Chapitre 11 : La chose
Je lâche un juron sous la surprise, la porte libère une sorte de Hakas mutant, haut de trois bons mètres, alors que les Hakas normaux sont un peu plus petits que la moyenne des humains. Ce truc à du être libéré alors que l’alarme a été déclanchée, ou sinon, les Hakas sont courageux de laisser ce genre de choses en liberté. En attendant, l’animal à l’air hostile, je vais devoir le combattre.
La bête me semblant plutôt lente, je me concentre de la même manière que tout à l’heure devant la porte blindée et lance deux nouvelles boules de flamme que le monstre reçoit en plein ventre, n’importe quel guerrier Haka, d’élite ou non, aurait simplement éclaté sous l’impact, mais pas celui là… mes boules semblent s’être fait absorber par mon adversaire, le faisant entrer en rage, il me charge.
Je le charge aussi, courant le plus rapidement possible dans sa direction, si la magie ne lui fait rien, il me reste le physique. J’attend le dernier moment, quand je suis à moins d’un mètre de lui, je fais une fente, lançant mes bras et toute la puissance de mon corps vers l’avant, plantant mes griffes dans son ventre et les écartant tout de suite après avec vélocité, les faisant ressortir de son corps. Cette technique est étudiée pour couper en deux n’importe quel type d’adversaire, mes lames étant suffisamment tranchantes pour percer une armure. Mais ici, par une capacité de régénération que je n’ai jamais vu, la blessure se referme presque instantanément derrière les lames !
Devant la force de la surprise, je reste immobile pendant une fraction de seconde, la fraction de seconde de trop. Je n’ai pas pu éviter la grosse main de la bête, me saisissant au niveau de la cage thoracique, me séparant du sol, me serrant aussi fort que possible.
Je lui griffe le bras, aussi rapidement que je le peux, mais il cicatrise trop vite, frapper dans de l’eau aurait eu plus d’effet. Mais pire, dans une vision d’horreur, je vois que le monstre ne veut pas me tuer en m’écrasant avec sa main, il veut me tuer en m’absorbant ! Ma combinaison est déjà en train de disparaître !
Mon plastron léger n’existe plus, il atteint ma chair, commençant aussi à l’absorber. Je sens ma force, mon énergie vitale, me quitter, sortir de moi, couler dans son bras, dans un gros flot.
Je ne vois plus clair, les images se brouillent, j’entends derrière moi, mon nom, mon équipe arrive, trop lente, trop tard, ils me retrouveront, coupé en deux.
Le rideau noir de la mort, coule, sur mes yeux, mais je ne peux pas, mourir, comme ça, une dernière technique, une dernière, avant, la fin. C’est, trop bête.
Je rassemble, le peu d’énergie qu’il me reste, aux bords de ma peau, et lui fait prendre feu, je me transforme en torche vivante, essayant de le blesser, le plus possible.
Mais un effet inattendu se produit. L’énergie restant dans mon corps, est reliée à celle absorbée par le monstre. L’être se consume de l’intérieur ! Il me lâche et commence à courir dans toutes les directions, sous le contrôle de la douleur en poussant des cris horribles, mais c’est inutile, il s’effondre et il ne reste de son corps que des cendres.
Je n’ai plus la moindre force, je m’effondre, commençant à sombrer. La dernière image que j’ai vue avant mon évanouissement est le visage de Serge, se penchant au-dessus de ma tête me disant qu’il va m’aider, mais les mots n’ont déjà plus de sens …
Chapitre 12 : Cercle psy
Ma tête est lourde, mon corps est lourd, je ne me sens pas bien, vidé de partout, psychiquement et physiquement, je ne pense pas, je ne fais que ressentir, et d’un coup, les images m’attaquent ! Je vois la tête du monstre très proche de la mienne, je sens encore sa main me serrant, me vidant … Je me débats un peu, utilisant le peu de force qui me reste pour continuer à lutter, comme dans un rêve. Mais je me sens mieux, je sens ma tête devenir plus légère, à travers mes yeux fermés, je vois une douce lumière.
Et finalement, j’ouvre les yeux, voyant un soigneur passer de manière presque hypnotique au dessus de ma tête sa main brillante d’une lumière de soin, j’ai à peine besoin de tourner un peu les yeux pour reconnaître l’infirmerie de la base, ce n’est pas la première fois qu’un membre de l’équipe s’y réveille. Le guérisseur me quitte du regard pour appeler le reste du groupe installé un peu partout dans la salle.
