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Sujets concernés par ce texte : Fantasy, Science Fiction
Type de document : Essai

     
 
Le matin arrive, sa symphonie de sons et d’images ensommeillées
Comme le vol gracieux d’oiseaux en suspens, parenthèse d’ailes et de frôlement d’air
Parfois, une plume se détache et vient se poser sur le marbre de ma fenêtre,
Caresse d’ange sur la pierre, caresse des nuages de condensation rosée et de vapeurs du Ciel,
Et je l’y laisse, jusqu’à ce que les pluies, le soleil ardent et la caresse des vents du nord,
La détache,
Et qu’elle tombe, en tourbillons de plus en plus lents, qu’elle chute comme toute chose,
Jusqu’à ce sol de cailloux rocailleux et de terre, d’herbes détrempées, dont je sens seuls les parfums
Sans en jamais voir la texture.
J’attends en silence, la figure près de ma fenêtre, comme tous les jours,
Que l’on me vienne, sans un bruit, que des Mains brossent la soie de mes cheveux,
Economie de mouvements qui jamais ne m’atteignent vraiment, moi, l’Intouchable,
Que la teinte des pinceaux noirs et or allonge la paupière de mes yeux,
Alors que je voudrais tant les fermer, encore, car seuls les rêves ne mentent pas.
Le corps enroulé dans la gaze noire et évanescente d’une obsidienne nacrée, les mains serrées dans une extrême étreinte,
Gantées de dentelle et de tulle rafraîchis par le souffle ténu de la brise matinale,
J’entends encore la rumeur des rues qui sortent de leur long et langoureux sommeil,
Elles montent jusqu’à moi, se chargent en chemin des senteurs des premiers fruits et des pétales froissés
Je peux presque les toucher, presque, car le monde est cette impalpable sensation,
Cette irréalité que je ne peux qu’Imaginer, et,
Après tout,
Ce n’est là que ce qu’On me demande.
Ah...
Quand les Mains  déposent doucement le Masque des Ecritures sur mon visage, sa dureté de pierre,
Son odeur froide, ses écrits décoratifs comme autant de signes trompeurs,
Instants de plus d’un univers tissé des trames effilochées, trames de nos vies et des êtres
De cette Terre que je ne comprends pas, mais dont chaque tressaillement se répercute
Dans mes veines, le long des gouttes de sang qui me forment de leurs danses de rien,
Quand les Mains s’en retournent, et que naissent, dans la lumière tamisée des bougies de santal,
Et celle, plus voilée déjà, du matin et de l’aube s’étirant, les Visages qui les accompagnent,
Ces Humains qui me parlent, mais dont les mots, chacune des paroles, forment d’innocents poignards,
Plus brefs et plus rapide qu’un courant d’eau mortelle, plus secs encore, car aucun angle moins pointu,
Sur lequel je pourrais m’attarder. Et me poser.
Et me poser.
J’ai cette sensation de rien qui précède toujours l’Imagination, celle de ne servir qu’au néant de ma propre vie,
Emmurée en moi-même, le masque m’étouffant, les cris étranglés tout au fond de ce qui me compose encore,
Alors je ne dis rien, comme toujours. De toute façon, Ils ne s’attendent pas à ce que je parle,
Et peut-être en ai-je oublié le sens, derrière mes yeux entourés d’un voile d’or et du souffle des étoiles,
Derrière les Ecritures qui recouvrent de leurs paroles doucereuses, les sons de ma propre voix.
Ils me tendent l’Encrier, le cristal fendu d’où coule encore un filet de brume vert d’émeraude figée,
Et de noir nuit d’opale.
Alors, j’oublie tout, la plume posée sur ma fenêtre ce matin, le rappel des parfums de la réalité,
J’oublie tout, alors que les Visages referment la porte dans un grincement rauque comme une plainte,
Une à une, je détache les fibres suaves de ma robe, parchemins de tissus,
Encore chaud de ma propre peau.
Les murs vibrent, dans une même étreinte, un mouvement souple,
