Lorsque la lune jette sur la lande sa précieuse lumière,
Et qu'au fond des jardins les lutins sautent la barrière,
Lorsque dans les champs, elfes et farfadets
Chantent les rois des forêts et les reines des orchidées,
Alors je sors sur la pointe des pieds
Pour jamais Oh grand jamais déranger ces petits pieds,
Qui dansent tous en cercle comme par le passé,
Et invoquent les dieux d'un monde enterré.
L'un d'eux me fait des signes, je m'en sens bien indigne,
Et pourtant il m'entraîne et puis tout se déchaîne,
Le réel n'est plus là,
La magie prend sa place
Et nous entamons donc
Une gigue pleine de grâce !
Que deviendrait le monde
Si jamais de rêver,
Il nous était donné
Par les soirs de marées ?
Que deviendraient les hommes
Si au lieu de guerroyer
Ils chantaient et dansaient
Ignorant du présent ?
Les querelles à jamais bannies de tout circuit !
Les moqueries en vain, plus de prise sur aucun !
La guerre enterrée, l'atome écrasé,
Les jalousies féroces réduites en amitié !
En un mot, sous l'emprise
Du rêve et des trêves,
Nous serions plus heureux,
Mais voilà qui le veut ?