- Comment va ? (Panther, toujours très douce au réveil)
- J’ai l’impression d’avoir reçu une liposuccion physique et psychique forcée mais sinon tout va bien. (au soigneur) Toutes mes fonctions vitales sont-elles rétablies ?
- Nous avons réussi à vous rendre totalement opérationnel au niveau physique mais les fonctions psychiques sont encore endommagées à cause de l’attaque que vous avez du absorber.
J’ai toujours trouvé que la manière de parler des guérisseurs, comme si nous étions quelque tas de ferraille à raccommoder, enlevait une grande partie de la majesté de leur rôle, mais pour leur faire plaisir, je leur parle de la même manière.
- Vous devrez prendre une semaine de refroidissement le temps que tous vos fluides reviennent à leur état de fonctionnement optimal.
- Est-ce qu’un cercle psy rendrait le délai de la réparation plus court ?
- (Après une légère hésitation) Oui c’est exact, mais nous ne proposons pas cette technique car après son utilisation de nombreuses incompatibilités peuvent apparaître entre les différents éléments de groupe et …
- Notre équipe a prouvée qu’elle était totalement compatible, aucune décharge émotionnelle ne viendra perturber notre circuit.
- Si vous certifiez cela, je ne vais pas vous en empêcher, je vais vous laisser seuls.
Le cercle psy consiste à créer un circuit psychique entre les membres de l’équipe, ce circuit permet d’équilibrer l’énergie mentale au sein du groupe, de manière à ce que si un élément à utilisé trop de ses forces lors d’une bataille vis-à-vis des autres, son retard est défait et le temps qu’il lui aurait fallu pour recouvrer toutes ses capacités est divisé par le nombre de membres de l’équipe, cela permet parfois de gagner des jours entiers et d’avoir toujours une équipe au maximum.
Mais cette technique possède un effet secondaire, c’est à cause de cet effet qu’elle est si peu utilisée. En effet, l’énergie mentale de chacun n’est pas vierge, elle contient toujours les pensée de son porteur, ainsi, lorsque nous formons le cercle, nous voyons tout ce qu’un allier pouvait cacher de plus secret, tout y passe, des plus simples idées, aux fantasmes les plus pervers, il n’est pas rare qu’une personne quitte une équipe suite à un cercle psy … mais nous, nous nous connaissons suffisamment pour ne pas avoir peur de voir notre âme aplatie sur la table. Je dirais même que cela renforce encore plus le groupe.
Nous nous mettons en configuration, en cercle, assis en tailleurs, se concentrant le plus possible pour faire ressortir l’énergie à fleur de peau, il faudra que l’on teste une fois, mais je pense que l’on doit briller dans le noir. Puis, chacun pose sa main gauche paume vers le ciel sur sa jambe. D’un même élan, sans que l’on ait besoin de donner quelconque signal, chacun attrape de sa main droite la main de son voisin, le cercle est formé. Je concentre le peu d’énergie que je possède dans ma main gauche, la mettant en circulation, elle me quitte, mais je sens par ma main droite les nouvelles forces qui entrent en moi, je ferme les yeux, les images, les sons, les odeurs, les sensations, se créent.
Je suis Leo, le « RED » vient de résonner dans ma tête, je quitte ma cachette, griffes dehors. Un crochet du droit, un mort ! Un crochet du gauche, deux morts ! Je me place entre les hakas, me mettant à tourner comme une toupie, tranchant les adversaires à tout va ! Je suis fort, supérieur, invincible ! Tout en continuant ma danse macabre, je souris, puis ris, puis hurle ! Je suis le vainqueur !!