Et ma Tour, ma chambre, mon Tombeau, se métamorphose au gré de mon esprit.
La pierre, un peu dure encore, recelant dans son intimité, bien plus de parcelles de mes souvenirs,
De marques d’ongles imaginaires,
Se teinte, éclairée d’une lumière intérieure, plus rouge de minute en minute,
Sang et battements, les coulures humides d’une onde de feu,
Forme le parfait dessin de mon cœur, et bat à son propre rythme, animé de la Vie,
Que je lui crée, par mes Ecrits, la plume qui court, vite, gifle de mes sens, déraison,
De ma Vie que j’offre, chaque fois, dans chaque mot, et qui me quitte,
Sans remords. Parce que je ne sais rien…
Mais avec cette douleur qui me prend, moi l’Intouchable, celle qu’on appelle Déesse,
Créatrice de toute chose,
Plus fragile que la plus minuscule des parcelles de poussière de sable d’un monde qui se désagrège.
Les murs se tordent, frissonnent, comme mon corps se tend,
Et comme je pleurs, chaque fois, de n’être Rien qu’un Encrier de substance,
La pierre luit, et s’inscrivent en lettres d’ambre les mots de mon âme, ceux qui viennent,
Qui rampent vers la Terre que je ne connais pas, et dont pourtant, chaque matin,
Je crée l’Histoire, celle d’un passé de sépulture, des saisons qui se fondent en un magma
De couleurs passées ou de feuilles ternies,
De tapis de mensonges, de raisons insensées, de fausses réponses, un Monde d’Hommes,
De rien, de tout, de Moi…
Et l’encre s’éteint, comme meurt les rayons du soleil, sur les murs tapissés de phrases,
D’Eux et de leur futur, de leur présent peuplé de chimères que j’invente, d’ailes,
De libellules flottantes sur les eaux qui s’endorment, au chant des étoiles du Ciel d’Ombre,
De la nuit.
L’Encrier est vide, et moi aussi.
Les Mains se posent sur moi, ramassent le flacon de cristal à présent terne, comme mort,
Miroir sans reflets,
Les Mains me portent sur un lit de douceurs, des bras des rêves, aux couleurs d’argent et de lune,
Avant de me laisser glisser dans les limbes éternelles, de celles qui m’accueillent, seules,
Je sens l’effleurement de soie des broches d’or que l’on dégrafe de mes cheveux,
Le masque des Ecritures que l’on m’ôte, comme on retire les pétales fanés,
Des plus belles roses, celles qui poussent même sur les ronces déchirantes,
Grimpantes et tenaces tâches d’un jardin décharné par l’hiver,
Je respire, je respire…
Les murs chuchotent encore leurs derniers murmures d’alcôve, mais tout se taira bientôt,
Et je me demande, le visage fermé par des heures d’inaction, aussi glacial
Qu’un masque de chair et de de pierre, aux lueurs du givre bleuté d’une saison immobile,
Si, un jour, j’aurais ce courage, celui de tendre mes traits vers le ciel, ou vers le sol,
Vers ce qui ressemble à une fin, sans en être vraiment une,
Et, dans le vent et l’air dont j’ai souvent Ecrit la douceur, la force sous-jacente,
Au gré des nuages de coton, d’encens vaporeux, aux contours d’enfance oubliée,
De me laisser tomber, rejoindre la Terre que je ne connais pas, que j’Imagine,
Aux couleurs oubliées. Les herbes hautes de Temples qui me sont dédiés…
Ou alors, d’arracher le Masque, celui qu’Ils m’imposent, celui par lequel je vis,
Car l’Ecriture est mon Coeur, comme les mots en sont le souffle, je me nourris de l’intérieur,
Mais j’en meurs à chaque respiration des senteurs humides du monde,
Oublier les agrafes d’or, déchirer l’ordonnance parfaite de mes cheveux,
Et me montrer enfin, sans faux semblants, aux Hommes.
Parler…Qu’ils voient tous que leur Déesse,
Est plus qu’un Encrier remplissant le désert de leur folie de vouloir encore vivre,
Car je suis si lasse…
Si lasse…
 
     

 
par Thaïs Erin
le 20/11/2005
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