n'avais jamais pleuré mes proches et que d'ailleurs je ne les avais même pas vengés.
Dans notre regiment, il y avait un demi-elfe qui s'appelait Henry. Tout le monde se moquait de lui car il était le seul à avoir un nom d'humain. Henry était quelqu'un d'exceptionel : il avait reussi à me faire rire avec des imitations dont il avait le secret. Il était le seul à connaître mon histoire. Il était devenu pour moi comme un frère, la personne en qui l'on ne voit que du bien, en qui on a le plus confiance mais aussi celle qu'on aime le plus. Mais voilà, la guerre l'a tué devant mes yeux alors qu'il refaisait son lacet. Mort idiote, on marchait tous les deux sur une plaine en direction d'un village avec toute notre armée, Henry avait mal au pied. On arrivait dans une vallée, entourés d'ennemis mais notre armée faisant partie d'une des plus puissantes nous arrivions à fin de l'armée adverse. On s'arrêta pour se reposer et pour qu'Henry puisse refaire son lacet. On entendit des pas derrière nous le temps que l'on se retourne le dernier soldat Gobz avait tiré sur Henry. Il n'avait pas eu le temps de prendre son arme, il s'est pris une balle en plein dans le torax, qui avait frappé sur son medaillon en verre qui lui portait chance. Son medaillon a eclaté et plusieurs des morceaux ont pénétré dans sa peau comme un couteau dans du beurre mou. Lorsqu'il est tombé, son regard est allé vers le ciel comme s'il savait qu'il n'y avait aucune chance. Le gobz s'est fait mitraillé sans attendre. On ne lui a laissé aucune chance, j'ai du vider mon chargeur sur lui tellement j'avais la haine que la guerre m'arrache encore quelqu'un de cher à mes yeux. Mais à peine Henry était mort qu'il fallait déjà repartir vers notre but premier : le village des Humains. Nous étions persuadés qu'ils étaient à la tête de cette guerre qui touchait tout le monde.
Hélas nous sommes tombés dans une embuscade. Les humains étaient des milliers et nous seulement une centaine. Une bonne partie de nos soldats fut abattue mais moi, pour je ne sais quelle raison, on m'a laissé en vie contre une seule demande : que j'intègre l'armée des Humains. Au debut, j'étais plutôt perplexe mais j'ai preféré rester en vie même si ça devait tuer des gens. Je me surprenais aujoud'hui à tuer des gens pour ma propre survie. Chaque matin je me lève, je sors de ma tente et je regarde le massacre de la veille. Oui, je suis devenu le Sergent Colonnel Cyran, un demi-elfe chef des humains. C'était en fait ce que j'avais toujours rêvé, et un jour j'appris par hasard que l'homme qui avait abattu ma famille s'était fait tuer vingt mètres plus loin de chez moi par des soldat Gobz. Je me suis battu pendant des années contre une personne qui était morte. Peut-être aurais-je pris le temps de verser des larmes, j'aurais refléchi sur tout ça et pris une autre décision, mais je ne regrette en rien mes choix. Ils m'ont permis de connaître Henry et de me faire avancer dans ma vie...
Le 26 mars 1991, Cyran fut executé par l'armée des Gobz. La guerre s'arreta le jour même et cette histoire resta à tout jamais gravée dans chaque village touché par cette guerre.