Les images se brouillent, je suis en train de monter des escaliers en jouant sur mon camouflage magique, je suis Ifrit. Je suis derrière Oceane, qui fait différentes acrobaties entre les angles morts pour ne pas se faire repérer. J’admire sa force, son agilité, ses formes … je me dis à quel point je la trouve belle, intelligente, parfaite… Bon, elle a préféré la glace au feu, c’est une erreur, mais, j’ai lu que tout humain se doit de trouver l’opposition dans son/sa partenaire, cela pourrait être sa notre opposition … c’est décidé, après cette mission, ou une autre, on est pas pressé, je lui déclarerais ma flamme, ma vraie flamme…
La sensation de bien être d’Ifrit s’estompe rapidement, la douleur y faisant place, je suis Nix, moi. Je me fais soulever par la créature, je reconnaît sans même voir la sensation de sucion, lors de mon absorption, j’ai mal, je ne veux pas mourir, je … j’ai peur de mourir.
La douleur s’estompe, laissant place au stress, je cours à travers un couloir tordu, je suis Serge, je ne reçois plus de messages de Nix, ça y est, je le vois ! Il … qu’est ce qu’il fait ? Qu’est ce qu’il fait en train de hurler dans la main de cette créature ?! Il est en train de mourir … c’est pas possible … Il y a un problème. Je cours, je cours du plus vite que je peux, je n’arriverais jamais à temps pour le sauver, ce n’est pas possible, Nix ne peut pas mourir, c’est une erreur, il hurle, je ne l’ai jamais vu hurler … Il va mourir, non, je me rappelle les meilleurs moments vécus en sa compagnie, il y en a tellement, j’ai toujours compté sur lui pour m’aider, et là je le trahis, il va mourir et je ne peux rien faire, je suis faible, je ne peux pas le sauver, non, NON ! NIX ! TU N’AS PAS LE DROIT !
Tout s’arrête, Serge a lâché ma main, le cercle est rompu, je regarde ma montre, les énergies ont eu le temps de s’équilibrer. Amusé, je dévisage Serge, ce gars qui pourrait mettre à terre n’importe quel adversaire normal en moins de cinq secondes a eu peur pour moi, peur de se retrouver seul, il détourne le regard, moi, inconsciemment, je souris. Je me dis à quel point nous sommes importants les uns pour les autres, rien que l’idée que l’un de nous nous quitte me fait physiquement mal.
Le fait de voir ce colosse bronzé d’Ifrit devenir rouge pivoine devant la fine Oceane et Leo et Panther morts de rire devant le couple m’aère l’esprit. Ce type de scénario apparaît souvent à la fin des cercles psy, avec des inconnus, c’est plutôt gênant, mais entre nous, ce n’est que pur bonheur.
-Heu, Nix.
Serge est un peu gêné, c’est normal, mais il reprend très vite l’intégralité de ses moyens.
-Durant ton sommeil on nous a prévenu que le consul supérieur des Eclairs va assister au débriefing.
Le consul est le grade le plus haut dans l’armée, juste en dessous du ministre.
- Lui-même ? Pourquoi n’est ce pas le chef de la base comme d’habitude ?
- Il n’a pas précisé la raison, mais il semblerait qu’il tienne tout particulièrement à ta présence, c’est pourquoi nous avons attendu ton réveil.
- Personnellement, tu n’as pas une idée du pourquoi ?
- Ca me surprend moi-même, mais, franchement, pas l’ombre d’une.
- …
Si Serge n’a pas de théorie, c’est qu’il est simplement impossible d’en formuler une. Il a toujours été mon adjoint et c’est souvent lui qui trouve les meilleures explications.
- Je dois avouer que j’aime pas trop ça, mais bon, « félins », en route !
Nous entrons dans la salle de débriefing, il s’agit en fait d’une salle informatique comprenant une vingtaine d’ordinateurs en demi cercle, installés pour les soldats de retour de mission et de quatre postes de travail séparés pour leurs supérieurs. Le débriefing est en fait un replay de la mission, chaque unité doit porter un casque reliant son esprit à l’ordinateur pour y enregistrer son point de vue en images et sons. Cette technologie permet de savoir exactement ce qu’il s’est passé pour clarifier un point de desaccord ou pour repérer des défauts dans l’agissement d’une unité pour lui permettre de progresser. Nous nous asseyions à nos places habituelles, le consul et une autre personne qui m’est inconnue sont déjà présents, suivant son uniforme, le second homme doit être un scientifique de très haut niveau, je n’avais jamais vu autant de logos honorifiques sur une poitrine avant ça.
- Bonjour Consul !
Le consul et moi sommes plutôt proches, c’est lui qui m’a repéré parmi les unités classiques et fait de moi un éclair, il a ensuite suivis toute ma carrière de manière presque paternelle, je n’ai pas besoin de suivre la procédure en cas de discussion avec un supérieur hiérarchique avec lui, et ce n’est pas là pour me gêner !
- Salut Nix.
- Que nous vaut cette visite surprise ?
- Ta curiosité sera bientôt assouvie, mais nous allons d’abord suivre ce débriefing avec le professeur Heidegger ici présent.
- Salutations, très cher Nix.
Le professeur en me serrant la main et en me regardant avec une insistance que je n’avais jamais ressentie.
- Heu, salut monsieur.
Mais qu’est ce que je dis, j’en perds mes mots, jamais on ne m’avait salué comme ça, et pourtant, j’en ai vu des profils différents ! J’ai toute confiance en le consul, mais cet homme … je ne le … oui … je ne le sens pas, mais alors, pas du tout …
Chapitre 13 : Le débriefing
La séance commence, les membres de l’équipe s’installent devant leurs postes habituels, les uns à cotés des autres, en face du consul et du professeur. Chacun lance le logiciel de lecture et enregistrement d’esprit puis place son casque sur sa tête. Nous fermons les yeux et nous nous remémorons avec le plus de détails possible le déroulement de la mission. Cette période dure environ un quart d’heure. Une fois les fichiers enregistrés, le consul lance la visualisation. Tous les écrans se découpent en six fenêtres miniatures, chacune affichant le point de vue de chaque unité, il est possible d’afficher en plein écran la vue d’un seul membre et de réduire les autres à la taille d’icône. Le film tiré de la mémoire d’un soldat n’est jamais parfait. Il y a continuellement des petits instants qui manquent, d’autres qui sont accélérés ou ralentis, généralement aussi, on voit un objet ou une personne particulièrement nettement par rapport au reste de l’image qui est flou, cet effet est du au fait que la personne a souvent l’attention fixée sur un objet ou un être précis et ne s’intéresse pas au décors. Mais à des instants clés où la concentration du soldat était particulièrement forte, il est possible de sortir du sujet et d’avoir une vue globale en trois dimensions, c’est très pratique, surtout que ces moments de concentration intense ont souvent lieu lors des actions décisives.
Le consul suit le débriefing de manière classique, mais rien actuellement ne semble mériter sa présence. J’arrive à voir dans ses lunettes qu’il à zoomé presque dés le début sur ma vue personnelle, cela me stresse un peu, mais je n’ai ici plus rien à faire à part rester passif. La mission avance, nous entrons dans le bâtiment, nous nous déployons, j’avance dans le couloir, j’engage le code RED, j’arrive devant la porte que je détruis, je nettoie la salle … et la bête apparaît.
Le consul sort instantanément de son attente, au moment où la main me saisit et où la bête commence à m’absorber il met en pause la lecture et zoom sur toutes les vues possibles, il semble content. Je baisse la tête, personne n’aime se faire observer en position de faiblesse, surtout moi qui n’y suis pas vraiment habitué, mais mes équipiers me lancent des petits regards amicaux qui me redonnent un peu confiance. Le consul se met à parler au professeur :
- Vous voyez ainsi une nouvelle preuve de son énorme potentiel en résistance et je ne parle même pas de sa réserve en énergie psychique.
- Oui j’ai étudié ses blessures, n’importe quel autre soldat même d’élite n’aurait pas survécu.
- Je vous l’ai dit et je le confirme, si un seul élément devait être choisi pour votre projet et en sortir indemne c’est bien lui.
Normalement je n’aurais rien du dire sans que l’on me le demande, mais je déteste que l’on parle de moi à la troisième personne, surtout en tenant ce genre de propos.
- Excusez moi d’oser vous interrompre, mais je pense que si l’on devait m’utiliser pour quelque projet que ce soit vous pourriez un peu m’expliquer de quoi il s’agit.
- Soldat, n’oubliez pas les différences entre nos grades...
Malgré qu’il ait raison, pour qu’il me parle comme ça, l’affaire doit vraiment être importante…
- Je voulais que le professeur soit entièrement convaincu que tu serais le bon, je vais le laisser t’expliquer.
- Je vous remercie consul.
Le professeur Heidegger tousse dans sa main et se racle la gorge, comme s’il se préparait à nous montrer un exposé.
- Depuis toujours, les scientifiques ont cherchés des moyens d’améliorer artificiellement l’espèce humaine et ce même avant la collision, si vous vous rappelez de vos cours d’histoire, l’exemple des sportifs dopés par des médecins travaillant dans l’ombre doit vous venir en mémoire. Les enjeux étaient donc relativement limités, mais, depuis l’invasion Hakas, ce besoin est devenu nécessitée, d’ailleurs, tous les interdis concernant le clonage et les expériences sur cobayes humains ont été levées dés la découverte de la menace. A force de travail et d’études sur des volontaires humains et d’Hakas vivants capturés sur des champs de bataille, nous avons réussi à percer les secrets des génomes humains et Hakas, découvrant dans la foulée le moyen d’améliorer les points forts humains et d’y ajouter les points forts Hakas ouvrant d’un coup la possibilité de créer un être largement supérieur aux deux espèces. Nous appelons un être comme tel une « sentinelle ». Nous en sommes au dernier stade du projet, il ne reste plus que maintenant à … le mettre en pratique.
Le professeur à plutôt l’air enthousiaste, mais l’idée de me faire tripoter les gênes par un scientifique fou ne me procure que peu d’excitation.
- Et donc, si vous me parlez de ça, c’est que vous m’avez choisi pour être le … cobaye.
- Nous n’en sommes plus vraiment au stade du test, il s’agira d’une véritable opération.
- Mais si vous parliez de ma résistance, c’est donc qu’il y a des risques.
- Tous les plus grands scientifiques et médecins que compte la Terre ont travaillés sur le sujet, rendant cette opération on ne peut plus fiable.
- Mais Nix peut quand même y lasser sa peau…
Serge s’est permis de parler, malgré que le fait que ce n’état pas du tout adressé à lui, le reste de l’équipe ne semble pas vraiment d’accord pour me livrer corps et âme à un inconnu, aussi gradé soit-il. C’est l’effet secondaire de l’amitié profonde entre nous, car cette décision ne m’appartient qu’à moi.
- Si nous choisissons Nix, ce n’est pas pour perdre une de nos meilleures unités, soldat …Nous savons à quel point il est précieux, avec lui, nous prenons le plus de chances possible que l’opération se déroule sans problèmes.
- Et si l’expérience réussi ?
- Vous aurez des capacités dont vous n’oseriez même pas rêver.
- Quand est ce que c’est prévu ?
Un silence pesant se crée l’espace d’un instant, j’entends un « Nix… » étouffé de la part d’Oceane, contrairement à eux qui ne le cachent pas, j’arrive à bloquer ce sentiment qui m’est presque inconnu, la peur, la peur de la mort, la peur que la vie s’arrête … Le consul brise ce silence.
- L’opération est prévue demain, tout est déjà prêt, je te laisse cette fin de journée, histoire de te laisser réfléchir, tu as le droit de refuser. Mais dans ce cas, penses à celui qui ira à ta place, lui n’aurait certainement pas survécu à une absorption telle que celle que tu as subie... Et prends aussi en compte que si cette expérience réussi, nous pourrions produire des « sentinelles » à la chaîne, l’humanité aimerait un jour sortir de cette guerre et pas en tant que vaincue … Regarde le monstre que tu as affronté, nous n’en avons jamais vu avant, je ne sais pas si c’est un animal de Calista qu’ils auraient réussi à domestiquer, ou si eux même travaillent sur l’amélioration de leur race, mais je pense que nous aurons très rapidement à le prendre en compte … A grande échelle.
Il est vrai qu’à force de batailles, j’en avais presque oublié leur signification, gagner cette guerre, pouvoir un jour de nouveau, vivre en paix... La tension devient trop forte pour moi, je coupe la discussion, tout a été dit.
- Merci professeur, merci consul, je prends cette nuit de réflexion et vous donnerais ma réponse à la première heure, la séance est terminée.
Chapitre 14 : Le choix
Nous quittons la salle de débriefing, nous dirigeant vers les baraquements, il est tard, il nous faut récupérer de cette journée. Nous marchons ensemble, silencieux, l’air pèse lourd. Nous arrivons dans notre aile, un bout de couloir menant sur six chambres, un vestiaire et une salle d’entraînement privée. Chacun entre dans sa pièce.
Ce soir, je ne vais pas dormir, je vais entrer dans un stade psychique encore plus fort que le sommeil profond, je me plait à entrer dans cet état pour me purifier l’esprit, cela consiste pour moi à tout d’abor me vider l’esprit de toute pensée, à atteindre le vide total et ensuite à laisser les pensées s’exprimer, histoire de régler tous les conflits internes, il n’y a pas à mon avis meilleur état mental pour peser les pours et les contres des possibilités d’un choix, et j’ai justement, un choix difficile à faire.
Je branche mon générateur de musiques, lui même relié a une vingtaine d’enceintes disposées stratégiquement à travers la chambre, je lance ma sélection.
J’ai composé cette sélection en choisissant uniquement de musiques capables de percer toutes mes barrières mentales, des musiques capables de me toucher directement l’âme. Je m’allonge dans mon lit, sur le dos, les mains croisées sur le ventre. Je ferme les yeux.
Je me répète inlassablement la phrase « je suis calme », je ressent le poids de mes membres sur le matelas, je me concentre ensuite sur la chaleur de mon corps, puis finalement, je me branche sur le rythme de ma respiration, essayant de sentir tous mes globules rouges acheminer l’oxygène à travers mes artères. Je commence à sombrer.
…
…
…
La phase de néant est passée, je suis dans le rêve, des sons et des images se mettent en forme devant le noir de mes yeux clos, mon être entier entre en débat.
- Pourquoi le consul m’a t’il choisi ? Il ne m’aime pas, il veut que je meure.
- Il tient à moi, il veut que j’atteigne mon niveau maximal.
- Si ils disposent de cobayes ils auraient pu prendre l’un d’eux.
- Si ils me prennent, c’est pour être sur que la personne survive.
- Oui mais il y a une possibilité d’y rester.
- Ai je vraiment le choix ?
- On a toujours le choix.
- Même si ça me coûte ma fonction ?
- Cette fonction c’est ma vie.
- Non, je refuse de la perdre, je préfère mourir.
- Pourquoi hésiter dans ce cas … Il ne peux rien arriver de pire que la mort.
- La mort est une libération, il est facile de faire pire, il suffit de rester vivant dans un très mauvais état.
- Et si ça marche ?
- C’est ce qui est prévu.
- Pourquoi imaginer tout le temps le pire.
- Toutes mes capacités démultipliées...
- Des capacités dont je n’oserais même pas rêver…
- Et pourtant, mes rêves sont forts …
- C’est juste une formule, ça ne peut pas me mener si haut.
- Courir plus vite, sauter plus haut.
- Une force mentale encore plus aiguisée.
- Est ce vraiment possible ?
- Si je le fais je ne serais plus un homme.
- Deviendrais-je un dieu ?
- C’est contre nature, on est ce qu’on est.
- Quiconque essaye de monter trop haut se brûle les ailes.
- On me propose de réaliser mon rêve.
- Le but d’un humain n’est-il pas d’essayer de réaliser ses rêves ?
- Mon rêve est d’acquérir la force.
- La puissance.
- La vitesse.
- Le rêve de tous les hommes.
- Et on me le propose.
- Sans compter l’aide pour l’humanité…
- Si je devais mourir, y aurait-il une plus noble cause ? Devrais-je mourir pour autre chose que l’évolution de l’humanité ? Y t’il une autre raison de mourir ?
- Un homme doit mourir pour essayer de réaliser ses rêves.
- Pas d’hésitation à avoir …
- Une seule conclusion…
- Je dois le faire …
- Je dois le faire.
- Je dois le faire !
Hum … de la lumière... J’ouvre les yeux, je détourne la tête pour éviter l’éblouissement. C’est déjà le jour… Certains matins je me demande si la création de ce système de miroirs amplificateurs fait pour réveiller les unités avec la lumière de l’aube naissante était vraiment une bonne idée… Mais il est vrai que c’est bien plus agréable qu’une sonnerie …
Je sors du lit en coupant la musique qui a tourné toute la nuit. Je m’habille rapidement et quitte ma chambre. Tous les « félins » sortent au même moment, comme tous les matins normaux… Même ce matin …
- Alors ? (Serge)
- Direction le laboratoire, l’humanité ne sera plus la même demain.